Les concours d’éloquence ont la cote. On en compte près d’une dizaine de haut niveau en France chaque année. Ils sont l’occasion de faire preuve de la maîtrise acquise dans le maniement des figures de style. On dit aussi  des figures de discours, voire, pour les plus puristes, figure du discours. Ces figures sont des procédés littéraires ou oratoires visant à obtenir un effet particulier auprès d’un auditoire ou d’un lectorat.

La maitrise de ces figures par un auteur lui permet d’enrichir indiscutablement son schéma narratif. Qu’il soit, bien entendu, romanesque ou autre. Il s’agit toujours de partir d’un point A pour arriver à un point B. De ce point de vue, un peu lapidaire, il faut le reconnaitre, on peut considérer chacune des figures de style comme un raccourci accélérant le cheminement narratif ou au contraire comme une façon de l’allonger subrepticement.  

Ce faisant, qui aborde avec un grand intérêt le continent des figures de style a tôt fait aussi d’en percevoir le caractère toxique si l’usage en est perverti. Mais avant cela, il convient de savoir ce qu’on entend exactement par figure de style. 

C’est quoi les figures de style ? 

Les figures de style en général

D’ordinaire, on considère qu’une figure de discours, une figure de style ou une figure rhétorique, c’est un peu la même chose. « Un peu », car on se doute bien que si on  utilise trois expressions pour décrire une même réalité, c’est qu’il doit bien y avoir quelque part des nuances qui justifient qu’on utilise l’une plutôt que l’autre.

Cela  dit, quelle que soit l’expression utilisée – mais de préférence, on utilise en général, l’expression « figure de style » – on signifie que l’on se situe sur un autre plan que le langage usuel. Autrement dit, on veut faire beau ou frappant. On veut s’éloigner du langage commun. On recherche des tournures de phrases qui ne pourront pas passer inaperçues.

Cependant, dès que l’on aborde les rivages de la stylistique, on se rend compte qu’il y a figure et figure.  Et c’est tant mieux. C’est de cette façon qu’un auteur peut affirmer son style. On entre alors dans le domaine des nuances. 

Les deux types de figures rhétoriques en particulier

On peut dire, même si cela peut paraître abusif aux yeux d’un expert, que la figure rhétorique est le terme générique, classique, qui s’applique aux deux autres figures, la figure de style et la figure de discours.

A figure rhétorique, Pierre Fontanier, le grand maître classique dans ce domaine, préférait les figures du discours, titre éponyme de son livre majeur écrit entre 1821 et 1830. Le discours y a un visage qu’il s’agit de décrypter ou de recouvrir d’un masque.

Comme si on faisait une sorte de morphopsychologie appliquée aux mots.

Considérons néanmoins que l’une et l’autre de ces figures sont des figures rhétoriques. On veut dire par là qu’elles visent l’une et l’autre à relever la tonalité d’un discours. Qu’il soit écrit ou oral.

Commençons par la figure de style. Elle viserait essentiellement à enrichir le langage et à susciter des émotions ou des sensations. Par nature, elle est poétique. Certains auteurs la qualifie d’ornementale. 

La figure de discours aurait une vocation plus opérationnelle. Son but est de convaincre.  Et pour ce faire, d’agencer un raisonnement  ou des arguments de telle façon qu’ils soient persuasifs. C’est-à-dire qu’ils poussent ceux qui les lisent ou les entendent à faire quelque chose.

Apprendre à s’en servir, c’est d’abord apprendre à les reconnaitre. Suivant l’effet attendu, on peut classer les figures de style – on retiendra finalement par commodité cette seule expression, la plus usuelle –   en quatre grandes catégories

1 – Les figures de style fondées sur l’analogie

Ce sont les figures de style qui permettent de faire des comparaisons, des métaphores et des personnifications. Les comparaisons, les personnifications, on sait ce que c’est. Les métaphores, un peu moins.

Le mot « métaphore vient du grec ancien « metaphora » qui signifie transport. La métaphore est donc une figure de style qui permet de déplacer le sens d’un mot vers un autre. 

Quand on veut dire de manière imagée, soutenue, qu’un homme est fort, et s’affranchir du langage commun, on peut, soit faire une comparaison « il est fort comme un lion », soit faire une métaphore « il est un lion ».

Si au lieu d’un être humain, on avait eu un animal avec des traits humains, on aurait alors parlé de personnification

Dans tous les cas, on fait appel à une figure d’analogie

Toits de Paris - coollibri.com
Toits de Paris – coollibri.com

La littérature classique en fournit de bons exemples. Ainsi Balzac dans le père Goriot utilise une figure d’analogie pour décrire Paris. Pour dire qu’elle est une ville dangereuse, il utilise une métaphore et l’assimile à un océan.

