Que signifie « nom de plume » ?

Depuis l’avènement d’internet, écrire sous un nom d’emprunt ou sous un nom de plume est populaire. Les pseudos, abréviation de pseudonyme, pullulent dans les FAQ et les commentaires.

Au point que ce phénomène inquiète les pouvoirs publics. Ils y voient une manière de diffamer, de diffuser des « fake news » ou des « trolls », en toute impunité. Par suite, les initiatives des pouvoirs publics se multiplient pour en restreindre l’usage.

Ce serait rompre avec une longue tradition de tolérance dont bénéficient, depuis des décennies, les écrivains, les comédiens, les artistes et même les architectes.

Selon le domaine professionnel où opère le porteur du nom d’emprunt, on parle alors de nom de plume, de nom de scène ou de nom d’artiste. Si on restreint le regard qu’on peut porter sur l’usage d’un nom d’emprunt au seul nom de plume et à la sphère spécifiquement éditoriale ou littéraire, plusieurs questions se posent inévitablement et s’ajoutent à toutes les raisons pour lesquelles on se lance dans l’écriture.

Comme par exemple :

  • À quoi sert un nom de plume ?
  • Quelle différence y-a-t-il entre un nom de plume, un nom fictif et un prête nom ? 
  • Y-a-t- il des restrictions légales à l’usage d’un nom de plume ?
  • Et quels effets l’usage d’un nom de plume peut-il avoir sur la perception de droits d’auteur ?

Qu’est-ce qu’un nom de plume ?

Comme le procédé est un procédé littéraire à part entière, il a fait l’objet d’études de linguistique très savantes. Citons par exemple l’étude très complète réalisée sous la direction de David Martens, publiée en 2017, par les éditions La Licorne 121 : « la pseudonymie dans la littérature française« . David Martens enseigne la littérature de langue française à l’université de Louvain.

Pour lui,

La pseudonymie est un procédé destiné à établir un clivage entre personne et persona, soit à scinder la sphère de la vie privée et l’espace public de l’écriture et des rites liés à l’institution littéraire.

L’accès n’en est pas facile. Preuve, s’il en est, que le sujet mérite toute l’attention des universitaires spécialisés dans la critique littéraire et que l’usage du pseudonyme, autrement dit, du nom de plume,  a quelque chose de traditionnel en matière d’écriture. Il en ressort que cet usage répond à plusieurs catégories de besoins. D’un auteur à l’autre, ils peuvent être très différents. Et c’est parce qu’ils peuvent être très différents que l’usage du nom de plume est finalement si fréquent.

Pourquoi les écrivains prennent- ils un nom de plume ?

Les raisons invoquées par les auteurs, écrivains ou journalistes,  pour publier sous un nom de plume peuvent être liées, notamment, au fait que leur nom d’origine est difficile « à vendre » ou à porter, qu’ils ne veulent pas mêler leur activité littéraire à leur activité professionnelle, qu’ils cherchent à donner une image de marque à ce qu’ils écrivent, ou encore tout simplement par souci de quiétude familiale ou pour dénoncer un état de fait. C’est ce que montrent les exemples de nom de plume ci-après :

Prendre un nom plus facile « à vendre » ou à porter

C’était le cas, par exemple, de Jules Romains. L’auteur, né en 1885 et mort à 86 ans en 1972, s’appelait en réalité Louis Farigoule. Mais, c’est sous le nom de Jules Romains qu’il écrivit son roman « les hommes de bonne volonté » et le célèbre « Knock ou le triomphe de la médecine ». C’est également sous ce nom qu’il entra à l’Académie française, en 1946.

D’autres auteurs illustres ont fait le même choix. Citons Marguerite Donnadieu, alias Marguerite Duras ; Roman Kacew, alias Roman Gary, alias Emile Ajar ; Roger Crétin, alias Roger Vercel, prix Goncourt 1934 ; ou encore Lev Asianovitch Tarassov, alias Henri Troyat et Guillaume de Kostrowitsky, alias Guillaume Appolinaire.

Dans ces deux derniers cas, d’évidence, la prononciation a été le premier facteur déclenchant le choix d’un nom de plume. Pour ce qui est d’Henri Troyat, la demande est venu de l’éditeur lui-même.

Séparer l’activité littéraire de la vie professionnelle

Dans ses entretiens, Louis Poirier, alias Julien Gracq, est très explicite à ce sujet, il y dit :

avoir choisi un pseudonyme, lorsqu’il a commencé à publier, parce qu’il voulait séparer nettement son activité de professeur de son activité d’écrivain.

Le lauréat du prix Goncourt 1988, Jeau-Paul Baron, alias Frédérick Tristan, ne dit pas autre chose, quand il écrit :

J’étais vrai quand j’écrivais sous le nom de Frédérick Tristan, tandis que je mentais quand je vendais des machines textiles sous mon nom patronymique Jean-Paul Baron.

