Quand on pense  » conte », on pense quasi automatiquement aux contes de Charles Perrault qui ont enchanté des générations d’enfants. « La belle au bois dormant », « Le petit chaperon rouge », « Barbe bleue », « Le chat botté », « Cendrillon », « Riquet à la houppe » et « Le petit Poucet », autant de contes inoubliables. Tous réunis dans « Les contes de la mère L’Oye« , publiés pour la première fois en 1697. Leur succès ne s’est pas démenti depuis.

  • Peut-on faire aussi bien aujourd’hui ?
  • Y-a-t-il même un intérêt à le faire à l’époque des ordinateurs ?

La réponse est, incontestablement, oui. Car, le conte est un genre littéraire particulier qui permet à son auteur de s’exprimer avec une totale liberté.

C’est même sa marque de fabrique. Encore faut-il savoir de quoi on parle.

  • Peut-on, par exemple, considérer un roman de pure « fantasy » comme un conte ? 
  • « Harry Potter », « Le seigneur des anneaux » sont-ils des contes ?
  • Et que dire des fables ? Où placer les dystopies ?

Cette question de définition, une fois réglée, reste la question de savoir comment on écrit un conte. A priori, il paraît évident qu’il n’est guère envisageable d’écrire un conte de la même manière que Charles Perrault l’a fait.

Mais que penser de « Jonathan Livingstone le Goéland », le livre culte de Richard Bach, le descendant du grand compositeur, du « Petit Prince » d’Antoine de Saint-Exupéry ou encore de « L’alchimiste » de Paulo Coelho ?

En fait, d’un conte à l’autre, d’hier à aujourd’hui, il y a des constantes et les structures narratives se répètent à l’infini comme deux miroirs se faisant face ou une même pierre de construction commune à tous les contes.

Qu’est-ce qu’un conte ?

Définition du conte

Comment s’y retrouver ?

  • Une fable est-elle un conte ?
  • Un conte peut-il être un roman ?

En fait, deux caractéristiques définissent un conte. C’est souvent, mais pas toujours, ce qu’on appelle un apologue et c’est un récit court, à plusieurs épisodes.

Revenons sur chacune de ces deux caractéristiques. Voici ce que dit du premier le site bacdefrançais.net.

Un apologue est un récit qui a pour fonction d’illustrer une leçon de morale qui peut être formulée explicitement.

On le comprend facilement pour une fable. Ainsi dans la fable de La Fontaine, « L’âne et le chien », à la fin de l’histoire, le dernier vers est sans ambiguïté :

Seigneur Loup étrangla le Baudet sans remède.

Je conclus qu’il faut qu’on s’entraide.

Ainsi, il y a toujours une morale à la fin d’une fable, mais pas forcément pour un conte. Dans son encyclopédie, Diderot confirme, et plus, le distinguo :

Il y a cette différence entre le conte et la fable, que la fable ne contient qu’un seul et unique fait, renfermé dans un seul espace déterminé, et achevé dans un seul temps, dont la fin est d’amener quelques axiomes de morale, et d’en rendre la vérité sensible. Au lieu qu’il n’y a dans le conte, ni unité de temps, ni unité d’action, ni unité de lieu, et que son but est moins d’instruire que d’amuser.

Et il ajoute :

La fable est souvent un monologue ou une scène de comédie, le conte est une suite de comédies enchaînées les unes aux autres.

On ne saurait mieux dire. Ajoutons, pour notre part, qu’un conte ne peut pas être un « pavé » et que c’est ce qui le différencie notablement des gros romans de fantasy ou de science-fiction.

De ce fait, il est bien difficile de classer dans les contes, des séries fleuves comme « Harry Potter », « Le seigneur des anneaux », « Games of Thrones » ou encore « The witcher ». Par sa dimension, en effet, un conte est plus proche d’une nouvelle.

 

Types de conte

Cela dit, il y a plusieurs types de conte.

Contes de fées, contes philosophiques et contes fantastiques

  • Celui auquel on pense en premier, « La belle au bois dormant », par exemple, est de la catégorie des contes de fées.

 

  • Mais, il y en a d’autres. Viennent ainsi, tout de suite après les contes de fées, les contes philosophiques. Un des plus connus est « Candide » de Voltaire. Ce dernier y décrit un voyage, celui de Candide, et les transformations qui s’opèrent en lui au fur et à mesure du déroulement de ce voyage. A l’arrivée, Candide est devenu un philosophe tel que le conçoit Voltaire.

