Le sens de l’humour est-il inné et si non, est-ce qu’il peut s’apprendre ? Et s’il peut s’apprendre, quelles sont les techniques à utiliser ? Ou encore, quels sont les secrets pour écrire une bonne nouvelle humoristique ? Mais, avant de répondre à ces questions, il faut d’abord commencer par savoir pourquoi on veut faire de l’humour et écrire de manière humoristique.

 

Nouvelle…humoristique ?

A écouter et à regarder les médias « mainstream », il semble que rien ne puisse se dire ou se montrer sans que les présentateurs et leurs invités ne se sentent obligés de faire preuve d’humour. Et cela, à un moment ou à un autre.

Rire obligatoire, donc. Quant aux tables des libraires, elles sont envahies par une multitude de livres à succès avec des titres plein d’humour. Du style, par exemple, « Faut pas pousser mémé dans les orties » ou encore « le jour où maman m’a présenté Shakespeare ». C’est même une spécialité de certaines maisons d’édition.

 

Quant aux tables des libraires, elles sont envahies par une multitude de livres à succès avec des titres plein d'humour.
Quant aux tables des libraires, elles sont envahies par une multitude de livres à succès avec des titres plein d’humour.

 

Par conséquent, l’humour, ça marche. Et ce peut être la première raison pour laquelle écrire des nouvelles humoristiques ou « humoriser » un texte à l’origine sans aucun humour. En plus, il n’y a pas besoin de faire long. Et, dernier point.

Cette place faite à l’humour par l’époque est d’ailleurs bien en phase avec l’importance donnée aux humoristes de tous poils dans les salles de spectacle. Sans même parler de l’incontournable « opening joke » du conférencier professionnel.

La cause est donc entendue. Hors l’humour, point de salut. Question de cotation. Alors comment faire ?

 

L’humour est-il inné, et si non, peut-il s’apprendre ?

L’humour est-il uniquement réservé à ces gens qui ne peuvent ouvrir la bouche sans lancer une vanne ? A tout propos. A tel point que c’est plus fort qu’eux. On peut même en faire une typologie. Si c’est le cas, nul besoin d’apprentissage. Circulez, il n’y a rien à voir. Vous avez ça en vous ou vous ne l’avez pas. Point final.

Or, nous dit le fameux Arthur Roubignolle :

Il ne suffit pas d’être rigolo pour faire un texte drôle, loin s’en faut, bien au contraire !

Et d’ailleurs, la multiplication des écoles du rire le prouve bien.

 

Il ne suffit pas d'être rigolo pour faire un texte drôle, loin s'en faut, bien au contraire !
Il ne suffit pas d’être rigolo pour faire un texte drôle, loin s’en faut, bien au contraire !

 

Une des plus anciennes est l’Ecole Nationale de l’Humour (ENH). Elle a été créée en 1988 à Montréal, au Québec, et elle est tout ce qu’il y a de plus officiel. Depuis le temps, elle a formé une multitude d’humoristes dont certains sont devenus célèbres. Certes, les programmes sont centrés sur le one-man-show et la mise en scène, mais l’écriture et la stylistique y ont, naturellement, toute leur place. Car, un sketch, d’abord, ça s’écrit.

La France n’est pas en reste. Le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique (CNSAD) organise des ateliers du rire. Guy Bedos en est un des tous premiers animateurs. Mais, paradoxalement, pour lui :

Pas question d’apprendre à faire rire.

Mais, bon, les fondateurs de l’Ecole de l’Humour et des Arts Scéniques (EHAS) ou encore de l’Ecole du one-man-show n’ont pas ce genre de scrupule ou de manière de couper les cheveux en quatre.

Alors, y a-t-il des secrets pour écrire, par exemple, une nouvelle humoristique ? Eh, bien oui. Il y a plutôt des trucs à faire et des trucs plutôt à ne pas faire.

 

Les 5 secrets pour faire un recueil de nouvelles humoristiques

Écrire une nouvelle

Une nouvelle humoristique est d’abord une nouvelle avant d’être humoristique. Il lui faut donc respecter les règles et les principes du genre. Elles sont déterminées par la brièveté du texte. Rappelons en au moins trois.

  • Une nouvelle se doit d’être concise. Ce n’est pas un roman, même miniature. Les personnages, les lieux, les évènements décrits sont donc limités.

 

  • De plus, le déroulement de l’intrigue suit un cours régulier et précis. Il reflète la construction imaginée par l’auteur avant même qu’il n’ait commencé à écrire.

 

  • Enfin, indépendamment de la manière dont se déroule l’intrigue, celle-ci doit être claire et efficace. En un mot, sa chute doit être encore plus travaillée que dans tout autre écrit.

 

Et, comme les nouvelles sont des textes courts, on les réunit, en général, dans des recueils et donc on a, de la même façon, des recueils de nouvelles humoristiques. Citons, par exemple, Nicolas Gogol avec ses « Nouvelles de Pétersbourg ». Un chef d’œuvre de la littérature classique.

Les secrets pour écrire une nouvelle humoristique

Commençons par les trucs à éviter :

1 – Vouloir faire rire à tout prix.

Le style d’une nouvelle humoristique est un style que l’on peut qualifier de léger. Se donner pour objectif de faire rire son lecteur est le meilleur moyen d’être « lourd ».

Un peu comme le blagueur invétéré qui se croit obligé de blaguer à tous moments. Ne vous sentez donc pas tenu de faire de l’humour à chaque page de votre nouvelle.

 

2 – Utiliser un vocabulaire supposé faire rire.

