Ce qu’un auteur de théâtre débutant doit savoir avant de commencer à écrire une pièce de théâtre


Vous aimez les représentations théâtrales comme d’autres aiment les concerts, les films ou les romans. Pour ne prendre que ces exemples. Et, soudainement, après avoir assisté à une énième représentation que vous jugez décevante, vous vous voyez auteur de théâtre et vous vous dites (d’abord en aparte, puis de vive voix, un peu exalté) :

VOUS – Et si j’écrivais moi aussi une pièce de théâtre ! Je ferais sûrement mieux ! J’ai l’âme d’un auteur de théâtre ! J’en suis sûr ! 

LE CHOEUR – Banco ! Fonce !

Cela dit, se lancer, tout feu, tout flamme, pour devenir auteur de théâtre n’exclut pas de réfléchir un peu  à la meilleure façon de le faire. Si possible, avant de se ruer sur son clavier d’ordi. Après tout, cela ne coûte rien de méditer un instant sur quelques modalités et questionnements.

Comme premier mérite, ça aide, au moins, à éviter quelques grossières erreurs. Et puis, ça peut aussi, accessoirement, avoir le mérite d’aider à percer dans le milieu des auteurs de théâtre.

 

Les 10 erreurs à éviter par un auteur de théâtre pour écrire une pièce de théâtre qui marche

La créativité est au coeur de l’écriture d’une pièce de théâtre. Plus elle est libre, plus la pièce peut toucher et surprendre un spectateur facilement blasé. D’où la nécessité de ne pas la brider par des préceptes qui peuvent finir par l’étouffer.

Cependant, d’expérience, il n’est pas inutile d’éviter de se laisser entraîner par des styles et des pratiques qui risquent plus que d’autres d’ennuyer.

 

Se tromper de registre

On se dit qu’on va écrire une comédie et, en fait, on écrit une tragédie. Mieux vaut donc savoir où on se situe. Ce qui revient à être au clair avec le message que l’on veut porter.

Et ce dernier dépend largement, pour ne pas dire totalement, du public auquel on veut s’adresser. De ce point de vue, le théâtre est naturellement un art populaire. Il peut être tragique ou comique, mais, dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’un art expressif.

 

La créativité est au coeur de l'écriture d'une pièce de théâtre.
La créativité est au coeur de l’écriture d’une pièce de théâtre.

 

Une situation comique dans une pièce tragique manque de sérieux, et des déclamations dramatiques dans une pièce comique frôlent le ridicule. Le tragique comme le comique a ses trucs qui lui sont propres. Par exemple, on distingue plusieurs types de comique.

En général, une pièce comique combine comique de situation et comique de geste. 

La meilleure façon de ne pas se tromper de registre est de lire et de relire les pièces de théâtre de ses auteurs préférés et d’assister, quand on le peut, à leur représentation.

 

Multiplier les lieux 

Une scène de théâtre est un espace clos. On ne peut pas y multiplier les décors à l’infini. Outre que cela brouille la compréhension des spectateurs, cela pose, d’évidence, des problèmes techniques.

On ne peut, quand même pas, passer plus de temps à changer les décors qu’à jouer la pièce. Pendant la période classique, par exemple, le décor d’une tragédie reproduisait une salle d’un palais et celui d’une comédie celui d’un salon bourgeois. Ce qui présente l’immense avantage de ne pas disperser l’attention des spectateurs.

 

S’étendre dans le temps

L’idéal, c’est que ce que raconte une pièce ne dure pas plus que sa représentation. Evidemment, on peut faire beaucoup plus. C’est ce qu’a fait, notamment, Shakespeare avec sa trilogie Henri VI.

Le dernier metteur en scène à l’avoir montée, Thomas Jolly, a fait débuter sa représentation le samedi 20 juin 2015, à 10 h, et terminer, 18 heures plus tard, le dimanche 21 juin, à 4 h du matin. Un record mondial ! Dans l’intervalle, c’est toute une tranche de l’histoire d’Angleterre de 1422 à 1471 qui a défilé sur scène.

Inutile de dire qu’il faut du « coffre » pour franchir de telles limites. En tout cas, le succès a été au rendez-vous. Mais, bon, Shakespeare, c’est Shakespeare. Et Thomas Jolly est un metteur en scène qu’on ne présente plus.

 

Multiplier les actions

Evidemment, si on veut faire tenir le déroulement de sa pièce dans le cadre de sa représentation, on ne peut guère multiplier les actions. Donc, haro sur les digressions qui n’ajoutent rien à la démonstration de l’ensemble. Et place ; toute la place ; à l’unique intrigue de la pièce. 

 

Nicolas Boileau
Nicolas Boileau

 

Avec les trois points qui précèdent, on aura sûrement reconnu la règle des trois unités du théâtre classique telle qu’elle a été immortalisée par Boileau dans le chant 3, vers 45-46, de son Art Poétique

Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli

Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli.

