L’hyperbole est une figure de style très fréquemment utilisée. Elle permet de « grossir » l’effet d’une idée. Comme une loupe. Cependant, comme toute figure de style, sa mauvaise utilisation aboutit à l’effet inverse de celui qui était attendu.
Sans s’en rendre compte, forcément, les créateurs des publicités des lessives OMO et Persil se sont ainsi laissés entrainer sur une pente contreproductive en prétendant que ces lessives lavaient plus blanc que blanc. L’hyperbole est bien réelle, mais au lieu de renforcer l’attractivité du produit, elle fait douter de son efficacité. Et au mieux, le discrédite en en faisant rire. On se souvient encore, près de 50 ans après, du sketch de Coluche se demandant en se tordant de rire quelle couleur pouvait être plus blanc que blanc.
Globalement, on peut dire que l’hyperbole est une figure qu’on rencontre fréquemment dans la pub, le domaine politique et dans le langage courant. Par ailleurs, son accentuation est bien utile pour créer des effets particulièrement comiques, tragiques ou épiques.
Domaines privilégiés de l’hyperbole

L’hyperbole dans la publicité
L’hyperbole est un des fondements du discours publicitaire. L’information brute sur un produit ou un service ne fait pas rêver. Et cela d’autant moins si elle est confrontée à d’autres informations moins brutes de produits ou de services concurrents.
Pour bien exister aux yeux des clients, elle a besoin d’un supplément d’âme. C’est ce que lui apporte l’hyperbole que les créatifs publicitaires sauront lui associer grâce à une hyperbole bien choisie.
Autrement dit, elle sait être frappante par l’image qu’elle véhicule sans pour autant perdre son efficacité à cause du ridicule qu’elle peut aussi susciter.
Une des meilleures, de ce point de vue, est celui de la marque de boisson énergisante Red Bull quand elle prétend que :
Red Bull vous donne des ailes.
C’est évidemment faux, comme toute hyperbole, mais c’est très parlant, sans faire de longs discours, et cela ne nuit pas à l’efficacité du message publicitaire. Ce dernier a bien pu être critiqué pour excès de promesse, mais ce n’est là qu’une hyperbole, n’est-ce pas ?
Ce qui naturellement absout son usage.
L’hyperbole dans le domaine politique
Comme dans le domaine publicitaire, l’hyperbole est au cœur du discours politique et du journalisme d’opinion. Elle est particulièrement recherchée car elle nourrit souvent les punchlines.
On ne compte plus les séquences où tel homme politique est « effondré » à cause des propos d’un de ses adversaires. Celles où l’arrivée de tel parti politique au pouvoir fait courir un « risque mortel » au pays. Ou encore celles où tel vote va inévitablement provoquer le « suicide » de l’Europe ou la « faillite » de l’économie nationale.
Et ça marche ! Une des plus utilisées, toujours avec succès, malgré ses multiples emplois est la « reductio ad hitlerum » appliquée à tort et à travers. A l’heure où la communication instantanée est reine, une hyperbole bien placée constitue incontestablement un avantage. Au moins momentané.
Car, il n’en reste pas moins qu’à la longue le décalage récurrent entre les faits et leur traduction hyperbolique a pour effet d’alimenter une désaffection de plus en plus tenace et croissante des populations envers leurs institutions.
L’hyperbole dans le langage courant
Pas de bon commentaire sans hyperbole ! Dans le langage courant, l’hyperbole sert souvent de base à des mots-valises ou à des expressions devenues banales à force d’être utilisées à tout propos et suffit à tout.
Un séjour dont on est satisfait est forcément fabuleux. Exceptionnel, dans le pire des cas ! Sur les réseaux sociaux, elles pullulent. Sur Instagram, Tiktok ou Twitter/X, elles sont omniprésentes.
Le résultat est évidemment à l’opposé de ce qui était initialement attendu. Comme on l’a dit pour les métaphores, trop d’hyperbole tue l’hyperbole. Comme dans bien d’autres situations, l’excès nuit et l’excès de figure de style tue la figure de style.
Passé le premier moment où l’hyperbole parvient à capter l’attention, grâce à l’insistance qu’elle tambourine, elle est vite assimilée à un tic de langage. Tel est « hyper génial », ah bon ! Tel autre est « ultra ouf », ah tiens !
Le tout éventuellement agrémenté d’émojis amplificateurs. Pour faire bonne mesure et ne rien rater.
Comment recourir correctement à l’hyperbole
L’hyperbole est une technique littéraire puissante. Raison pour laquelle, d’ailleurs, cette figure de style est mise un peu à toutes les sauces. Pour bien l’utiliser, ou en tout cas, pour en optimiser les effets, on peut procéder en deux étapes. Ce qui est, bien sûr, plus facile à l’écrit qu’à l’oral.
La première consiste à bien définir l’effet recherché. Veut-on créer, par exemple, un effet comique, tragique ou épique ? Puis dans un deuxième temps, on peut se demander si pour réussir cet effet, il ne vaut pas mieux finalement utiliser une litote, voire une autre figure de style, plutôt qu’une hyperbole.
L’hyperbole comme figure de style comique
Plutôt que de laisser l’hyperbole dériver involontairement vers le comique comme ce qui s’est passé avec la lessive OMO « qui lave plus blanc que blanc », on peut bien évidemment le faire exprès.
