Contrairement à ce que l’on pourrait croire, écrire un roman pour ado n’est pas chose facile. Cela demande beaucoup de doigté. Mais, c’est passionnant !

C’est que la période de l’adolescence est une période critique, par excellence. Pleine d’attentes, pleine de doutes, pleine d’excès. L’auteur d’un roman pour ados peut vite tomber dans la mièvrerie ou la « moraline », s’il n’y prend garde.

Peu intéressant pour lui, on s’en doute. Et surtout, très peu intéressant pour ses lecteurs.  S’il réussit à en avoir.

Donc, comment faire ? Comment faire pour exprimer tout à la fois ses talents d’écrivain et répondre aux attentes du lectorat ado.

 

Le roman pour ados n’est pas un genre mineur

Si en tant qu’auteur on se dit qu’il est plus facile d’écrire pour des ados que pour des adultes, on se trompe lourdement. C’est exactement l’inverse. Par conséquent, la première chose que doit faire un auteur qui veut écrire pour ce type de public, c’est de bien comprendre à qui il s’adresse. En tout cas, s’il veut être lu par des ados.

 

Spécificités du public ado

Une tranche d’âge particulière

« Les ados », ce n’est pas seulement un public avec des tics verbaux et des attitudes convenues, mais tout un « peuple », en perpétuelle mutation. Difficile à cerner. On le comprend d’emblée quand on pose la question : c’est quoi un ado ?

Un enfant. Si, si, c’est ce que pensent certains adultes ! Or, écrire un roman pour ados, ce n’est certainement pas la même chose qu’écrire un livre pour enfants.

 

Film Tanguy
Film Tanguy

 

Un jeune ? Ah, bon. Un jeune adulte ? Ah oui. Un Tanguy alors ou un Peter Pan ! Pas vraiment.

Soyons prudent. Pour le démographe, c’est d’abord une tranche d’âge. En général, de ce point de vue, on situe l’adolescence entre 11 et 18 ans. On peut toujours en discuter, évidemment. Mais, on ne doit pas être trop loin de la vérité.

 

Une période difficile à vivre

Faisons un focus sur cette tranche d’âge si particulière. On peut se remémorer ses propres souvenirs. Mais, il est plus sûr d’aller consulter ceux qui sont au contact quotidien des ados.

Les parents dépassés, les éducateurs bousculés, les psys débordés. Pas mal, non plus, d’écouter quelques représentants de la Justice, avec un J majuscule.

Est-ce à dire que l’adolescence est une période nécessairement à problèmes ?

 

l'adolescence est une période nécessairement à problèmes ?
l’adolescence est une période nécessairement à problèmes ?

 

Non, pas pour tous les ados. Mais, critique, incontestablement. D’où, la formule passe-partout, censée tout expliquer, « Avec l’adolescence, vient forcément, la crise de l’adolescence ».

Formule qu’on emploie à tout-va. Spécialistes et non spécialistes.

 

Attentes du public ado

Elles découlent du vécu des ados. Un ado, ce n’est plus un enfant, mais ce n’est pas encore un adulte. Il se pose beaucoup de questions auxquelles son entourage répond rarement.

D’où la crise. Mais, des réponses, il en obtient quand même. Elles lui viennent, notamment, par le biais du résultat de ses expériences et de celles du petit groupe auquel il appartient. D’où, encore, la crise.

 

la crise adolescence
la crise adolescence

 

En général, ces questions ont toutes pour point commun celui des limites à franchir ou à ne pas franchir. Parmi lesquelles, on trouve, naturellement, les injonctions parentales, les obligations scolaires, et plus globalement, sociétales.  Ou encore, entre autres, l’hygiène de vie. A cet âge, tout est remis en question, pour pouvoir, en quelque sorte, être « réinitialisé ».

Dans ce contexte, quel peut être le rôle de l’écrivain de roman pour ados ?

 

Rôle de l’écrivain de roman pour ados

L’appartenance « de facto » à un ensemble d’acteurs centrés sur la problématique adolescente

C’est un rôle qui peut être clef, dans un sens ou dans l’autre. Longtemps, les seules institutions à s’occuper des ados en dehors de la sphère familiale ont été, dans l’ordre, la Justice et l’École. Mais, la prise de conscience de la spécificité de la jeunesse a fini par se généraliser.

A son origine, sans doute, cette interrogation partagée par beaucoup d’experts :

L’adolescent ne serait-il pas, par définition, le prototype de l’état limite ?

 

En tout cas, elle a été marquée, notamment, par la création de la journée internationale de la jeunesse, en 1985. Et, finalement, d’autres acteurs sont venus s’y ajouter. Citons, entre autres, le plan santé de 2008 qui a conduit à la création d’une maison des adolescents dans chaque département.

 

L'adolescent ne serait-il pas, par définition, le prototype de l'état limite ?
L’adolescent ne serait-il pas, par définition, le prototype de l’état limite ?

 

De sorte que, d’une manière ou d’une autre, l’auteur d’un roman pour ados ne peut que se rattacher à cet ensemble d’acteurs. Et, on imagine mal qu’il puisse écrire comme s’il n’existait pas.

 

Le Profil particulier de l’écrivain pour ados

Compte tenu de la nature de son public, l’écrivain pour ados a une responsabilité. Partons de l’idée qu’il s’agisse d’un auteur adulte. Sans verser dans une attitude, en particulier, moralisatrice, il doit avoir une conscience aigüe des conséquences que ses mots et ses phrases peuvent avoir sur l’esprit de son jeune public.

