Ah, publier ! Trouver, enfin, un éditeur prêt à s’engager à promouvoir auprès des lecteurs ce roman, cet essai, qui a demandé tant d’efforts. C’est le rêve de tous les auteurs.
Malheureusement, bien peu parviennent à le réaliser. Les statistiques sont terribles. Seuls 0,016 % des manuscrits reçus par les éditeurs sont publiés. Ça fait très peu et c’est à peu près autant que d’avoir 3 numéros gagnants au loto.
Ce n’est donc pas facile, mais, à la différence du loto, dont le résultat n’est dû qu’à la chance, ça peut s’améliorer. Pour cela, il faut, d’abord, voir comment un éditeur sélectionne les manuscrits qu’il va publier et, ensuite, agir en conséquence. Notamment, avec une synthèse de manuscrit.
 

Comment un éditeur sélectionne-t-il un manuscrit ?

On peut dire qu’il y a autant de modalités de sélection d’un manuscrit qu’il y a d’éditeurs. Ça fait beaucoup. Mais, c’est ce que disent surtout les éditeurs eux-mêmes. On les comprend.

Mais, quand on observe leurs pratiques, elles se ressemblent bien étrangement. Bruno Migdal, auteur des « Petits bonheurs de l’édition« , publié en 2012, mais toujours d’actualité, en a décrit les rouages, finement et avec humour, pendant le stage qu’il a effectué dans le service « manuscrits » des éditions Grasset.

 

Comment un éditeur sélectionne-t-il un manuscrit
Comment un éditeur sélectionne-t-il un manuscrit

 

Un mot sur Bruno Migdal. Quand il intègre le service manuscrits de Grasset, ce n’est plus, depuis longtemps, un jeune étudiant. C’est quelqu’un qui, la quarantaine venue, a décidé de changer complètement d’orientation. Alors que certains abandonnent, par exemple, l’industrie pour la permaculture, lui, abandonne une carrière dans un organisme scientifique, pour la littérature.

Et, ce qui compte, c’est qu’il peut porter un regard acéré sur ce qui l’entoure du fait de sa maturité et de l’expérience acquise.

De sorte qu’à bien des égards, il ressemble au personnage de Ben Whittaker, interprété par Robert de Niro, dans le film « Le nouveau stagiaire » réalisé par Nancy Meyers en 2015. Ainsi, dans ce film, Ben Whittaker est un veuf retraité qui reprend du service en tant que stagiaire dans une plateforme distributrice d’articles de mode, fondée par une jeune styliste high tech.

 

Le premier tri des manuscrits

Or, que voit-il ? D’abord que le service « manuscrits » est peuplé de jeunes stagiaires en littérature, justement, arrivés là, souvent, parce qu’ils connaissent quelqu’un de la maison et à qui on demande de faire le premier tri parmi les manuscrits arrivés par la poste. Comme on peut l’imaginer, la motivation première de la plupart, c’est de pouvoir transformer leur statut de stagiaire sous-rémunéré, quand ils le sont, en CDI, en bonne et due forme.

Très vite, une grosse partie des manuscrits reçus rejoints la cohorte des manuscrits à peine reçus, déjà refusés. Pour toutes sortes de raisons qu’on ne prendra pas la peine d’expliquer aux auteurs. Mais, le plus souvent pour cause de banalité ou de défauts d’écriture. Quant aux rescapés, ils font l’objet d’une fiche de présentation qui sera transmise au comité de lecture et à son bon vouloir.

 

Le second tri par le comité de lecture

Avec le comité de lecture, la machine à refuser fonctionne à plein régime. L’éditeur destinataire de la fiche des stagiaires peut décider de n’en tenir aucun compte et de refuser, d’emblée, le manuscrit auquel elle fait référence. Pour ce qui est des rescapés des rescapés, il lui reste à se convaincre lui-même de leur intérêt.  Puis, à en convaincre les autres membres du comité.