Ce vocabulaire est comme les tartes à la crème du clown Auguste. On rit, certes, à la facétie, quand on a moins de 7 ans, mais beaucoup plus difficilement, quand on est un peu plus âgé.

Interrogez les ados et vous verrez. Si vous en doutiez, leurs réponses et leurs mines ahuries sont sans appel. Donc, dites adieu à « zigounette », « turlututu », et autre « trompette » ou « prout ». Un peu insuffisant pour un jeu de mots de bon aloi.

 

3 – Lire une étude savante sur le rire juste avant de commencer à écrire une nouvelle humoristique.

Le rire est l’objet des spéculations des philosophes et des sociologues depuis bien longtemps. Les premiers ont commencé très tôt à faire leurs développements sur le rire. Au 4ème siècle avant JC, pour être précis, avec Aristote.

Mais, plus près de nous, on peut citer Descartes, Voltaire, Baudelaire qui ont écrit sur le sujet. On pourrait citer bien d’autres penseurs. Arrêtons-nous sur la cas de Henri Bergson, Prix Nobel de littérature 1927 et sur son ouvrage justement intitulé  » Le rire ». Il le commence ainsi :

Que signifie le rire ? Qu’y a-t-il au fond de risible ? Que trouverait-on de commun entre une grimace de pitre, un jeu de mot, un quiproquo de vaudeville, une scène de fine comédie ? Quelle distillation nous donnera l’essence toujours la même, à laquelle tant de produits divers empruntent ou leur indiscrète odeur ou leur parfum délicat ?

 

 

Beau style, belle phrase, propos qui interroge judicieusement, mais qui a, il faut bien le dire, un effet paralysant ou intimidant pour le novelliste qui veut s’essayer à la nouvelle humoristique. Les sociologues qui en réponse à Bergson se sont mis à classer les différentes formes d’humour ne sont guère plus aidants. Il y en aurait, parait-il, 14.

 

Toutes ces considérations sont intéressantes. Mais, mieux vaut les avoir oubliées avant de commencer à écrire.

 

Continuons par les trucs à faire :

4 – Vérifier qu’on rit soi-même à la lecture de son texte humoristique.

Voilà quelque chose qui est l’expression même du « common sens ». Si vous-même vous ne parvenez pas à rire, ni même à sourire, de vos jeux de mots ou de vos traits d’humour, il est quasi certain que ce sera également le cas de vos lecteurs. Ce qui revient à dire qu’on ne peut écrire une nouvelle humoristique que dans la forme d’humour qu’on apprécie soi-même. Si vous n’aimez pas l’humour noir ou l’humour sarcastique, mieux vaut éviter de vous y lancer.

 

5 – Écrire une nouvelle humoristique à la manière des auteurs du genre qu’on aime

C’est sans doute la meilleure façon de ne pas se tromper de forme d’humour. Si on veut donner dans l’humour pervers. Après tout, pourquoi pas.

Le créneau est sans doute plus libre que beaucoup d’autres. Une bonne façon de s’y préparer est de lire ou de relire les écrits du marquis de Sade. A condition d’aimer, bien entendu. Si on en vient à des formes d’humour plus « soft », les modèles ne manquent pas.

 

Citons, par exemple, « la valse des adieux » de Milan Kundera, pour la dérision et le burlesque. Ou encore, l’inénarrable « Pourquoi j’ai mangé mon père » de Roy Lewis. Là on à affaire au comique des « Pierrafeu ».

On se place loin dans le temps et on y transpose des considérations très contemporaines. De fait, pour se familiariser avec les différentes formes d’humour et développer sa créativité, les listes de livres d’humour ne manquent pas.

Et, si on hésite, on peut toujours en revenir au maître du rire, à savoir Pierre Desproges. Aucun risque de se tromper :

Adieu l’âge vert, je suis dans l’âge mûr. Et l’âge mûr, par définition, c’est celui qui précède l’âge pourri. »

On ne fait pas de phrase, prêtant à rire, ni plus simple, ni plus directe.

 

Dernier conseil pour écrire une nouvelle humoristique

Comme pour écrire un roman, il existe des livres qui aident les apprentis auteurs à écrire une nouvelle humoristique. Ils offrent les mêmes avantages et les mêmes inconvénients. Mais, quoiqu’il en soit, on aurait tort de ne pas chercher à en tirer profit. Leur lecture n’est jamais du temps perdu car, il en reste toujours quelque chose.

Citons, par exemple, « Écrire un one-man-show et monter sur scène » de Christine Berrou ou « Comment écrire des textes comiques, trouver des sujets, inventer des sketchs, des histoires drôles et des monologues à succès  » de John Byrne.

 

Dernier conseil pour écrire une nouvelle humoristique
Dernier conseil pour écrire une nouvelle humoristique

 

Encore trois autres avec « Je fais mon one-man-show, manuel pratique de l’humoriste amateur » de Guillaume de Louvencourt-Poniatowski et « Le bouquin de l’humour involontaire » ou « Oxymore mon amour : Dictionnaire inattendu de la langue française » de Jean-Loup Chiflet.

Dans cette dernière série, le premier ouvrage est plutôt centré sur le théâtre et les seconds sur sur les figures de style de la langue française : oxymore, antiphrase, métaphore et autre hyperbole ou euphémisme.

Bref, écrire une nouvelle humoristique n’est plus un rêve si on s’astreint à faire le travail de base qui fait le bon novelliste et le bon humoriste. Après cela, aucune peur n’est assez forte pour empêcher le jaillissement de l’écriture.

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