Rappelons que cette question est ancienne. Elle a été à l’origine de la mort de Socrate. Eh oui ! En effet, ses accusateurs lui ont intenté un procès car, selon eux, il corrompait les jeunes gens avec sa façon de dialoguer avec eux.

Ce qu’on a appelé la maïeutique socratique. Trop libre. Et la conclusion de ce procès a été sa condamnation à mort. Cela n’a pas été la seule accusation, mais elle a été centrale.

 

la mort de Socrate
La mort de Socrate

 

Ces temps sont loin, mais la question demeure. De nombreuses affaires montrent à quel point une rhétorique bien huilée peut convaincre des jeunes d’accepter l’inacceptable. D’où la question : que peut-on dire ou ne pas dire en tant qu’auteur de roman pour ados ?

  • Comment éviter la « moraline » ?
  • Comment ne pas tomber dans les propos barbants et sans intérêt ?
  • A l’inverse, comment résister à la tentation de vouloir faire du business avec des propos détonants ou délirants ?

Les conseils en 5 ou 10 points ne manquent pas. Mais, de notre point de vue, les guidelines à suivre pour écrire un roman pour ados, qui répondent à leurs attentes et qui respectent, en même temps, une déontologie, sont de trois types.

 

Guidelines pour un auteur de roman pour ados

L’histoire

D’évidence, l’histoire d’un roman pour ados doit se dérouler dans un univers qui leur est familier. Ce qui ne signifie en aucune façon que cet univers doit être identique à ce qu’ils connaissent.

Si on prend le cas, par exemple, de la saga d’Harry Potter, son univers est celui d’une école, lieu de l’adolescence par nature, mais d’une école, ô combien particulière, que l’on doit au génie de l’auteur. Et ses personnages principaux sont des écoliers et des professeurs.

 

la saga d'Harry Potter
la saga d’Harry Potter

 

Grâce à la magie de son écriture, J.K. Rowling a su transformer en théâtre surnaturel des lieux habituellement sans magie et transformer des personnages terriblement caricaturaux dans leur banalité en personnages mythiques.

C’est ce qui lui permet de renverser les perspectives et d’aborder, sereinement et sérieusement, c’est-à-dire ailleurs, des questions comme le Bien et le Mal, les devoirs de l’Amitié, le rôle des Parents, des Professeurs, etc. Autrement dit, toutes les questions relatives aux limites.

 

Le style

Même si les sujets abordés dans un roman pour ados sont éminemment sérieux, sans quoi il y a de fortes chances pour qu’il ne les intéresse pas, toutefois, il ne s’agit pas de faire un traité philosophique. L’auteur, Harlan Coben, bien connu pour ses romans policiers, est aussi un fin connaisseur du monde adolescent.

Dans la série qui débute avec son roman « A découvert », il met en scène le jeune Mickey Bolitar. Celui-ci n’est, ni plus ni moins, que le neveu de Myron Bolitar, le personnage principal d’un grand nombre de ses romans.

 

A découvert

 

Ce faisant, il inaugure un nouveau genre de littérature dans lequel les parents peuvent lire parallèlement une histoire, avec leurs mots, à celle lue par leurs ados avec leurs mots à eux.  Comme le souligne Harlan Coben, père de quatre ados de 11, 13, 15 et 18 ans, pour une fois, parents et ados peuvent ainsi parler ensemble de leurs lectures.

 

Mais, pour arriver à ce résultat, il l’avoue :

Oui, j’ai écouté aux portes.

Les portes dont il parle sont celles de ses ados. Ce qui signifie, notamment, que faire parler des ados dans un roman ne doit pas se traduire par une avalanche de mots dit « jeunes », ni par des propos pouvant les faire passer pour des êtres sans consistance.

 

Car, l’adolescence est précisément l’âge où les réflexions existentielles sont les plus intenses. N’oublions pas, par exemple, que Françoise Sagan avait moins de 19 ans lorsqu’elle a publié « Bonjour Tristesse« , dans lequel toute une génération s’est reconnue.

 

Le début et la fin

Ce sont deux temps forts du roman pour ados. Le début est celui de l’identification du lecteur aux personnages du roman. Même profil, même univers, même « crise ».

La fin est celle de la « morale » de l’histoire. Elle n’est précisément pas morale. Tout au long de l’histoire, les personnages flirtent avec les limites. Mais, dans un roman pour ados le franchissement de ces limites n’est jamais irréparable. Par ailleurs, on comprend, à la fin, que la « crise » va, de toute façon se résoudre avec le temps.

 

Roman d’ados ou roman sur les ados ?

Un roman pour ados n’est pas un roman sur l’adolescence et ce moment, si particulier, où le jeune devient un jeune adulte. Le meilleur exemple du second est donné par Alain-Fournier, l’auteur du « Grand Meaulnes« . Un des plus grands classiques de la littérature française.

Le Grand Meaulnes

Sous la plume de François, le narrateur, il raconte l’histoire d’amour vécue par Augustin avec une jeune fille, rencontrée par hasard, lors d’une fête dans un château mystérieux, alors qu’ils étaient, l’un et l’autre, respectivement âgés de 15 et 17 ans. Et tous deux élèves, comme il se doit dans un roman qui met en scène des adolescents, dans un établissement scolaire au nom poétique de cours supérieur de Sainte-Agathe.

Le roman d’Alain Fournier s’attarde, en effet, après le récit de la rencontre des deux jeunes protagonistes, sur les années qui suivent cette rencontre. Ce qui correspond, pratiquement, aux deux tiers du livre. Alors qu’un vrai roman pour ados reste, lui, concentré sur la période adolescente.

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