Comment débuter un roman en 10, 20 ou 30 étapes, ou encore 3, 5 conseils pour se lancer dans l’écriture d’un livre, les articles sur l’art ou la manière de se lancer en tant qu’auteur ne manquent pas. Mais, très rares sont les articles qui se penchent sur la question de savoir comment finir un livre.

De plus, finir un livre s’entend de deux façons différentes. La première est celle de la terminaison. On se lance, mais on n’arrive pas à terminer son projet.

La seconde est celle de la fin d’un livre. Faut-il nécessairement donner une fin heureuse à son roman ou peut-on écrire une fin tragique ? Et, d’ailleurs, a-t-on vraiment besoin d’une fin ? Essayons d’y voir un peu plus clair en examinant ces deux aspects de la question en commençant par le plus habituel : celui de la terminaison.

 

Finir un livre

Le doute de l’auteur

Une fois lancé, les premières pages s’écrivent vite. On y croit. Puis vient le doute :

  • Ce qu’on a écrit est sans intérêt. Tout ça a été dit et redit.
  • C’est mal écrit. Il faut tout reprendre et corriger.
  • Le narrateur est mal choisi. Vous ne savez plus, s’il faut dire « je » ou « il ».
  • On n’a plus d’idées. On ne sait plus quoi dire de plus.
  • Le temps manque. Le boulot a ses impératifs et il faut bien vivre.
  • Et puis, on a une autre idée de livre, bien plus intéressante.

Impossible d’y échapper. Tôt ou tard, sous une forme ou sous une autre, le doute envahit l’esprit de l’auteur, surtout débutant. Rien de plus normal, donc. Mais, par suite, on peut s’y préparer et y faire face.

Faire face au doute de l’auteur

Les cinq conseils suivants peuvent vous y aider, si vous vous trouvez dans cette situation :

1 – Raccourcissez votre projet.

Vous étiez prêt à écrire un roman de 300 pages et plus. Quand vous en avez démarré l’écriture, les personnages et les intrigues fourmillaient dans votre tête.

Rien ne vous oblige à vous atteler à un tel projet. En tant qu’écrivain, vous êtes seul maître à bord.

Vous pouvez donc vous autoriser à écrire un livre moins ambitieux que ce à quoi vous aviez d’abord pensé. Partez alors pour un voyage moins long et 150 pages au lieu de 300. Ce n’est déjà pas si mal.

 

2 – Faites un plan.

Puisque vous avez décidé de faire moins long, c’est le moment de classer vos scénarios ou de faire un plan. Rassurez-vous.

Là encore, vous êtes libre de faire ou de ne pas faire. Mais, c’est quand même mieux d’avoir une idée de là où vous voulez aller et en passant par où.

D’ailleurs, cela vous permettra d’écrire en fonction de vos idées, sans qu’elles s’enchaînent nécessairement. Autrement dit, vous pouvez écrire un passage d’un des derniers chapitres, sans avoir encore écrit le premier.

 

3 – Fixez-vous des objectifs.

Ce n’est pas une mauvaise chose de se créer une routine. Par exemple, tant de mots par jour et tant de pages pour la rentrée ou pour Noël.

Inutile toutefois de se mettre la pression. Les objectifs sont faits pour être réajustés. Cependant, c’est ce qui permet de ne pas perdre le fil de ce qu’on a en tête.

 

Choisir la date de la fin d'un livre
Un objectif nous met un peu de pression positive.

 

Supposez que vous ayez une super idée et que vous attendiez plusieurs jours, ne parlons même pas de semaines, pour la mettre noir sur blanc. Il y a de fortes chances pour qu’elle finisse par fondre comme neige au soleil et que vous ne sachiez plus ce que vous vouliez dire. Quel dommage !

 

4 – Ne corrigez rien.

La correction est la plaie du rédacteur. Bien sûr, que tout sera à revoir. Mais une fois que vous aurez fini votre rédaction.