 

le comité de lecture
le comité de lecture

 

Cet intérêt va dépendre d’une multitude de facteurs. La qualité du manuscrit en fait partie, bien sûr. Mais, pas seulement. A ce stade, d’autres facteurs, tout aussi puissants, mais qui n’ont rien de littéraires, peuvent également intervenir. Entre autres, par exemple, le manuscrit est-il recommandé par quelqu’un de connu ? Ou encore, est-il particulièrement soigné ? C’est dans cet interstice que s’inscrivent les conseils comme celui de faire une synthèse de manuscrit.

 

De la sélection des manuscrits, en général

La procédure de la sélection des manuscrite telle que la décrit Bruno Migdal est celle des principales maisons d’édition. Celle des maisons auxquelles tout auteur pensent, en premier, dès qu’il veut publier. Avec des variantes, cela va sans dire. Mais, sur le fond, c’est ainsi.

Cependant, les choses diffèrent un peu avec les petites maisons d’édition. Celles qui ne publient que quelques ouvrages par an. Dans ce cas, l’éditeur est, à lui tout seul, stagiaire, comité de lecture et décideur final. Compte tenu de ses multiples casquettes, il sera d’autant plus sensible à l’aide que l’auteur du manuscrit pourra lui apporter pour mieux apprécier son travail.

Ce qu’il faut retenir, qu’il s’agisse de grandes ou de petites maisons d’édition, c’est, comme le montre très bien un article de l’Obs et de Rue89, que :

Au regard du nombre de décisions prises, la principale activité d’un éditeur n’est pas de publier, mais de refuser de publier.

Et, donc, il revient à chaque auteur de faire le nécessaire pour que le résultat de son travail acharné ne soit pas, malencontreusement, rejeté faute d’une préparation suffisante de son manuscrit. Du moins, s’il veut augmenter ses chances d’être retenu.

 

Comment la synthèse d’un manuscrit peut améliorer les chances d’être publié

Définition d’une synthèse de manuscrit

Commençons par dire ce que la synthèse d’un manuscrit n’est pas.

  • Elle n’est pas le résumé qu’on trouve en quatrième de couverture. Pour deux raisons : – elle ne s’adresse pas au même public, – elle est, par nature, beaucoup plus longue.

 

  • Ce n’est pas non plus une de ces notes sans âme qui irriguent, en permanence, les services administratifs.

 

Alors, qu’est-ce-que c’est qu’une synthèse de manuscrit ? C’est un résumé exhaustif de ce que l’éditeur va chercher et peut trouver dans le manuscrit. En tout premier lieu, de quoi ça parle. Puis, comment ça se déroule. Et, enfin, pour faire court, en quoi ça peut l’intéresser. Reprenons chacun de ces trois aspects dans le détail.

 

De quoi parle une synthèse de manuscrit ?

Là, il suffit de quelques lignes. A la manière des « abstracts » qu’on place en début d’article comme on le fait, par exemple, pour les articles publiés dans une revue d’études. Autrement dit, ce manuscrit : c’est l’histoire de … ou c’est l’étude de … etc. Évidemment, la formulation en sera un peu plus « littéraire ».

 

Quelles sont les grandes étapes d’une synthèse de manuscrit ?

Il s’agit du corps du texte, proprement dit, de la synthèse. Au fond, cela revient à expliquer à l’éditeur comment l’histoire se déroule ou quelles sont les principales étapes de la démonstration. On ne cache rien. On dit tout, du début à la fin.

Mais,  en une page ! C’est largement suffisant . Il ne s’agit pas de réécrire le manuscrit !

Par conséquent, aucun suspens, ni mystère à préserver. On peut suivre l’exemple des séries télévisées. On peut en connaître, à l’avance, ce qui se passe dans chaque épisode. Et, suivant ce qu’on y trouve, on achète ou pas.

