On fait dire à Louis Jouvet, dans « Entrée des artistes« :

Vous ressemblez furieusement à votre écriture

Les ateliers d’écriture ont le vent en poupe. Est-ce à dire que plus personne ne se reconnait ?

Il suffit d’entrer « atelier d’écriture » sur n’importe quel moteur de recherche pour en constater le foisonnement. Et pourtant, si la pratique est traditionnelle dans les pays anglo-saxons, notamment aux USA, elle est beaucoup plus récente en France.

 

  • Effet des changements de programme à répétition du système éducatif français ?

 

  • Mimétisme lié à l’impact de la mondialisation sur les comportements ?

 

  • Ou plus prosaïquement, besoins accrus de textes en tout genre induits par la multiplication des sites internet ?

 

Les causes du phénomène mériteraient une étude approfondie. Cela dit, qu’est-ce que c’est qu’un atelier d’écriture ? D’où vient le concept et comment a-t-il été adapté en France ? Et enfin, comment ça marche ? Telles sont les trois questions pour lesquelles vous trouverez des réponses ci-après.

 

Un atelier d’écriture, à quoi ça sert ?

Un atelier d’écriture est un lieu où on apprend les techniques d’écriture. Un peu à la manière des écoles des Beaux-Arts où on apprend les techniques du dessin et de la peinture.

Ou encore, à la manière des Conservatoires de musique où on apprend à jouer d’un instrument. Cependant, pour beaucoup d’écrivains, notamment français, un atelier d’écriture reste un non-sens.

Un vrai écrivain, pensent-ils, a « ça » dans le sang. Et, jamais, au grand jamais, il leur viendrait à l’idée d’animer un tel atelier.

On a même entendu un ancien directeur de collection d’une grande maison d’édition dire à un jeune écrivain :

Pas un mot sur vos ateliers d’écriture en quatrième de couverture ! ça sent trop la sueur.

Mais, fort heureusement, les choses changent.

Et ce n’est pas pour rien que de grandes maisons d’édition comme Gallimard s’y sont mises, à leur tour. Et elles proposent, elles-mêmes, des ateliers d’écriture. Certes l’affaire est rentable, vu la demande.

Mais surtout, un atelier d’écriture rend un indéniable service aux uns et aux autres. Pour les auteurs en herbe, c’est, en effet, l’occasion de vérifier en grandeur réelle ses dispositions à l’écriture.

 

Recevoir ou donner des conseils dans un atelier d'écriture est très gratifiant.
Recevoir ou donner des conseils dans un atelier d’écriture est très gratifiant.

 

Il est tellement facile de s’illusionner, seul, entre les quatre murs de son bureau, tout en étant baigné par les encouragements bienveillants de ses proches. Pour les autres, les maisons d’édition, c’est un moyen d’apporter un peu de rationalisation dans les flots de manuscrits qui menacent de les engloutir, chaque jour, un peu plus.

 

Un atelier d’écriture pour trouver des idées de sujet

Rien de tel qu’un atelier d’écriture animé par un écrivain ou un professionnel reconnu de l’édition pour donner du poids aux écrits produits par les participants à l’atelier. Ou les ramener à ce qu’ils sont, en réalité.

Ceux qui découvrent soudain que leur écriture n’est pas près de s’améliorer n’ont plus la même envie de s’embarquer dans une aventure qui risque de leur être pénible. Et ceux qui s’aperçoivent qu’ils peuvent faire mieux, s’en trouvent, au contraire, ragaillardis et regonflés à bloc pour poursuivre dans une voie qu’ils ne voudraient plus, désormais, quitter pour rien au monde.

 

 

Avec l’aide collective de professionnels et amateurs, tous devient plus simple et facile.

 

C’est là qu’ils découvrent aussi leur préférence pour un genre, la poésie, la fiction ou l’autobiographie, par exemple, plutôt que pour un autre.

Pionnier en la matière, Hubert Haddad, est un écrivain de langue française, souvent récompensé par des prix littéraires, né à Tunis en 1947. Très polyvalent, il a publié de nombreux ouvrages dans des domaines très variés.

Poète, romancier, dramaturge, historien d’art, peintre, éditeur, sa palette artistique est très complète. Il est un des premiers écrivains, dès les années 70, à avoir animé des ateliers d’écriture dans toute la France et dans des lieux de vie extrêmement divers, centres socio-culturels, universités, voire même hôpitaux.

 

Un atelier d’écriture, d’où est-ce que ça vient ?

Si on cherche bien, on peut remonter jusqu’à Louise Michel, grande figure de la Commune de Paris en 1870. Déportée en Nouvelle Calédonie après cet épisode révolutionnaire, l’ex-communarde prit fait et cause pour la population kanake. Elle s’appuya alors sur son expérience de pédagogue pour créer ce qui ressemblait beaucoup à des ateliers d’écriture avant la lettre pour faciliter son appropriation par les kanaks.

 

Cela dit, indépendamment des innovations pédagogiques qui ont pu suivre, telles que celles des écoles Montessori ou Piaget, c’est aux États-Unis que se trouve la vraie origine des ateliers d’écriture. Sous le nom de « creative writings », dans le cadre de « creative workshops », la pratique y est ancienne.

Non seulement, elle y a acquis ses lettres de noblesse dans des universités de renom, mais très vite, ils ont été animés par des auteurs à forte notoriété. Citons, par exemple, Joyce Carol Oates ou Jonathan Safran Foer.

Beaucoup de titres de la première ont été publiés dans la collection Le livre de poche biblio. Quant à des auteurs comme John Cheever ou Philip Roth, ils n’ont pas craint de fréquenter assidûment l’un des ateliers les plus prestigieux, celui de l’Université de l’Iowa.

