Attention ! Sans diégèse bien gérée pas de récit qui tienne la route. C’est dire son caractère crucial ! Une bonne diégèse pour son roman, c’est comme disait la pub, Mars et ça repart ! Mais, est-ce vraiment vrai tout ça ? Tentons une réponse à la normande. « P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non ». Le fait est que si on se pique d’un peu de narratologie, ça peut être utile.

Mais, on peut aussi fort bien s’en passer quand on n’a l’ambition que de venir à bout d’un roman. Trop d’élucubrations savantes finissent par tuer tout récit. Cela dit, il arrive aussi qu’on ne sache plus par quel bout prendre ce fichu roman. Et alors, figurez-vous qu’une bonne diégèse, ça peut aider à repartir. D’où notre Mars. Mais, en plus aride et en beaucoup moins sucré !

 

C’est quoi la diégèse d’un récit ?

Pour comprendre ce qu’est une diégèse, le mieux est de penser cinéma. C’est normal, la notion a été inventée par Etienne Souriau. Philosophe de son état et, accessoirement, ou principalement, un des acteurs majeurs de la filmologie. Donc, c’est quoi la diégèse ?

Eh bien, quand on regarde un film, notamment, un long métrage, à un moment donné, on voit les acteurs s’agiter à l’écran et, dans le même temps, on entend une musique qui accompagne et souligne ce qu’ils font.

Evidemment, ils ne peuvent pas l’entendre et pourtant elle fait partie du récit, en lui donnant une intensité dramatique qu’il n’aurait peut-être pas sans cela. Ce rapport est, bien sûr, intéressant à analyser et nécessite, pour ce faire, une sémantique particulière.

 

le mieux est de penser cinéma
le mieux est de penser cinéma

 

La diégèse représente ainsi le niveau auquel se situent les acteurs et celui où on raconte des choses. De ce point de vue, La musique d’ambiance est dite extradiégétique. Evidemment, ils ne peuvent pas l’entendre. Et la voix off d’un narrateur, qui ne fait pas partie de l’action que peuvent voir les spectateurs, est dite, quant à elle, hétérodiégétique.

Ajoutons, enfin, qu’on oppose, en général, la diégèse à la némesis. Dans la némésis, on ne s’intéresse pas à l’histoire en tant que telle, mais uniquement, à ce qu’on en montre.

Cela dit, de la filmologie à la narratologie, il n’y a qu’un pas. Lequel a été vite franchi par les narratologues qui ont adopté et adapté la notion pour  leur propre usage et l’analyse des personnages de fiction. Et voilà pourquoi, on peut parler aussi de la diégèse d’un roman.

 

Comment se servir de la diégèse de son récit ?

Bon, très bien tout ça, mais à quoi peut bien servir toute cette théorie ? C’est effectivement la question que tout auteur peut se poser. Si, par aventure, disons-le, il en vient à s’interroger sur ce qui constitue la diégèse de ce qu’il écrit. 

Etant, d’abord et avant tout, auteur et non pas critique littéraire, adepte de néologismes, il peut être tenté de lâcher un beau « bof », accompagné d’un haussement d’épaules, tout aussi significatif.

C’est le cas le plus fréquent. Oui, mais voilà, un petit nombre d’auteurs, finalement vaccinés à la diégèse et à ses raisons, s’en trouvent très bien. Alors, pourquoi ne pas chercher à les imiter ?  

 

Comment se servir de la diégèse de son récit
Comment se servir de la diégèse de son récit

 

En vérité, penser diégèse quand on écrit un roman, c’est aussi s’assurer qu’on n’oublie rien. Rien dans l’intrigue, rien dans sa narration, rien dans le soin qu’on prend de ses personnages et de ses lecteurs. Au fond, on n’en dit jamais assez pour favoriser la compréhension de ce qui se passe dans un roman.

C’est à ça que servent, entre autres, les préfaces, les avant-propos ou les préambules. Mais ces paratextes ne sont pas exclusifs d’autres procédés pouvant être utilisés par les auteurs.

 

L’exemple de Théophile Gautier

Théophile Gautier, l’auteur du Capitaine Fracasse, en avait une conscience aigüe, issue de son extrême sensibilité aux œuvres d’art, quand sortant de son rôle de narrateur, dans ce même roman, il prend la peine d’expliquer à ses lecteurs pourquoi ses descriptions peuvent lui sembler longues.

 

THEOPHILE GAUTIER
Théophile Gautier

 

Car, dit-il, à pleine page et au milieu de sa narration : 

L’artifice de l’écrivain a cette infériorité sur celui du peintre, qu’il ne peut montrer les objets que successivement. Un coup d’oeil suffirait à saisir dans un tableau où l’artiste les aurait groupées autour d’une table les diverses figures dont le dessin vient d’être donné. 

 

Et Théophile Gautier continue sa démonstration, hors narration, en ajoutant : 

On les y verrait avec les ombres, les lumières, les attitudes contrastées, le coloris propre à chacun et une infinité de détails d’ajustement qui manquent à cette description, cependant déjà trop longue.

Du grand art ! Mine de rien, Théophile Gautier, en abandonnant momentanément sa tenue de narrateur, pour la remplacer par celle de critique littéraire, enrichit son texte de belle manière, en invitant son lecteur à se reporter dans son imaginaire, pour compléter le tableau qu’il veut peindre manuscritement.

 

C’est à cela que peut servir un point de vue diégétique.

 

Diégèse, or not diégèse ?

Quoi qu’il en soit, est-ce grave, docteur, si on ne digère pas bien la diégétique ? Et tout ce qui tourne autour ? Est-ce que ça empêche d’écrire ? Et surtout de lire un bon roman en sachant, par exemple, profiter d’une retraite paisible ?

Oh que non ! On peut écouter, sans remord, ni regrets, tels conseils de bons amis que l’idée de rechercher la diégèse d’un récit fait frémir :

N’oubliez pas qu’il s’agit d’une notion abstraite et floue sur les bords, qu’on a vite fait de s’y prendre les pieds et de mordre la poussière. 

Disent-ils, à juste titre. Paure de ioù ! Heureusement, on peut toujours imprimer son livre, sans façon.

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