En attendant, écrivez et ne vous préoccupez pas de l’orthographe, de la grammaire et de votre style. Évidemment, moins vous aurez à corriger, mieux c’est.

Mais, au stade où vous en êtes, c’est vraiment sans importance. Une chose est sûre, si vous passez votre temps à corriger, vous n’avancez pas et vous finissez par écrire toujours la même page.

 

5 – Avancez !

Certes, vous n’êtes pas le premier à écrire. Certes, vous n’obtiendrez sans doute pas le prix Nobel de la littérature.

Mais, qu’est-ce que ça peut faire ? Vous écrivez d’abord pour vous et pour ceux que vous aimez.

Quant à vos autres lecteurs, leur nombre dépend largement du hasard. Il en est ainsi pour la plupart de ce que nous entreprenons. Rien de nouveau sous le soleil.

Alors pourquoi vous en faire ? Où sont les enjeux ? Pensez plutôt à aider le hasard en écrivant et en allant au bout de votre projet.

 

Donner une fin à un livre

Fin heureuse ou fin malheureuse ?

Voilà un autre aspect auquel on pense moins. Quelle fin donner à son roman ou à son livre ? Y-a-t-il des fins obligées ?

On peut le penser, car, en général, la fin d’un livre peut être classée dans une des trois catégories suivantes : la « fin dénouement », la « fin mutation » et la « fin éclosion ».

Une fin heureuse ou malheureuse n’a ainsi de signification que si elle s’insère dans l’une ou l’autre de ces catégories. Le dénouement est heureux ou malheureux, mais ce qui compte du point de vue de l’écriture, c’est qu’il s’agisse d’un dénouement.

Et ainsi de suite. Une mutation heureuse ou malheureuse. Une éclosion heureuse ou malheureuse.

 

La « fin dénouement »

Quand l’auteur choisit de finir son roman sur un dénouement, cela implique, par exemple, que le personnage principal finisse par surmonter les obstacles qui se dressent sur sa route, par faire aboutir le projet qui lui tient à cœur, ou par devenir quelqu’un d’autre, de plus mûr et de meilleur.

On voit bien que, selon les circonstances imaginées par l’auteur, l’échec peut ainsi se révéler un excellent facteur de maturité et donc finalement de réussite. Avec la « fin dénouement », une boucle est en quelque sorte bouclée.

Et mieux vaut éviter, dans ce cas, de faire émerger à la dernière seconde, dans les toutes dernières pages, de nouveaux personnages ou de nouvelles situations. Un peu comme si l’auteur craignait, soudainement, d’avoir oublié quelque chose d’essentiel à sa narration.

Or, une telle surcharge à la fin d’un livre n’ajoute rien, si ce n’est d’embarrasser le lecteur.

citation Marie Adrienne Carrara, La fin d'un roman doit apparaître comme un miroir de son début
Êtes-vous d’accord ?

 

Comme aime à le dire, la blogueuse spécialisée, Marie-Adrienne Carrara :

La fin d’un roman doit apparaître comme un miroir de son début

 

La « fin mutation »

Arrivé au bout du roman, le héros a subi une mutation profonde de lui-même ou de sa situation, ou des deux. La boucle n’y est pas bouclée, car on s’attend à ce que le héros s’engage sur de nouveaux chemins. Le lecteur est placé dans une sorte de salle d’attente et c’est à lui d’imaginer ce que pourraient être les nouvelles destinations.

Avec sa comédie humaine, Balzac s’en est fait une spécialité. On peut y suivre un personnage comme Eugène de Rastignac, sur près de 20 ans, en pas moins de 17 romans.

Il en est même devenu le stéréotype de l’ambitieux et de l’arriviste, ou du jeune-loup-aux-dents longues. L’auteur fait commencer son histoire en 1825, avec le père Goriot, au moment où Rastignac, jeune licencié en droit, fait la connaissance de la baronne de Nucingen, et la termine 10 romans plus tard, en 1845, avec les comédiens sans le savoir. Le jeune loup est alors devenu un notable et a épousé la fille de sa maîtresse, l’influente baronne de Nucingen.

