L’impression à la demande, autrement dit, l’impression numérique, serait-elle en train de détrôner l’impression offset ? La question peut paraitre un brin provocatrice. Mais, à y regarder de près, pas tant que ça, finalement.

Au cours des 20 dernières années, les techniques et les besoins en matière d’impression ont considérablement évolué. L’émergence et le succès de l’autoédition en est le résultat le plus visible.

Or, il n’est pas le seul. Le foisonnement des micro-éditeurs en est un autre. Tout comme les rééditions des fonds de catalogue pour les éditeurs classiques ou l’impression de livres devenus introuvables par des institutions comme la BNF et son site Gallica.

Gallica BnF

 

Le point commun entre tout ça : la POD. La « Print On Demand« . Autrement dit, l’impression à la demande.

 

L’impression numérique de livres à la demande

A l’origine de ce nouveau procédé d’impression, le progrès technologique. On n’en est encore qu’au début puisque l’impression à la demande suit celle des publications numériques. Mais, cela dit, aujourd’hui, trois types de machines permettent d’imprimer un livre, en un ou plusieurs milliers exemplaires, avec un effectif et une empreinte carbone réduits.

Pour ce qui est du premier type, on a, par exemple, l’Espresso Book Machine de Xerox. Elle ressemble à un très gros photocopieur. Mais, avec cette différence, qu’elle imprime, relie et rogne un livre, en moins d’une minute.

On la trouve donc dans les points de vente spécialisés. Et, comme elle se positionne à la frontière entre la bureautique traditionnelle et l’imprimerie classique, on peut dire qu’elle illustre aussi le fait que l’impression numérique, telle qu’elle se développe aujourd’hui, a bien sa source dans l’univers bureautique.

Ajoutons que pour les tirages à un ou quelques exemplaires et pour être certain d’alimenter n’importe quel libraire, le plus simple pour une petite maison d’édition, c’est aussi de s’adresser, par exemple, à un site d’autoédition ou d’impression à la demande, de lui associer un service de « drop shipping » et d’indiquer la marche à suivre au libraire.

 

L'impression numérique de livres à la demande
L’impression numérique de livres à la demande

 

Les machines du deuxième type sont plus grosses, comme la rotative à jet d’encre Prosper 6000 de Kodak. La ligne de production de celle-ci peut aller jusqu’à 28 m. Sa qualité d’impression est quasiment identique à celle d’une impression Offset.  On l’utilise couramment pour des courts et moyens tirages.

Mais, il y a encore plus gros que la Kodak avec, par exemple, les rotatives à jet d’encre HP. Pour le coup, celles-ci entrent directement en concurrence avec les rotatives Offset.

Pour l’instant, les imprimeurs professionnels réservent les rotatives numériques aux tirages de l’ordre de 5000 exemplaires, en une ou plusieurs fois, et les rotatives offset aux tirages de l’ordre de 10 000 exemplaires.

 

Impression analogique vs impression numérique

Principalement, pour des raisons de coût par page, nettement moins élevé en Offset pour les gros tirages. Mais, là aussi, les choses sont en train de changer, dès lors qu’on prend en considération d’autres paramètres comme celui, notamment, du coût par contact.

 

Avantages de l’impression à la demande pour les petites maisons d’édition

Qu’est-ce que c’est qu’une petite maison d’édition ?

Quoi qu’il en soit, on comprend mieux maintenant pourquoi l’impression à la demande peut être la solution d’impression idéale pour les petites maisons d’édition. Mais, avant de voir comment, que faut-il entendre par petite maison d’édition ? C’est une maison indépendante travaillant avec peu de moyens, beaucoup d’intelligence et dont les tirages sont, la plupart du temps, très limités.

Et un travail qui ressemble énormément à celui d’un artisan. D’où le terme « éditeur-artisan » qu’on peut lui accoler. La même personne va contrôler toutes les étapes de l’édition d’un livre : la correction, la mise en page, l’impression, la promotion, la diffusion ou la distribution. Avec le même professionnalisme pour chacune des étapes.

 

une maison indépendante
Une maison indépendante

 

En général, on distingue les petites maisons d’édition avec un comité de lecture restreint, les micro-éditeurs soutenus par une équipe de bénévoles et les éditeurs de la première chance qui publient épisodiquement des ouvrages « coup de cœur ». Leur rythme d’édition est très variable, mais les volumes concernés sont rarement importants.

Compte tenu de ce contexte, les avantages de l’impression à la demande constituent d’évidents facteurs-clefs de succès pour une petite maison d’édition. D’ailleurs, ils sont très proches de ceux qui font le succès de l’autoédition. Avec laquelle, les petites maisons d’édition ont, d’une certaine façon, des liens de parenté. 

Ces avantages se répartissent en économie de coûts directs et en économie de coûts d’opportunité.

