Comme l’aurait dit l’oublié commissaire Maigret, mais ouiii, c’est bien sûr ! La synecdoque, c’est la solution ! Oui, certes mais c’est quoi une synecdoque ? Et ça résout quoi comme énigme ou problème ? Pour faire court, c’est ce qui permet de réduire un tout à une de ses parties ou de faire d’une partie, un tout. Parce que c’est plus parlant. Entre chancelleries, on parle ainsi de Paris et de Washington. Par exemple. C’est tellement courant, qu’on ne voit même plus qu’on y combine trois synecdoques.
Les chancelleries ne sont qu’une autre façon de parler des ministères de affaires étrangères de chacun des pays concernés. Quant à Paris et à Washington tout le monde aura compris qu’il s’agit respectivement du gouvernement français et du gouvernement américain. La question qui vient alors immédiatement à l’esprit, c’est pourquoi se donner cette peine. Et une autre qui vient tout de suite après, c’est est-ce qu’on ne peut pas faire autrement.
D’où vient la synecdoque ?
Avant d’examiner de plus près ces deux questions, il n’est pas inutile de revenir sur les origines de la synecdoque et sur son champ d’application.
Etymologiquement, synecdoque vient du grec ancien synekdokhê, ou si on préfère, du latin, synecdoche. Dans l’un et l’autre cas, le sens est le même : de même sens. L’une et l’autre expression sont donc la synecdoque de l’autre. Si on peut dire.
Car en vérité, on utilise une synecdoque non pas pour s’amuser avec les étymologies, mais pour varier les expressions en substituant des catégories à d’autres sans pour autant changer le sens de ce qu’on veut dire.
Raison pour laquelle on qualifie les figures de style qui y ont recours de figure de style de substitution.
Bon, mais encore ? Pour aller plus loin, il faut s’intéresser à ce qu’on peut appeler la typologie des synecdoques. Autrement dit, aux différents cas d’emploi.
Différents types de synecdoques
On a évoqué dans un premier temps, la partie pour le tout et le tout pour la partie. Ce ne sont pas, bien sûr, que les seuls cas d’utilisation, même si on peut considérer que ce sont les plus importants.
Partie pour le tout
C’est une des synecdoques les plus fréquentes. Par exemple, plutôt que de parler de bateaux, on parle alors de voiles. Ou si on préfère, quand on veut dire qu’on ne veut pas sortir parce qu’il fait trop froid, on peut dire sans y penser qu’on n’a pas l’intention de mettre le nez dehors. C’est plus sympa.
Tout pour la partie
Impossible d’y échapper quand on s’intéresse aux compétitions sportives. Quand l’équipe est nationale, c’est la France qui gagne ou qui perd. On peut bien évidemment trouver d’autres exemples du même genre dans beaucoup d’autres domaines.
Singulier pour le pluriel
Utiliser un singulier à la place d’un pluriel pour singulariser une chose, une espèce ou un évènement peut paraître un peu plus original. Encore que.
On le trouve en effet à foison quand il s’agit de caractériser un comportement propre à tout un groupe. Le chat, n’est-ce pas, est un animal indépendant. Alors que ce n’est pas le cas du chien.
Dans le même registre, on peut parler du français, de l’anglais, de l’allemand, etc.. dont chacun sait bien que .. Toutes ces généralisations sont des synecdoques.
Matière pour l’objet
Côté fréquence d’emploi, la matière à la place de l’objet, c’est un peu comme le singulier à la place du pluriel. Quoique les expressions qui y ont recours tournent souvent autour du fer comme dans croiser le fer quand on veut signifier la singularité d’une inimitié.
Mais dés lors qu’on entre dans le domaine de la mode vestimentaire, les choses prennent un peu plus d’ampleur. On porte un vêtement de laine, une écharpe de soie, etc.. A noter qu’on peut aussi l’inverser. Plutôt que de dire qu’on porte un manteau de vison on peut préférer dire qu’on porte du vison.
Le contenant pour le contenu
C’est bien la figure de style qu’on utilise quand on invite une personne à prendre un verre. On ne l’invite évidemment pas à croquer le verre, autrement dit, le contenant, mais bien ce qu’il peut y avoir dedans, autrement dit, son contenu.
A noter que la formule peut s’inverser facilement. Le contenu passe alors devant le contenant. Comme quand on invite la dite personne à prendre un café. Ce qui suppose, bien sûr, que le café soit dans un contenant.
Espèce pour le genre

Dans ce cas, on utilise un mot plus resserré, l’espèce, pour caractériser un ensemble plus général, le genre. L’emploi de cette synecdoque est fréquent quand on achète un produit très typé.
Tel qui achète une Renault veut principalement dire qu’il achète une voiture. Idem pour le Coca, le Bic, le Kleenex ou le Kärcher. Dans ces derniers cas de figure, l’espèce représentée par une marque a pris le pas sur le genre qui décrit un ensemble de fonctions reproductibles par d’autres marques.
Longtemps il a été plus simple de dire qu’on avait un frigidaire, nom d’une marque détenue aujourd’hui par le groupe suédois Electrolux, plutôt que dire qu’on avait un réfrigérateur.
De fait, c’est le rêve de toutes les agences de pub que de rendre une marque tellement commune qu’elle en devient un nom commun. Des puristes diront qu’il s’agit là d’une antonomase et pas d’une synecdoque, et d’autres qu’il s’agit d’une sous catégorie de synecdoque.
Restons simple et considérons qu’il s’agit tout bonnement d’une synecdoque parmi d’autres. Quoi qu’il en soit, le processus rhétorique ne change pas, On substitue toujours un mot à un autre.
Exemples dans la littérature