Personnages reparaissants

Conclusion de l’auteur par l’entremise d’un des personnages, ami de Rastignac, le comte Maxime de Trailles : « Vous avez fini par épouser les millions de Nucingen, et vous l’avez bien gagné…vingt ans de travaux forcés. »

Ce qui est intéressant dans une « fin mutation », c’est qu’elle autorise les personnages reparaissants. Rastignac est le héros de 10 romans, mais il reparaît dans 16 autres, comme personnage, cette fois, secondaire.

Il en est ainsi de tous les personnages principaux de la Comédie Humaine qui rassemble tous les écrits de Balzac, soit près de 90 ouvrages, et forme une galerie de portraits intemporels. Un Rastignac reste un Rastignac que le contexte soit celui de la France de Louis Philippe ou celui de la start-up nation.

 

La « fin éclosion »

Ou la fin sans fin. Dans un livre sans vraie fin, il n’y a pas non plus de vraie intrigue ou de vrai dénouement.

Le roman se déroule comme peut le faire une rivière, avec ses remous et ses flaques sur les berges. Avec son roman « Mrs Dalloway« , publié en 1925, Virginia Woolf lance un nouveau genre qui fera sa célébrité.

Le roman décrit une journée de la vie de Mme Dalloway qui commence par une visite chez sa fleuriste. C’est l’occasion de remuer tout un tas de souvenirs, au gré de ses visites et de ses rencontres.

 

Fin à choix multiples

Plus proche de nous, dans « The sense of ending« , justement intitulé, de Julian Barnes, dont le titre français « la fille, qui danse » ne rend guère compte, le procédé est le même, bien que s’étendant sur une période beaucoup plus longue.

L’élément déclencheur des souvenirs n’est pas le trajet pour se rendre chez la fleuriste, mais une lettre d’un notaire informant son destinataire d’un héritage particulier. Cette lettre ramène Tony, aujourd’hui âgé de 60 ans, à ses 20 ans et à Véronica, son premier amour. Celle-ci l’a quitté pour Adrian, lequel se suicidera peu après.

Que s’est-il passé ? Est-ce la lettre venimeuse, adressée par Tony à Véronica au moment de leur rupture et qu’il avait fini par oublier, qui en est la cause ? Où est-ce autre chose ? L’auteur ouvre des pistes et laisse ses lecteurs libres de leurs choix. L’important ici n’est pas la destination, mais le chemin lui-même et l’éclosion de cheminements qu’il suscite.

Le mot « fin »

Finir un livre, écrire le mot « fin » sur un manuscrit, constitue une étape importante dans la vie d’un auteur. Une étape qui débouche souvent sur une nouvelle vie.

Mais, tant que cette étape n’est pas achevée, elle a un effet paralysant. Un peu comme le personnage de Bob Saint Clar, mis en scène dans le film « Le magnifique  » avec Jean-Paul Belmondo. Bob Saint Clar est le double, brillant agent secret, de l’écrivain souffreteux et sans le sou, François Merlin.

Tant que l’écrivain ne finit pas d’écrire la scène prévue pour son personnage, celui-ci mène une existence de purgatoire, dans une sorte d’entre-deux instable. Et il en est de même pour l’auteur.

 

terminer l'écriture d'un livre
Écrire « Fin »…qu’est-ce que cela évoque pour vous ?

 

Clôturer un livre me permet de concrétiser toutes mes idées et de donner enfin naissance à ma nouvelle œuvre pour la soumettre aux yeux de tous

Dit la blogueuse Marie Havard, et peut-on ajouter, de passer à autre chose. Comme un nouveau livre et de nouveaux horizons, par exemple.

 

 

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