La tirade du nez de Cyrano de Bergerac en constitue un bon exemple. Elle n’est pas la seule de ce genre. La pièce de théâtre que Molière a consacré à la dévotion hypocrite en est truffé. Notons que la dévotion n’est pas que religieuse et qu’elle peut être parfaitement profane.
Ce qui donne un caractère intemporel à la pièce de Molière. Et cela d’autant plus qu’au lieu de s’en prendre directement à l’attitude qu’il met en cause, il le fait de manière indirecte et donc non condamnable, grâce aux hyperboles qui la rendent ridicule.
Dans la scène 3 de l’acte 3, Tartuffe, le roi des dévots, veut profiter d’une conversation avec Elmire pour essayer de la séduire contre toute attente. Contre la sienne, en tout cas.
L’occasion est belle, pense-t-il et il enchaîne sans crier gare avec un feu d’artifice d’hyperboles – Mes yeux et mes soupirs vous l’ont dit mille fois, (…) Je le confesse, hélas ! avec un trouble extrême, (…), Heureux, si vous voulez ; malheureux, s’il vous plait, Mon espoir, mon bien, ma quiétude entière, sont dans vos mains, Madame, et ne peuvent s’en défaire… Ouf, vous me serrez trop. Répond l’autre.
La pièce a tellement bien atteint son but que du nom du personnage Tartuffe on a fait un nom commun, Tartufferie, pour désigner tous les discours dont le conformisme moral n’est rien d’autre qu’une attitude opportuniste.
L’hyperbole comme figure de style tragique

Pour bien faire sentir à son auditoire ou à ses lecteurs tout ce qu’une situation peut avoir de tragique, on ne peut faire autrement que de recourir à l’exagération hyperbolique. Une phrase célèbre d’un discours de Winston Churchill en fournit une bonne illustration.
Au cas où ses auditeurs n’auraient pas bien compris la situation extrêmement difficile dans laquelle se trouve l’Angleterre et les sacrifices auxquels il va falloir que chacun consente pour en sortir, il leur annonce le 13 mai 1940 :
Je n’ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur.
Chaque mot pris en soi n’est pas hyperbolique, mais leur assemblage dans un contexte connu de tous ceux qui l’entende crée un effet éminemment tragique propre à l’hyperbole.
On en trouve d’autres exemples dans les pièces du grand tragédien classique qu’est Racine (1639-1699) comme par exemple dans la scène 5 de l’acte II de Phèdre. Elle y annonce à son beau-fils, Hippolyte, l’amour qu’elle lui porte alors même qu’elle croit que son père Thésée est mort. Terrible aveu qui la pousse à tous les excès envers elle-même dont seule une hyperbole peut rendre compte :
Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire ? Et si je le fais, sache que je l’abhorre ; je ne puis plus longtemps me forcer à me taire. Frappe puisque tu dois me punir de ma faute ; voilà mon cœur, c’est là que ta main doit frapper.
L’hyperbole comme figure de style épique
Evidemment, l’hyperbole comme figure de style épique s’impose dans tous les récits où il s’agit de valoriser les qualités extrêmes des héros et de souligner l’atmosphère surnaturelle des situations dans lesquelles ils se trouvent impliqués.
On en a de beaux exemples dans les chants épiques tirés d’œuvres anciennes comme l’Illiade d’Homère ou les chants d’Ossian de James Macpherson. Ces derniers étaient le livre de chevet favori de Napoléon. Ingres en fera un tableau un tableau majestueux intitulé le Songe d’Ossian destiné à orner le plafond de son palais du Quirinal. On peut le voir aujourd’hui exposé dans le très beau musée Ingres Bourdelle de Montauban.
Plus proche de nous, l’hyperbole épique est un des principaux ressorts d’une œuvre aussi considérable que « Cent ans de solitude » du grand écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez. Ce qui n’a finalement rien d’étonnant s’agissant d’une œuvre marquante du réalisme magique.
Dans « cent ans de solitude que l’on peut voir comme une allégorie de l’histoire de l’humanité, il y décrit ainsi, comme s’il s’agissait d’un évènement banal, l’ascension de Remedios la Belle :
Fernanda leva les yeux et elle vit Remedios la Belle, qui après avoir lancé un dernier regard de compassion sur ceux qui l’abandonnaient, s’enleva dans les airs, emportée par le souffle du vent qui l’emportait vers les hauteurs, perdue pour toujours dans l’éther et le ciel sans qu’aucune terre ne puisse la retenir.
L’hyperbole : une figure de style privilégiée de l’emphase
L’emphase est une tonalité générale donnée à un discours. L’hyperbole est une figure de style particulière qui joue sur l’insistance et l’exagération. Autrement dit, l’emphase n’implique pas nécessairement l’emploi d’une hyperbole, mais toute hyperbole s’inscrit dans un contexte emphatique.
De la même manière, l’hyperbole peut se combiner avec la litote. On peut ainsi considérer la litote comme une sorte d’hyperbole inversée. Elle consiste à dire « moins » en laissant entendre exactement le contraire, c’est-à-dire « plus ».
Avec la litote, on minimise pour suggérer un état qu’on aurait pu tout aussi bien exagérer. Il s’agit, en somme, d’une atténuation feinte. Rien à voir avec l’euphémisme qui attenue un propos pour ne pas faire de peine.
Ce qu’on doit retenir, c’est que l’hyperbole est une figure de style classique qui est un point de rencontre quasi incontournable avec beaucoup d’autres figures de style. De ce fait, son emploi est d’un usage forcément courant et implique un certain savoir-faire pour ne pas être contre productif.