Paris est un véritable océan, écrit-il. 

C’est simple et efficace. Beaucoup plus que ne le serait l’emploi de toute une phrase en langage commun.

2 – Les figures d’insistance ou d’amplification 

Dans cette catégorie, on trouve les figures de style que l’on désigne sous les mots d’hyperbole, d’accumulation et d’anaphore. Chacune mérite une petite explication. 

L’hyperbole

Commençons par l’hyperbole. Le mot vient là aussi du grec ancien « hyperbolê ». Il signifie « excès », « dépassement ». Quand on l’utilise, on veut créer un effet d’exagération dont le but est précisément de relativiser ce dont on parle. 

Ainsi quand on dit en langage courant « J’ai faim », on donne une information. Sans plus. Si on utilise une hyperbole on va dire plutôt « Je meurs de faim ». Cela attire naturellement davantage l’attention.

Mais comme c’est manifestement une hyperbole, cette faim bien réelle n’est quand même que relative. La célèbre tirade du nez de Cyrano de Bergerac est une utilisation particulièrement bien réussie des hyperboles. Parlant de son nez, Cyrano de Bergerac dit ainsi de façon hyperbolique :

C’est un roc ! …C’est un pic ! … C’est un cap ! … Que dis-je, c’est un cap ? … C’est une péninsule ! 

Exagérations qui créent un effet des plus comiques. Là encore, pas sûr que le langage commun puisse arriver au même résultat en si peu de mots. D’où l’intérêt une fois de plus d’un bon usage des figures de style.

L’accumulation 

Passons à cette autre figure d’insistance qu’est l’accumulation. En principe, les répétitions ne sont pas bien vues. Quand ils corrigent une dissertation, les professeurs la sanctionnent. Sauf que l’effet de profusion qu’elle produit peut être inoubliable. 

Il suffit de penser pour cela au discours du 24 août 1944 prononcé  par le général de Gaulle à l’hôtel de ville de Paris dont on a retenu le très célèbre : 

Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré ! 

L’anaphore

Enfin, dernière figure d’insistance, l’anaphore. Comme ses cousines, c’est une répétition. Mais une répétition toujours placée en début de phrase. Dans certains cas, elle correspond à un renvoi. Ce qui atténue en quelque sorte l’aspect répétitif sans l’éliminer. On aurait ainsi une anaphore pleine et entière et une anaphore atténuée. 

Pour ce qui est de la première, l’originale en quelque sorte, on peut se référer à ce poème de Joachim du Bellay que  les petits écoliers apprenaient autrefois par cœur –  la répétition est un bon moyen mnémotechnique – intitulé les regrets qui commence ainsi :

Plus me plait le séjour qu’ont bâti mes aïeux, 

Plus que le marbre dur me plait l’ardoise fine, 

Plus mon loir gaulois que le Tibre latin ,

Plus …

Cela dit, en confrontant l’effet voulu par Charles de Gaulle et celui voulu par Joachim du Bellay, on peut avoir le sentiment que c’est un peu la même chose.

La différence tient au fait qu’il s’agit dans un cas d’un empilement de traits autour d’un même nom, en l’occurrence Paris, et dans l’autre d’une répétition d’un même mot, ici Plus, en début de phrase.

Quoi qu’il en soit, les deux figures de style utilisées sont incontestablement des figures d’insistance.

3 –  Les figures d’opposition 

Les principales sont au nombre de cinq : l’antithèse, l’oxymore, le chiasme, l’antiphrase et le paradoxe. On le comprend.  S’opposer est la grande affaire de tout discours. Sinon à quoi bon le tenir. 

Avec l’antithèse, il s’agit de combiner dans une même phrase deux idées qui vont chacune dans un sens opposé. L’expression proverbiale « Qui aime bien, châtie bien » en est l’archétype en quelque sorte. 

Pleine lune sur fond de nuit profonde
Pleine lune sur fond de nuit profonde

L’oxymore est plus frappant. On y associe deux images parfaitement contradictoires. Par exemple la clarté et l’obscurité dans l’expression « une obscure clarté ». Pas facile à cerner, mais à coup sûr qui ne passe pas inaperçue. 

Le chiasme ressemble à une ritournelle et vise le même effet, la mémorisation sans peine. Il s’agir de la combinaison de deux phrases selon un rythme bien déterminé, un peu comme la structure d’un alexandrin ou d’une chanson.