A noter que cette règle est celle du théâtre depuis la plus haute antiquité. 

 

Ne pas équilibrer correctement les phases de l’intrigue

En général, une pièce se déroule en trois phases : une phase d’exposition, une phase de péripéties et une phase de dénouement. La phase d’exposition, comme son nom l’indique, est la phase qui permet de présenter les personnages et leur problématique. Il est conseillé de ne pas en faire l’essentiel de la pièce.

Sinon, les spectateurs risquent de s’ennuyer ferme. Ils sont venus voir et entendre des péripéties qui leur parlent. Mais, attention, qui doivent tenir dans un laps de temps cohérent.

A défaut de tenir dans un espace-temps délimité par la durée de la représentation. Enfin, une pièce, ça se conclut par un dénouement ! Lequel doit être suffisamment frappant pour qu’on s’en souvienne.

 

Manquer de catharsis 

Le théâtre, c’est de l’émotion pure. Ce n’est pas la lecture monotone d’un essai philosophique par un acteur, bien sous tous rapports, seul sur scène. Quand on lit soi-même un tel écrit, on le lit par petits bouts. Jamais d’une traite.

On ne saurait donc trop conseiller d’écrire des dialogues qui libèrent l’émotion de ceux qui les incarnent. Pas qui les éteignent. C’est comme ça qu’ils peuvent susciter une catharsis chez les spectateurs. 

Que dans tous vos discours, la passion émue

Aille chercher le coeur, l’échauffe et le remue. 

a écrit Boileau. 

 

Le théâtre, c'est de l'émotion pure
Le théâtre, c’est de l’émotion pure

 

Autrement dit, par ce biais, les spectateurs se mettent en résonnance avec ce qu’ils voient, entendent et, quasiment, peuvent toucher. De ce fait, ils peuvent se libérer de leurs propres charges émotionnelles. Pratiquement, comme dans un psychodrame. C’est là qu’est, entre autres, la grande force du théâtre. Il est donc très dommageable pour une pièce d’être incapable de la susciter.

 

Tomber dans l’emphase et le spectaculaire

Par effet de mode, ou tout simplement, par manque d’inspiration, il peut être tentant de chercher à séduire les spectateurs par des scènes brutes. Or, tout n’est pas montrable. Les anciens ajoutaient ainsi à la règle des 3 unités, celle de la bienséance. Toujours irremplaçable, Boileau l’a résumé de la manière suivante : 

Ce qu’on ne doit point voir qu’un récit nous l’expose

Les yeux en le voyant saisiraient mieux la chose

Mais, il est des objets que l’art judicieux

Doit offrir à l’oreille et reculer des yeux.

Ici, la bienséance, n’est pas forcément une question de morale, mais « d’art judicieux ». Un récit parle plus à l’imagination des spectateurs qu’une malheureuse scène brute forcément limitative. Et, finalement, embarrassante. Il en est ainsi des scènes crues de violence ou d’intimité.

 

Ne pas respecter les règles formelles de l’écriture d’une pièce de théâtre

L’écriture d’une pièce de théâtre n’est pas un exercice d’écriture libre. Son auteur doit s’attacher à être compris des autres membres du collectif de théâtre auquel il appartient momentanément : metteur en scène, acteurs et techniciens. Ce collectif est parfois si prenant qu’il finit par gommer les individualités et par devenir la source même de la créativité théâtrale dans toutes ses dimensions. A plus forte raison quand l’écriture de l’auteur d’une pièce est très relâchée. 

Ce qui est toujours le cas, lorsque, notamment :

  • Les scènes et les actes ne sont pas, suffisamment, bien marqués.
  • Les didascalies font défaut ou sont incohérentes.
  • Les dialogues sont mal individualisés.

 

Ne pas lire à voix haute et mimer sa pièce

Plus qu’aucun autre le texte d’un auteur de théâtre doit être lu à voix haute. On peut même ajouter qu’il n’est pas mauvais qu’il en mime aussi les mouvements des acteurs. C’est la meilleure façon d’éviter de tomber dans le piège des textes illisibles à force de s’adresser à l’esprit plus qu’aux émotions.

Rappelons-le encore, une pièce de théâtre est d’abord quelque chose qui se voit et s’entend, dans un laps de temps très court. De ce fait, il est impossible d’en suivre les dialogues et d’y revenir, comme on peut le faire quand on lit un livre.

 

Ne pas lire à voix haute et mimer sa pièce
Ne pas lire à voix haute et mimer sa pièce

 

En lisant à haute voix ses dialogues et en mimant les jeux de scène, l’auteur d’une pièce de théâtre ne peut manquer de se rendre compte, immédiatement, de ce qui va et de ce qui ne va pas. A plus forte raison, s’il le fait devant un public restreint et choisi. Le texte doit couler tout seul. Sans accrocs.

 

S’en tenir à son premier script

Le premier jet du texte d’une pièce de théâtre est donc fait pour être remanié. Il faut l’accepter. Au point même, de devoir tout recommencer.