 

  • Autres types de contes. Les contes fantastiques. Ils sont proches des contes de fées. Parmi leurs auteurs, on trouve principalement des auteurs du 19ème siècle, comme les frères Grimm (Blanche-Neige), Ernst Hoffmann (Casse Noisettes), Guy de Maupassant (Boule de suif) ou Prosper Mérimée (Le joueur de flûte de Hamelin).

 

Contes noirs, contes étiologiques et contes satiriques

  • Peut-être moins connus ou moins nombreux que les précédents. Citons les contes noirs (dark stories) ou d’horreur et un auteur, désormais classique, Ambroise Pierce.

Son ouvrage intitulé « les contes noirs » a donné son nom à un genre où revenants et fantômes mènent la danse pour la plus grande frayeur de leurs lecteurs. « Le conte de la vieille poupée », dont l’auteur reste inconnu, en est un autre exemple et fait les beaux jours ou les horribles nuits des amateurs, sur internet. Parfait pour Halloween.

Une petite fille reçoit un étrange colis le jour de son anniversaire. A l’intérieur, une ancienne poupée, hideuse, effrayante, à l’aura diabolique …

 

  • Une autre catégorie rassemble les contes « étiologiques« . Ce sont des contes que l’on peut dire mythologiques. Des légendes même.

Ils sont centrés sur les origines du monde et des choses naturelles. En tête de la liste, on trouve, bien sûr, « Le conte des origines » de Rudyard Kipling.

On y découvre, notamment, selon un critique avisé :

Comment la baleine eut un gosier, comment le chameau eut une bosse, comment on écrivit la première lettre et comment il s’ensuivit la naissance de l’alphabet.

 

  • Dernière catégorie. Les contes satiriques, facétieux ou humoristiques. Haute figure du genre, citons, Charles Nodier qui a publié six contes satiriques dans les années 1830-1836.

L’auteur, écrivain prolifique et éclectique, académicien, se sert de ses contes, rassemblés sous le titre du « dériseur sensé » pour, selon son éditeur de 2001, :

dérouter son lecteur et l’inviter finalement, en une distanciation salutaire, à faire l’usage de ses facultés excentriques.

 

Comment fait-on des contes ?

Écrire un conte est une bonne façon de s’entraîner à écrire, comme c’est aussi le cas avec l’écriture d’une nouvelle. Pour les mêmes raisons.

On arrive plus facilement à bout d’un récit court que que d’un récit de 300 pages. Mais mieux qu’une nouvelle, un conte ouvre un large espace de liberté.

 

Comment fait-on des contes ?
Comment fait-on des contes ?

On peut, en effet, y introduire toute sortes d’invraisemblances. Comme dans un rêve. Mais, comme dans un rêve, il y a nécessairement un sens caché dans un conte et ce sens va dépendre de l’univers du conte et de « l’enchaînement des comédies ».

 

Personnages de conte merveilleux et décor

Il était une fois … ou En ce temps-là … Il y a de cela fort longtemps …

Ainsi commencent la plupart des contes. En tout cas, des contes de fées.

Dans cet univers, fantastique ou banal, on trouve, en général, 9 acteurs dont les actions sont en lien direct avec leur fonction. Le personnage d’un conte est, en effet, d’abord une fonction avant d’être une individualité.

C’est la raison pour laquelle, la plupart du temps, le personnage d’un conte est plus connu par sa fonction que par un nom patronymique.

 

On parlera ainsi du Roi, de la Princesse, du Magicien. Quant au Héros, il ne sera, souvent, connu que par son prénom de même que le Méchant ou l’Intercesseur.

Restent, pour que l’équipe d’acteurs soit au complet, l’Ami fidèle, le Rival, forcément malheureux, et le Brave homme ou l’Honnête femme qui donnent un bon coup de main au bon moment.

 

Personnages de conte merveilleux et décor
Personnages de conte merveilleux et décor

 

Comme on peut ‘y attendre, le Roi est celui qui représente l’autorité immanente. La Princesse est celle par qui le désordre arrive.

Le Magicien ou l’Intercesseur est celui qui est en relation avec le Chaos et les forces obscures. Pour le Bien ou le Mal. Le Méchant, ou la Méchante, d’ailleurs, est celui qui est à l’origine du désordre.

 

Le Héros est, bien sûr, celui qui sauve tout le monde, après bien des péripéties. L’Ami fidèle est celui sans lequel le Héros ne serait pas un Héros, comme le Rival est celui qui fait tout pour que le Héros ne devienne pas un Héros.

Enfin, le Brave homme et l’Honnête femme représentent ce qu’on peut appeler le sens commun ou l’opinion publique.