 

Des « creative workshops » aux masters de création littéraire

En France, l’atelier d’écriture à la française a été lancé par Elisabeth Bing à la fin des années 80. Elle en a théorisé le fonctionnement à partir de son expérience comme enseignante de français à l’Institut Médico-Pédagogique de Beauvallon.

Elle en fait le récit dans son livre publié en 1976 « Et je nageai jusqu’à la page ». Aujourd’hui disparue, son œuvre s’est poursuivie encore quelques mois après sa mort en 2017, sous le nom des Ateliers d’écriture Elisabeth Bing. Elle a, par ailleurs, inspiré la mise en œuvre de masters spécialisés en création littéraire dans les universités telles que Le Havre, Aix en Provence, Toulouse Jean Jaurès ou Paris 8.

Des "creative workshops" en guise d'atelier d'écriture.
Des « creative workshops » en guise d’atelier d’écriture.

Compte tenu de cette histoire et de la diversité des sources d’inspiration, l’expression « Atelier d’écriture » peut recouvrir en France des pratiques très différentes et des finalités qui n’ont rien de commun. D’où l’intérêt de bien se renseigner avant de s’engager à suivre un de leurs cycles de formation.

 

D’autant que le coût peut être élevé. La liste des ateliers d’écriture est longue et il est facile de s’y perdre.

Elle rassemble, sous le même nom, par exemple :

  • Les ateliers généralistes d’écriture littéraire.
  • Des ateliers généralistes mais à vocation thérapeutique.
  • Des ateliers spécialisés pour enfants.
  • Les ateliers centrés sur une thématique particulière comme la poésie ou la fiction.
  • Des ateliers d’entrainement pour accroître ses chances d’être édité.
  • Des ateliers d’écriture spontanée.
  • Etc.

 

Un atelier d’écriture, comment ça marche ?

Cependant, quelle que soit sa finalité, un Atelier d’écriture fonctionne toujours, à peu près, de la même façon. Il s’adresse à un petit groupe, de 8 à 15 personnes, auquel un animateur propose un thème d’écriture.

Après un certain temps laissé pour écrire son texte, pendant ou avant l’Atelier, chacun lit son texte à haute voix devant les autres membres du groupe. La consigne est de s’aider mutuellement.

Le principe est de profiter du regard et de l’expérience de chacun pour améliorer la qualité de son style d’écriture. Cela est d’autant plus facile que tous les participants, hormis l’animateur, dont les critiques sont nécessairement bienveillantes, sont sur un même pied d’égalité. Les contributions sont par nature libres, même si elles se doivent, en général, de respecter le cadre imposé par les exercices prévus par l’animateur.

A partir de ce fonctionnement de base, plusieurs formules sont possibles. Le groupe peut se réunir selon une périodicité très variable.

Les sessions peuvent ainsi se dérouler à raison de quelques heures par semaine, le mercredi ou le samedi. Ils peuvent aussi être regroupées sur un week-end. La généralisation d’internet donne également la possibilité de participer à des sessions On Line, combinées ou non à des sessions en présentiel.

Les ateliers d’écriture en ligne sont construits, en général, selon la méthodologie propre à un « Massive Open Online Course » (MOOC). Certains d’entre eux, par ailleurs, ont des partenariats étroits avec des plateformes d’autoédition.

Ces liens facilitent d’autant la publication des textes. Mais, même sans cela, des plateformes comme CoolLibri peuvent vous conseiller sur votre style et accueillent volontiers tous les textes produits grâce à des Ateliers d’écriture. De plus, elles peuvent offrir tous les services d’une imprimerie professionnelle et proposer un large éventail de reliures.

 

Les Ateliers d’écriture, quel avenir ?

On peut dire que la voie ouverte par les pionniers n’est pas près de se refermer. Un écrivain français comme, par exemple, Katherine Pancol n’a pas hésité à suivre des cours creative writings, à l’Université de Columbia aux Etats Unis, même après avoir réussi à être publié et à avoir vendu plus de 300 000 exemplaires de son premier roman « Moi d’abord ». Apparemment, bien lui en a pris, puisqu’elle fait aujourd’hui partie des écrivains français les plus vendus.

La critique n’est quelquefois pas tendre avec ses romans. Et des spécialistes comme David Delannet, co-gérant de la célèbre librairie anglophone parisienne, Shakespeare and co, également support d’un Atelier d’écriture, n’hésite pas à dire :

Les gourous du creative writing ont leurs mantras et leurs modes.

 

Effectivement, le risque d’une certaine uniformisation créative existe, mais il n’en reste pas moins que, malheureusement, comme a pu le dire Laure Limongi qui est intervenue dans le cadre du Master de création littéraire de l’Université du Havre :

Il faut être clair et ne pas vendre aux étudiants qu’on leur apprend à devenir écrivain. (…) Il faut déjà apprendre à écrire. Il y a aujourd’hui un vrai problème rédactionnel. Les gens ne savent plus écrire. Je vois des stagiaires qui ont fait leur mémoire sur Borgès et qui ne savent pas aligner deux phrases correctes.

Peut-être tout simplement, parce que comme l’ajoute si bien, Denis Gombert, lecteur pour la Maison d’édition Robert Laffont, :

Trop de gens confondent l’expression et l’écriture.

Trop de gens confondent l'expression et l'écriture (citation Denis Gombert)
Savoir écrire et s’exprimer sont deux notions bien distincte.

 

 

Or, l’Atelier d’écriture est l’outil parfait pour passer de l’une à l’autre et parvenir à une réelle maîtrise des phrases. Quant à l’originalité, c’est déjà un autre débat…

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