 

Sur quoi mettre l’accent dans une synthèse de manuscrit ?

Donc, quand on fait un résumé, il faut faire des choix. C’est tout l’art de la synthèse. On dit tout, mais on s’en tient à l’essentiel.

Or, dans le cas qui nous préoccupe, cet essentiel est déterminé par ce qu’on suppose être l’attente de l’éditeur. Et, comme chacun sait, ou devrait le savoir, l’éditeur n’est en rien un lecteur ordinaire ou un philanthrope.

 

C’est d’abord un commerçant. Quand il prend un manuscrit en mains, il se demande, instantanément, si une fois publié, ça va se vendre ou pas. Et, si ça peut se vendre, à combien d’exemplaires. Une chose est certaine.

Il faut absolument tenir compte de la politique éditoriale suivie par l’éditeur. Pour cela, il faut s’intéresser à ses collections et à ses déclarations. En a-t-on fini avec la rédaction de la synthèse ? Non. Car la forme est aussi importante que le fond.

 

Forme d’une synthèse de manuscrit

On a dit précédemment que la synthèse d’un manuscrit doit comprendre un résumé, ou « abstract » en introduction et ne pas faire plus d’une page. Arrêtons-nous un instant sur ce format en une page avec « abstract ». Sauf, évidemment, spécifications précises du service manuscrit de l’éditeur. Il en est d’une synthèse comme d’une requête sur un moteur de recherche.

On va très rarement au-delà de la première page et on n’accorde de l’attention qu’à ce qui se trouve en haut de la page. Chacun a pu en faire l’expérience. Le lecteur stagiaire ou l’éditeur ne procède pas autrement. Mais, ce n’est pas tout.

 

Syntaxe et orthographe de la synthèse de manuscrit

Elle doit être parfaite. C’est une grossière erreur de croire que l’exactitude grammaticale d’un texte est sans importance et que seule compte son authenticité. Et, en ce qui concerne la recherche d’un éditeur, la question ne se pose même pas.

Avec un taux d’acceptation des manuscrits de seulement 0,016 %, une syntaxe et une orthographe mal maîtrisées sont une cause automatique de rejet.

 

Forme d'une synthèse de manuscrit
Forme d’une synthèse de manuscrit

 

A plus forte raison dans un texte d’une page. Et cela d’autant plus que des solutions existent quand les hasards de la vie, un enseignement insuffisant ou toute autre raison, en sont à l’origine. Mais, même quand on pense ne pas avoir ce genre de problème, il faut non seulement se relire, mais encore se relire plusieurs fois.

La bible dans ce domaine, « Langue Française, le bon usage » de Maurice Grevisse, fait 1760 pages et pèse plus de 2 kg dans son édition reliée de 2016. C’est tout dire !

 

Style de l’écriture de la synthèse de manuscrit

Une synthèse de manuscrit ne doit pas non plus être confondue avec un exercice de secrétariat ou de prise de notes. Si les phrases doivent être courtes et concises, cela ne signifie pas qu’on puisse être tenté de recourir à un écriture phonétique, abrégée ou relâchée. Les phrases se doivent d’être complètes et correctes.

En résumé

Une synthèse de manuscrit aide à passer le cap des sélections d’un service manuscrit. Elle équivaut à une recommandation. Mais, elle implique qu’on en respecte les spécificités, tant du point de vue du fond que de la forme.

D’une manière générale, une synthèse de manuscrit n’est ni un résumé de 4ème de couverture, ni une note administrative, ni un brouillon de prise de notes ou une fiche de lecture.

Par conséquent, une synthèse de manuscrit est un document rédigé de manière parfaite, qui décrit de manière succincte le contenu d’un manuscrit, en faisant ressortir les éléments qui correspondent aux orientations de l’éditeur.

Cela dit, si on veut éviter de passer sous les fourches caudines de l’édition classique, il y a un moyen très simple : l’autoédition !

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