 

Une pièce en deux actes

Une fois le décor planté et les acteurs réunis, reste à leur faire jouer la série de comédies comme le dit si bien Diderot. La pièce se joue, en général, en deux actes.

 

Le premier acte d’un conte

Ce premier acte est un acte d’exposition. Tout va très bien dans le meilleur des mondes.

La Princesse est belle et le Roi gouverne avec sagesse. Mais, patatras, l’Envie rôde, le Chaos se réveille, le Dragon crache le feu et pour plein de raisons, tout part à vau-l’eau.

C’est la genèse du conte. Le monde perd la tête et son équilibre. L’élément déclencheur peut être un évènement naturel comme, par exemple, une éruption de lave ou la rupture d’un barrage.

  • Que faut-il faire ?
  • A qui faire appel ?
  • Où trouver le Héros qui va rétablir l’équilibre ?
  • Sur quelles forces peut-t-il compter ?

Tout l’art du conteur est de donner une réponse à chacune de ces questions et à d’autres du même genre, tout en tenant son lecteur en haleine.

  • Le soutien du Héros est-il un vrai soutien ?
  • N’est-il pas plutôt un rival prêt à tout pour le faire échouer ?

On ne le saura pas tout de suite. Pas avant la fin de l’acte 2, en tout cas.

 

Le second acte d’un conte

Après le premier acte d’exposition, tous les protagonistes sont en place et savent ce qu’ils ont à faire. Normalement. L’aventure peut commencer.

Sa fonction est de mettre fin au désordre et d’aboutir à un nouvel ordre. Pour cela, le Héros va devoir subir de multiples épreuves qui sont autant de péripéties.

A chaque fois, il va perdre une partie de lui-même en contrepartie du nouveau « lui-même » auquel il va donner naissance et qui sera l’élément clé du nouveau monde ou du nouvel équilibre.

Ce qui est intéressant à noter, c’est que ce second acte est réellement un acte initiatique. Au fil de ses épreuves, le Héros apprend à mieux se connaître et à interagir avec justesse avec les forces de destruction à l’œuvre.

 

Au fil de ses épreuves, le Héros apprend à mieux se connaître
Au fil de ses épreuves, le Héros apprend à mieux se connaître

Il parvient ainsi à les calmer et à donner le bon exemple que chacun va pouvoir suivre. Parce que ça marche. Parvenu là, le conteur n’a plus qu’à donner forme au climax du conte, c’est-à-dire au dénouement heureux, à la morale de l’histoire ou à la joie de l’équilibre retrouvé.

En bref, la vie reprend ses droits.

Et ainsi, ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.

Si on veut approfondir la question, rien ne vaut un détour par « La morphologie du conte « , livre écrit en 1928, par le folkloriste russe, Vladimir Propp, et resté largement inégalé depuis.

 

A qui s’adressent les contes ?

Un conte est-il nécessairement un récit pour enfants ? La réponse à cette question est immédiate.

Bien sûr que non.

Et il est inutile de faire un développement sur les grands enfants que seraient restés, en fait, les adultes.  Non, la finalité du conte est bien claire. Elle concerne certes les enfants, mais, en réalité, tous les lecteurs, de 7 à 77 ans. Et moins, et plus …

Pour ce qui est des enfants, on peut dire qu’un conte aide à structurer leurs comportements sociaux. Naturellement et sans effort. D’emblée, ils en comprennent les enjeux. Ce qui est souvent loin d’être le cas, avouons-le, avec les injonctions parentales.

Quant aux adultes, le conte a l’immense mérite de déporter leur réflexion dans un univers en quelque sorte parallèle. Difficile, en effet, de changer d’angle ou de perspective, si le contexte est, on ne peut plus, familier.

Le conte permet de contourner la difficulté. Il situe ses personnages et leurs histoires dans un ailleurs, à la fois proche et éloigné de ce qui fait leur quotidien. Et puis, le récit bref et bien senti.

 

Exemple de conte contemporain merveilleux

Un conte aujourd’hui ? Plus que jamais. François Caragnon en est un bel exemple, avec son dernier livre publié en 2019, « Zoé-la-vive », sous-titré « Fable contemporaine ». Voulant refaire le monde, Zoé, l’idéaliste est exilée par les Momaks (pour Money Makers) et crée une société utopique, les Sow-S.o.w (pour sow spirit of wonder).

Mais, ce nouvel équilibre reste fragile. Les forces du mal rôdent. Le Grand Nain Portequoix veut en finir avec les rêveurs. Il pousse Trucmuche-Le-Grand à agir. Que va donc pouvoir faire Zoé-la-vive ?

Pour le savoir, il faut le lire.

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