 

Stockage, retours et pilons

La gestion du stock de livres imprimés est, pratiquement toujours, un vrai casse-tête pour une petite maison d’édition. Il faut en financer l’impression avant même qu’ils soient vendus. Les stocker, en attendant, dans un endroit convenable et, souvent, après coup, s’occuper de la destruction des invendus. Ou de leur distribution gratuite …

À Casablanca, pour sauver les livre du pilon, ils les offrent aux passants

Tout cela représente des charges qui peuvent devenir très lourdes quand, avant même le lancement de l’édition du livre, la trésorerie de l’éditeur est exsangue. Ce qui est le cas d’une grande majorité des petites maisons d’édition.

 

L’impression à la demande résout ces problèmes :

  • Elle évite de « tirer » sur la trésorerie de l’éditeur. Au contraire, elle la consolide. En effet, un livre n’est imprimé que s’il est commandé et payé.

 

  • Elle évite les frais de stockage. 1000 exemplaires ou plus d’un livre dans un petit bureau, ça encombre, inévitablement. Mais, il faut bien les mettre quelque part.

Alors, on loue davantage d’espace pour les conserver en attendant de les distribuer et de les vendre. D’autant qu’un autre projet éditorial est souvent en cours en même temps. Et qu’il faudra lui faire de la place, à son tour.

 

  • Aux frais de stockage des livres à vendre, peuvent aussi s’ajouter ceux des livres invendus et retournés qu’il va falloir, de surcroît, détruire faute d’avoir pu les écouler à bas prix. Au désagrément d’avoir à supporter un échec éditorial, s’ajoute aussi celui de devoir payer, en plus, pour l’effacer. Aucun risque de se trouver dans une telle situation avec l’impression à la demande.

 

Et, ce n’est pas tout.

 

Distribution nationale et internationale

Pas commode, quand on est un petit éditeur, d’assurer la diffusion et distribution des ouvrages que l’on édite. Les grandes maisons bénéficient de réseaux de distribution puissants. Ce n’est pas le cas des petites.

Les coûts pour faire parvenir aux libraires les livres publiés peuvent devenir carrément exorbitants. Coûts qui comprennent, non seulement, l’envoi proprement dit, mais aussi la préparation de l’envoi. Peut-être, pour rien !

 

Distribution nationale et internationale
Distribution nationale et internationale

 

Quant à la distribution internationale, n’en parlons même pas. Ce ne peut être qu’en rêve.

Là encore, l’impression à la demande résout les problèmes. Si le libraire est équipé de la machine adéquate, comme celle, par exemple, de Xérox, il peut recevoir directement, de manière digitale, le livre que lui a commandé le lecteur ou en mettre un exemplaire sur l’une de ses tables d’exposition, s’il a été convaincu par sa nouveauté. Sans frais pour l’éditeur-artisan. Et, même chose à l’international. Super, non !

 

Recentrage sur l’auteur

Les économies de charges que l’impression à la demande permet à une petite maison d’édition de réaliser ne sont pas que financières. Le temps gagné à ne plus avoir à anticiper des quantités de livres à imprimer, à stocker, à distribuer ou à mettre au pilon, c’est autant de temps qui peut être investi sur la recherche de nouveaux projets éditoriaux et l’accompagnement des auteurs retenus.

 

Astrid Stérin qui vient de publier, « Le page de l’aurore » dans une toute petite maison d’édition, Sylphe Rouge, dont c’est la première publication est très claire là-dessus.

J’espère publier mes prochains romans avec cette maison. L’accompagnement dont j’ai pu bénéficier était vraiment très formateur, mon roman n’aurait pas du tout la même qualité sans ça !

Couverture de mon roman de fantasy "Le Page de l'Aurore"

On ne saurait mieux dire. Et, pourtant l’auteur reconnaît que ses droits d’auteur sont dérisoires et qu’elle a dû elle-même investir beaucoup de temps pour assurer la promotion de son livre. Comme elle l’aurait fait, si elle avait eu recours uniquement à l’autoédition et dont, finalement, les petites maisons d’édition sont très proches.

Il n’est pas dit d’ailleurs qu’elle ne fasse pas, un jour, de l’autoédition.

 

En bref

Généralisation de l’impression à la demande

L’impression à la demande constitue encore une faible part des volumes imprimés. Mais, cette part ne cesse de grandir. Elle est à la base du succès de l’autoédition, mais elle est aussi, de plus en plus, celle des petites maisons d’édition. Les avantages qu’elle offre en matière de gestion des projets éditoriaux sont, en effet, évidents.

A tel point que les grandes maisons n’hésitent pas, elles aussi, à y avoir recours quand il s’agit d’exploiter de petits tirages. En application du principe de la longue traîne. Même chose pour les institutions, comme la BNF, qui veulent mettre facilement à disposition du public des ouvrages rares et autrement inaccessibles.

 

Beaux livres, derniers îlots de résistance ?

Cependant, tout n’est pas merveilleux dans le meilleur des mondes. Même si l’impression à la demande a fait d’énormes progrès en qualité, et continue à en faire, il n’en reste pas moins qu’elle n’est pas forcément le choix qui s’impose d’emblée pour l’impression des Beaux Livres. De ce point de vue, l’accompagnement d’experts graphiques est certainement indispensable dans ce domaine.

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