C’est ainsi. Et c’est normal.

Du moins tant que la réécriture n’est pas qu’une réponse à la mauvaise volonté d’un metteur en scène, d’acteurs ou de techniciens et dont le résultat est de dénaturer complètement le propos de l’auteur de la pièce de théâtre. 

On en a une sympathique illustration dans la romance télévisée Chesapeake Shores. On y voit, dans la saison 1, une des soeurs de la fratrie, Bree O’Brien, dramaturge à la peine, refuser finalement que sa pièce soit jouée, au motif que le metteur en scène, son ex, en a réécrit en totalité le texte, à sa manière. Ne reste plus d’elle, en effet, que le titre : la dernière robe.

Evidemment, pas très satisfaisant. Mais, avant d’en arriver là, il y a bien des étapes intermédiaires qui permettent d’améliorer, réellement, un texte.

 

Comment se faire reconnaître comme auteur de théâtre

Le contexte de l’auteur de théâtre est un contexte difficile

L’évocation du point précédent renvoie naturellement à la question de ce qui peut faire, ou pas, le succès d’une pièce de théâtre. Et elle est même d’une brûlante actualité. Récemment, un bon observateur du milieu théâtral écrivait ainsi dans une tribune d’un quotidien national

Entre engouement pour la performance, contexte économique et renouvellement esthétique, l’écriture dramatique traditionnelle semble avoir disparu du paysage, laissant place dans le théâtre public aux reprises de classiques ou aux adaptations. 

Cela voudrait-il dire que les nouveaux auteurs de théâtre n’ont plus guère leur place dans le théâtre d’aujourd’hui et qu’ils doivent envisager sérieusement leur reconversion ? Après la lecture de l’article en question, c’est ce qu’on pourrait croire. Et, en plus, c’était bien avant la crise sanitaire !

En vérité, si on en juge par les réactions que cette tribune a suscité et notamment celle de Philippe Touzet, l’actif président de l’association Ecrivains Associés du Théâtre, c’est plutôt l’inverse qui se produit. C’est parce qu’on manque d’auteurs de théâtre réactifs qu’on se rabat sur l’écriture de plateau ou sur les adaptations. Alors, comment être un auteur de théâtre réactif ?

 

Les bonnes pratiques de l’auteur de théâtre réactif 

Elles sont, au moins, au nombre de trois. :

  • On peut écrire une pièce de théâtre avec pour première, ou principale, ambition de la faire publier par un éditeur spécialisé. En somme, comme n’importe quel livre. Citons, entre autres, Actes sud-Papiers, éditions Théâtrales, Espace 34 ou encore l’Arche. Et, bien évidemment, qui dit édition classique, dit aussi autoédition. Car, on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Surtout, si on a veillé à éviter quelques grossières erreurs.

 

  • Toujours possible également de rechercher des aides à la création théâtrale. Elles sont plus nombreuses qu’on ne pense, mais aussi très diverses. Attention à ne pas dupliquer le même dossier d’une institution à l’autre. Certes, c’est moins fatigant, mais c’est aussi moins payant. On peut donc s’adresser, par exemple, à Artcéna, l‘association Beaumarchais-SACD, ou encore à la commission théâtre du CNL. Dans le même ordre d’idée, on peut également participer à des concours comme le grand prix de littérature dramatique ou celui des journées de Lyon des auteurs de théâtre ou encore, intégrer une résidence d’auteurs de théâtre.

 

  • Reste qu’on peut aussi arpenter le vaste continent des compagnies de théâtre. Il n’y a pas que le théâtre public dans la vie. Il y a aussi le théâtre privé. Avec ses grandes et moins grandes compagnies. Ne pas oublier qu’être joué est encore, pour un auteur de théâtre, un des  meilleurs outils promotionnels pour sa pièce.

 

Réussir en tant qu’auteur de théâtre, en bref

Pour réussir en tant qu’auteur de théâtre, il faut retenir que l’écriture d’une pièce de théâtre, au fond, ne s’improvise pas. Et ce n’est pas parce que sa forme parait plus libre que celle d’un roman qu’il faut pour autant négliger ce qui fait sa spécificité. Il est conseillé pour cela d’éviter de commettre quelques grossières erreurs de conception et de rédaction.

Le théâtre est un art populaire ancien et ses ressorts n’ont, en réalité, guère changé depuis ses origines. 

 

La fortune sourit aux audacieux
La fortune sourit aux audacieux

 

Mais, même si on parvient à éviter ces erreurs, cela ne suffit pas pour être reconnu comme auteur de théâtre. Il convient pour cela d’adopter une attitude pro-active ayant pour but d’utiliser toutes les ressources disponibles. Chacune devant être traitée comme si elle était unique, mais aussi comme un plan A qu’il convient de doubler systématiquement par un plan B, un plan C, etc. 

Et pour finir :

La fortune sourit aux audacieux

dit le proverbe.

 

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