Une fois la décision prise de se lancer dans l’écriture d’un roman, se pose instantanément la question de savoir quelle place donner au narrateur. Autrement dit, faut-il recourir au « Je » ou au « Il » ?

Ecrire à la 1ère ou à la 3ème personne ?

Le premier est plus authentique, mais un peu « m’as-tu-vu ». Le second est plus distancié, mais il peut très vite tourner au « rapport de gendarmerie ».

Le choix n’est pas si simple. Il va naturellement dépendre du sujet de la narration et de l’aisance stylistique de l’écrivain.

Au fond, même si elle se pose instantanément dès le début de l’écriture du roman, il n’est pas nécessaire d’y répondre tout de suite. L’important, c’est de noircir des pages. De le faire de la manière la plus confortable possible.

 

je ou il pour écrire un roman à la première ou troisième personne
Choisir d’écrire son roman en commençant par une recherche sur la narration peut s’avérer compliqué

 

Cela dit, il y a des constantes. L’effet produit par un « Je » n’est pas le même que l’effet produit par un « Il ».

Et, en général, on distingue trois points de vue narratifs et deux types de narrateur. Mais, il arrive qu’on les confonde.

Est-ce vraiment important ? Si vous vous destinez à l’enseignement de la littérature, sûrement.

Si vous voulez écrire votre premier roman, pas vraiment. Dans ce dernier cas, ce qui compte, c’est votre récit et la manière dont vous vous y sentez à l’aise. Essayons de voir les choses simplement et de façon pragmatique.

 

Effet du « Je »

Vous pouvez donc raconter votre histoire à la première personne du singulier. C’est naturel, si votre récit est celui d’évènements qui vous sont arrivés. Votre genre est alors celui de l’autobiographie ou du récit « vrai ».

Le « je » est plus difficile à utiliser dans le cadre d’un roman, par définition, fictif. Mais, c’est possible dans deux cas. Votre roman peut être un roman autobiographique comme, par exemple, le dernier roman de François Taillandier, « François, roman ».

Vous parlez de votre vie, mais vous l’arrangez à votre convenance. L’autre cas est celui où vous vous mettez dans la peau d’un de vos personnages, comme s’il était le double imaginaire de vous-même.

 

Roman à la première personne, exemple

C’est ce que fait Hermann Hesse avec son narrateur dans « le voyage en Orient ».

Puisqu’il m’a été donné de vivre de grandes choses, puisque j’ai eu le bonheur d’appartenir à l' »Ordre » et de prendre part au singulier voyage dont le prodige, à l’époque, traversa le ciel comme un météore pour tomber ensuite avec une rapidité si surprenante dans l’oubli, voire dans le discrédit, j’ai décidé de tenter une courte relation de ce voyage extraordinaire (…)

Et c’est ainsi que l’auteur Hermann Hesse débute son roman. On dira, dans l’un et l’autre cas, que votre narrateur est un narrateur interne …

 

Effet du « Il »

Ecrire à la troisième personne du singulier est tout indiqué si vous vous focalisez sur un de vos personnages à la manière d’une vidéosurveillance que vous auriez complétée par l’implant d’un micro dans son cerveau. Vous avez accès à ses moindres pensées, à ses moindres sensations et vous suivez ses moindres mouvements.

Et vous dites tout à vos lecteurs. C’est le cas le plus fréquent.

Pour l’illustrer. Ian Manook, auteur de « Les temps sauvages« , commence son roman ainsi :

Engoncée dans sa parka polaire, l’inspecteur Oyun essayait de comprendre l’empilement des choses. Elle s’était accroupie dans la neige qui crissait et s’était penchée pour mieux voir. Le froid lui tailladait les pupilles et l’air glacé lui griffait les sinus à chaque inspiration.

 

Même chose, si vous vous focalisez sur tous vos personnages à la fois, comme le ferait un « Big Brother ». Vous êtes comme le Dieu tout puissant de l’univers fictionnel que vous avez créé.

Et vous faites comprendre à vos lecteurs que vous savez tout de leur passé, de leur présent et de leur futur. Vous pouvez même les préparer, dès le début de votre roman, à la manière dont il va se finir.

 

Il y a bien une autre façon d’utiliser aussi le « il ». C’est notamment, par exemple, quand vous vous astreignez à rendre compte de manière strictement objective d’une situation dans laquelle est impliqué le personnage que vous avez décidé de suivre en priorité.

Hum ! Disons-le. Cela peut faire un peu sec.

 

Voilà. Les spécialistes disent que vous avez ainsi le choix entre un narrateur interne avec focalisation externe, un narrateur externe avec focalisation « O », en quelque sorte « en surplomb » et un narrateur externe avec focalisation externe …

 

Quel narrateur faut-il choisir ?

Si vous avez vraiment des doutes et que vous hésitez toujours entre l’emploi du « Je » et celui du « Il », écrivez avec l’un et l’autre. En prenant la même scène ou plusieurs scènes différentes.

Laissez passer du temps et remettez des copies de vos premières pages à un ou plusieurs relecteurs. Vous saurez très vite quel type de narrateur et quel point de vue narratif conviennent à l’histoire que vous voulez raconter.

 

Deux conseils pour finir.

  • Si décidément le « Je » et le « Il » vous ennuient.

Vous pouvez aussi recourir au « Tu ». Aucune interdiction ne pèse sur lui. Sachez cependant qu’il est plutôt réservé aux textes polémiques et ne convient pas trop au roman. Mais, cela peut être original. Le dernier livre de François Bégaudeau « Histoire de ta bêtise« , par exemple, est écrit sous cette forme.

 

  • Enfin, vous pouvez mêler les approches à condition de rester cohérent.

Ainsi, vous pouvez découper votre roman de telle façon qu’un chapitre corresponde à un personnage et un autre, à un autre personnage. Le grand roman de science-fiction « The Expanse », écrit par James Corey, est construit de cette manière.

 

 

 

 

 

 

 

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