En l’occurrence, le rythme propre au chiasme est un rythme « abba« . Comme le nom du groupe rock. On cite souvent pour s’y référer l’expression bien connue : 

Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger.

L’antiphrase est la figure de style propre à l’ironie. On dit une chose de telle façon qu’on doit entendre l’inverse. « Super ! », « tout va bien », « félicitations » expressions habituellement enjôleuses, suivie d’un piètre, « tout est perdu », voilà l’antiphrase dans toute sa splendeur.

Le paradoxe, c’est la figure de style la plus déroutante. On y énonce un fait généralement admis comme une idée finalement fausse. C’est bien connu, les premiers seront les derniers, n’est-ce pas. Ah bon !

4 – Les figures d’atténuation 

Ce sont là aussi des figures bien pratiques pour dire quelque chose sans le dire vraiment. Comme les figures d’opposition elles sont au nombre de cinq : la litote, l’euphémisme, la méiose, la prétérition et l’antiphrase. 

La litote, c’est la figure de style qui permet de dire « moins » pour dire « plus« . Bref, « ce repas n’est pas mauvais », plutôt que « ce repas est bon ». On ne prend aucun risque en le présentant ainsi. 

L’euphémisme joue un rôle comparable. Avec une nuance supplémentaire, en général, on ne veut pas faire de peine à ceux à qui on s’adresse. Le monsieur ou la dame a pris de l’âge, dit-on pour ne pas insister sur le fait qu’il ou elle est bien vieux ou bien vieille.

Les exemples ne manquent pas, surtout dans le domaine politique ou social.

La méiose est une façon de déprécier une chose ou quelqu’un pour mieux souligner sa valeur. Oh je n’ai fait que rendre un petit service, alors qu’il s’agit en réalité d’un grand service.  Courant, non ?

La prétérition consiste à dire qu’on ne va pas dire quelque chose, tout en le laissant entendre. « Je ne dirai pas que cette chanson  est nulle, elle est bien de son temps. »  Bref, au cas où on ne l’aurait pas compris,  ce qu’on veut dire sans le dire, c’est qu’on ne l’aime pas du tout. 

L’antiphrase, dernière figure de style de la catégorie, est une façon de sous entendre exactement l’inverse de ce qu’on dit ouvertement. Evidemment, il faut bien choisir le contexte. Si on dit de quelqu’un qu’il est un super joueur en pensant l’inverse, il faut qu’il soit évident pour tout le monde qu’en fait il est vraiment mauvais. 

5 – les figures de substitution 

La métonymie, c’est une figure de style qui fait partie des usages les plus courants. Si on veut en avoir une idée très claire, il suffit d’imaginer, par exemple, un quelconque article diplomatique parlant de Paris à la place des personnes composant le gouvernement français. Il s’agit, en somme, d’utiliser un raccourci pour parler d’une chose ou de quelqu’un. 

La synecdoque est aussi un raccourci, mais là on se sert d’une partie d’un tout pour parler du tout ou, à l’inverse, du tout pour parler d’une partie. Ainsi un auteur qu’on apprécie peut devenir une belle plume.

Main d'écrivain tenant une plume - coollibri.com
Main d’écrivain tenant une plume – coollibri.com

La périphrase est une figure à l’opposé de la métonymie mais son intention est la même : décrire une chose différemment qu’avec les mots usuels. Si « Paris » peut remplacer le gouvernement on peut aussi le remplacer par la « capitale de la France ».

L’antonomase est une figure de style qui a la particularité de jouer avec les noms propres et les noms communs. Dans cette optique, le nom propre devient nom commun.

Ce n’est pas pour autant une métonymie car le nom reste unique. Paris est toujours Paris.  Dans le cas précis de l’antonomase, on se sert par exemple du nom du dieu Apollon pour dire de quelqu’un qui est très beau que c’est un apollon. Dans cette transformation du nom propre en nom commun le mot y perd naturellement sa majuscule. 

Recourir aux figures de style est-il utile ?

Souvent on  a recours aux figures de style sans même s’en rendre compte. Par une sorte d’imprégnation  lié en quelque sorte au contexte dans lequel on peut se trouver. Indéniablement, la multiplication dans un texte  de figures de style bien choisies et venant à propos lui donne une plus grande tenue. 

Pour reprendre ce qui a été dit plus haut, les figures de style sont comme autant de traits particuliers qui vont dessiner le « visage » du texte et en dresser une sorte de portrait morphopsychologique.

Cependant, s’il est utile de bien les connaître, leur bon usage nécessite un certain entrainement. A défaut, loin d’être des atouts, elles se transforment vite en handicaps et  prêtent à sourire.

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