Si un bon usage des figures de discours renforce l’impact d’un texte littéraire, à l’inverse, leur mauvais usage le discrédite et tend à ridiculiser leur auteur. Dans ce cas, assurément, mieux vaut pour lui en rester au langage commun. On saura y voir une forme de sincérité et d’authenticité toujours préférable à une enflure hors de propos. Une des figures de style le plus souvent utilisée est la métaphore. C’est aussi une dont l’effet peut être le plus raté. Autrement dit, au-delà de la compréhension de chacune des figures de style, leur emploi nécessite une certaine prudence. Pour ce qui est de la métaphore, il y en a au moins cinq risques de mésusage.
1 – Nombre excessif de métaphores
Pour paraphraser certaines expressions proverbiales, une métaphore, c’est bien, un grand nombre de métaphores tue la métaphore. Non pas qu’on ne puisse pas dans un même texte recourir à plusieurs métaphores, mais le faire, c’est, à coup sûr, prendre le risque d’obscurcir ce qu’on voulait, au contraire, éclaircir.
Passer dans un même paragraphe d’ une métaphore à deux doit alerter et interroger. Et encore plus dans un même passage. Ce qui revient à dire qu’une concentration de métaphores, aussi bien choisies soient-elles, a pour premier effet non pas d’améliorer la compréhension de ce qu’on veut exprimer mais de rendre le texte qui les véhicule lourd, confus et finalement difficile à suivre.
Exemple d’accumulation excessive de métaphores
On dit quelquefois que les textes qui en sont atteint sont des textes sur-métaphorisés. Comme on peut dire d’un régime alimentaire qu’il peut être sur-vitaminé. On a évoqué par ailleurs le passage où Balzac dans le Père Goriot compare Paris à un océan pour bien en signifier la dangerosité.
Balzac ne s’arrête pas à cette seule image métaphorique. Il développe son image océanique.
Paris est un véritable océan. Jetez-y la sonde, vous n’en connaitrez pas le fond. Ecrit-il.
Tout en parlant plus loin des « écueils » humains, des « gouffres », des « flots » et des « abîmes » de la société parisienne. Si le lecteur n’a pas compris, c’est qu’il lui faut plus qu’une paire de lunettes. On voit bien, en tout cas, que cette accumulation de travers ne fait, finalement, qu’aboutir à l’effet inverse. Paris ne peut pas être que ça.
En tout l’excès est un vice, disait déjà Sénèque.
2 – Métaphore incohérente

Une métaphore peut être facilement incohérente. Il suffit d’associer plusieurs images n’ayant rien de commun pour décrire une même réalité ou illustrer une même idée. On s’y perd. Deux images issues chacune d’un registre différent, voire contradictoires, affaiblissent inévitablement l’impact attendu de la métaphore.
Mais, pas toujours. On en a un bon exemple avec la métaphore faisant d’un homme politique un « capitaine de pédalo ». A première vue, la métaphore est incohérente. « capitaine » et « pédalo » se situent bien chacun dans un registre différent. A priori, il s’agit bien d’une métaphore ratée.
Et pourtant elle atteint bien son but qui est de ridiculiser celui que l’on étiquette ainsi. Quoi qu’il en soit, ce second degré n’est pas d’usage facile. Mieux vaut s’en tenir à des formulations simples ne recourant qu’à une seule image. Ici le « capitaine » ou le « pédalo ».
Dans le genre, on peut préférer la belle métaphore ratée que Flaubert utilise pour parodier le pharmacien Homais agacé par son apprenti Justin et en pleine déprime à force de n’être pas suffisamment reconnu pour ses grands compétences, car écrit-il ;
Il se trouvait dans une de ces crises où l’âme entière montre indistinctement ce qu’elle enferme, comme l’Océan, qui, dans le tempêtes, s’entrouvre depuis les fucus de son rivage jusqu’au sable de ses abîmes.
Ce qui ne veut strictement rien dire.
3 – Métaphore fioriture ou inutile
Ce genre de métaphore n’ajoute rien au sens de ce qu’on veut dire. Le sens n’en est pas plus renforcé. Elle est là comme un fioriture. En soi, ce n’est pas dérangeant. A une condition toutefois que « l’arbre ne finisse pas par cacher la forêt ».
Autrement dit, à condition qu’elle ne contribue pas à embrouiller l’esprit de celui ou de celle à qui on s’adresse et à lui dissimuler l’essentiel.
La publicité a tendance à produire d’innombrables métaphores de ce type. On les repère assez facilement car elles ne donnent aucune information réelle et les images auxquelles elles ont recours les rendent suspectes. On se demande ce qu’elles veulent cacher.
En bref, une métaphore doit avoir un sens. A défaut d’avoir du sens.
4 – Métaphore inappropriée

Il y a métaphore et métaphore. Naturellement. Elle peut être bien construite. Bien équilibrée. Et pourtant tombée mal à propos. Tout simplement parce qu’une métaphore pour être réussie doit être en phase avec le texte qu’elle est censée renforcer.
Le raisonnement ici est pratiquement de nature esthétique. Une métaphore utilisée à mauvais escient, ou à contre pied, est comme un cheveu sur la soupe. Elle gâche tout et on ne voit plus qu’elle.
Dans le registre politique, on peut penser à toutes ces métaphores guerrières censées illustrer une mobilisation exceptionnelle contre le chômage, une pandémie, la délinquance, etc … Cela en devient presque risible. Un comble !
Car, elles sont justes dans le fond. Mais leur formulation à tout va les transforme en formules creuses qui discrédite tout le reste du discours. Autrement dit, l’emploi d’une métaphore doit être mesuré et ajusté à son contexte.
5 – Métaphore incompréhensible
Ici, on n’est même plus dans le second degré, mais dans le troisième ou le quatrième. La comparaison métaphorique ne peut y être comprise que par quelques « happy few ». Et encore !
Pour en comprendre la « substantificque moelle » comme dirait Rabelais, il faut avoir à sa disposition une grille de décryptage. Le discours économique ou managérial en est truffé.
A condition de bien les comprendre, on appréciera ainsi particulièrement les territoires et les buts monumentaux à découvrir dans la RSE car comme la présentent certains auteurs :
Droit souple conjugué à un droit dur : la RSE est donc un nouveau territoire de la compliance laquelle est protectrice de l’entreprise elle-même tout en ayant une fonction sociale : environnement, personnes, droits de l’homme en sont les buts monumentaux.
Pas mal comme orientation managériale destinée à valoriser l’entreprise et son environnement. Tout le monde devrait y trouver son compte. A supposer que l’on comprenne bien de quoi il s’agit. Pas sûr que les métaphores utilisées ici et leur articulation y contribuent vraiment.
Trop de métaphores tue les métaphores
Les métaphores renforcent indiscutablement la force d’un discours grâce aux images frappantes auxquelles elles ont recours. Certaines sont même devenues des lieux communs. Ce sont ce qu’on appelle des catachrèses.
Qui n’a pas employé un jour sans même y penser des expressions comme les « pieds de table », le « bras d’un fauteuil » ou « l’aile d’un bâtiment » ?
Cependant, on l’aura compris avec les différents développements ci-dessus, une métaphore, ça se réfléchit. Mieux vaut l’éviter, même si on la trouve très bonne, si elle n’ajoute rien à la démonstration que l’on veut faire. Voire même l’obscurcit.
L’excès dont on parle avec l’expression « trop de métaphore » n’est alors pas seulement un « trop » lié au quantitatif, mais aussi un « trop » lié à un mauvais usage de la métaphore.