La synecdoque, outil du poète par excellence
La poésie symboliste est particulièrement friande de synecdoques. On le comprend sans peine. Les synecdoques ont un grand pouvoir de suggestion et activent des correspondances souvent frappantes entre le visible et l’invisible. Ce qui convient bien à la poésie.
On ne sera donc pas surpris de répertorier un grand nombre de synecdoques dans les poèmes des quatre grands poètes symbolistes que sont Charles Baudelaire, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud et Stéphane Mallarmé.
Ils ne sont évidement pas les seuls poètes symbolistes de la littérature française. On pourrait y ajouter sans nul doute d’autres poètes comme Henri de Régnier ou Emile Verhaeren.
Synecdoques symbolistes
Dans les illuminations, Arthur Rimbaud parle ainsi volontiers des proues d’acier et d’argent pour décrire les bateaux qu’il met en scène.
Pour faire ressentir toute la misère humaine, Paul Verlaine évoque dans sa chanson d’automne, les célèbres sanglots longs des violons.
Dans l’après midi d’un faune, Stéphane Mallarmé réduit lui la nymphe de ses rêves à un éventail.
Charles Baudelaire fait de même, non pas avec une nymphe, mais avec sa maîtresse que les yeux pleins de lumières suffisent à caractériser dans les fleurs du mal.
Synecdoque ou métonymie ?
Souvent on dit qu’une synecdoque n’est qu’une métonymie particulière. Pourquoi alors parler de synecdoque ? Ne vaut-il pas mieux ne garder en tête que les métonymies pour caractériser toutes les figures de style où on substitue un mot à la place d’un autre pour renforcer l’effet que l’on veut donner à une phrase ?
Les spécialistes répondent que la distinction s’impose parce que le lien entre le mot substitué et le mot substituant n’est pas de même nature.
Différence entre synecdoque et métonymie
Mais encore ?
Quand on a affaire à une synecdoque les deux mots appartiennent au même corps, en quel que sorte. C’est la partie qui désigne un tout ou un tout qui désigne une partie. Tout et partie font ainsi partie d’un même ensemble. On résume ça d’une formule latine facile à retenir :
Pars pro toto
Autrement dit, la partie pour le tout.
Dans le cas d’une métonymie les choses sont un peu différentes. Substituant et substitué ont simplement partie liée. Ce ne sont pas deux éléments d’un même ensemble, mais deux éléments qui sont étroitement liés. La formule latine change.
Tout aussi facile à retenir, elle devient :
Pars pro parte
Autrement dit, la partie pour la partie.
Deux exemples pour mieux comprendre la différence entre synecdoque et métonymie

En général, l’application de l’une et l’autre formule est compréhensible sans peine. Si on dit que la France a gagné la guerre on comprend instantanément qu’il s’agit du peuple français dans toutes ses composantes.
Mais, si on dit « j’aime Picasso « ou « j’ai lu Victor Hugo », la distinction est moins nette et l’hésitation est garantie. Quelle phrase est une métonymie et quelle autre une synecdoque ? Les deux phrases correspondent elles deux métonymies ou correspondent elles à deux synecdoques ?
Les spécialistes répondent que la première est une métonymie et la seconde une synecdoque. Pourquoi ? Parce que dans le premier cas, on veut dire qu’on aime les tableaux qu’on associe à Picasso et dans le second qu’on considère que Victor Hugo est le tout représentant l’ensemble de son œuvre.
La synecdoque pour quoi faire ?
A vrai dire, les spécialistes préfèrent passer outre à ces distinctions qu’ils finissent d’une certaine façon par trouver artificielles. Ils disent alors que dans ces conditions, tout n’est que métonymie. C’est effectivement plus simple.
Il n’en reste pas moins que la figure de style traditionnelle pour indiquer qu’on substitue un mot à un autre pour en renforcer l’effet est bien désignée sous le nom de synecdoque. Comme souvent, le meilleur est quelquefois ennemi du bien.
D’un point de vue linguistique, la synecdoque est peut-être plus précise que la métonymie, mais du point de vue de l’usage et de la compréhension, elle est sans doute plus commode.
D’où la question finale, la synecdoque est ce bien utile ? Pourquoi, au fond, remplacer un mot par un autre ? Est-ce que c’est réellement parlant comme on l’a dit plus haut ?
La réponse est bien évidemment oui. En tout cas, d’un point de vue littéraire et à une condition. Celle de l’employer à propos. C’est-à-dire sans ambigüité ou illogisme.
De sorte que si on n’est pas sûr de soi dans ce domaine, mieux vaut sans doute s’en passer. Il n’y a là aucune obligation.