Les exemples d’écrivains bien connus ayant fait un choix similaire ne manquent pas. Le professeur de philosophie qu’était Emile-Auguste Chartier (1868-1951), signait tous ses écrits du simple nom ou prénom d’Alain. Le diplomate Alexis Léger (1887-1975) fut lauréat du prix Nobel de littérature sous le nom de Saint-John Perse.

 

Se donner une image de marque

Le nom de l’auteur donne indiscutablement une idée sur le contenu du livre. Maxime Chattam l’auteur actuel de très nombreux thrillers en fournit un bel exemple.

Pas facile de percer dans un genre autant dominé par les auteurs anglo-saxons, comme Stephen King ou Dean R. Koontz, quand on est d’origine française. On peut ainsi comprendre le choix de Maxime Drouot, alias Maxime Chattam, de publier ses thrillers sous un nom à consonance anglo-saxonne.

Ce qui ne veut pas dire qu’un écrivain français voulant écrire un roman noir ou un thriller doive nécessairement le faire sous un nom d’emprunt à consonance anglo-saxonne. Franck Thilliez, Bernard Minier ou encore Jean-Christophe Grangé en font la brillante démonstration inverse.

Dans le même ordre d’idée, des auteurs comme Jacques Laurent ont fait le choix de publier sous un nom différent chaque fois que leur livre avait une tonalité singulière. Jacques Laurent (1919-2000), alias Cecil Saint-Laurent, a publié ses romans sérieux sous son nom patronymique, et ses romans plus frivoles, comme Caroline Chérie, sous celui de Cecil Saint-Laurent. Mais si la série des Caroline Chérie lui apporta l’aisance financière, c’est sous le nom de Jacques Laurent qu’il entra à l’Académie française.

écrire une image, une marque avec son nom de plume
Écrire une image, une marque avec son nom de plume ?

 

Préserver le cercle familial

Beaucoup d’écrivains célèbres ont choisi d’écrire sous un nom de plume pour répondre à une injonction familiale et pour éviter que leurs écrits ne créent des situations embarrassantes. Il en a été ainsi, notamment, de Philippe Sollers, écrivain contemporain. De son vrai nom Philippe Joyaux, fils d’une riche famille d’industriels bordelais, Philippe Joyaux, alias Philippe Sollers, publie son premier roman alors qu’il est encore mineur. Et il a à peine 22 ans quand il fait la une de l’actualité littéraire, en remportant le prix Fénéon pour son roman « une curieuse solitude ».

Pour la petite histoire, il aurait choisi son pseudonyme dans le dictionnaire français-latin Gaffiot. Le mot « sollers » y est répertorié comme signifiant « habile », « ingénieux ». La situation de Amantine Aurore Dupin (1804-1876), alias Georges Sand, est comparable. Baronne Dudevant, Amantine Aurore Dupin descend par son père du maréchal de France, Maurice de Saxe. A l’époque et dans ce milieu social, il n’était guère de bon ton qu’une femme puisse avoir une carrière d’écrivain et de surcroît, puisse en vivre.

Nom de plume et nom de guerre

C’est un autre aspect de l’utilisation du pseudonyme. L’anonymat qu’il permet autorise les propos qui peuvent être sulfureux, contestataires ou des remises en cause de conventions bien établies. Le nom de plume devient alors un nom de guerre. 

Le cas de Romain Kacew est à cet égard emblématique. Avec « les racines du ciel », il décroche le prix Goncourt 1956 sous le nom de Romain Gary. Jusque-là rien de bien révolutionnaire, mais en 1975, il obtient un deuxième prix Goncourt, avec la « la vie devant soi ». La règle veut qu’on ne puisse obtenir le Goncourt qu’une seule fois. Longtemps, on pensera qu’Émile Ajar est le pseudonyme de son neveu.  Jusqu’à ce que Romain Gary révèle le pot aux roses, peu de temps avant son suicide en 1980. Voulant montrer par-là que les membres d’un jury littéraire pouvait être facilement abusés.

Autre exemple. Dans un autre registre, celui de la résistance à un occupant. C’est le cas de Jean Bruller (1902-1991), alias Vercors, auteur du très célèbre roman « le silence de la mer » qui raconte la résistance muette et héroïque face à l’occupation allemande, pendant la seconde guerre mondiale et publié clandestinement en 1942.

Quelle différence y-a-t-il entre un nom de plume, un nom fictif et un prête nom ?

Pseudonyme ou nom de plume ?

Le nom de plume est un nom d’emprunt qui prend généralement la forme d’un pseudonyme. Autrement dit, un auteur publie un ouvrage sous un autre nom que le sien et ce nouveau nom est bien perçu comme étant celui qui l’a écrit.

De nombreuses variantes sont possibles. Un auteur peut recourir à autant de pseudonymes qu’il en a envie.

On trouve également le cas, d’un même pseudonyme utilisé par plusieurs auteurs différents. Ainsi du nom de plume « Rose Sélavy », utilisé à la fois par Marcel Duchamp et Robert Desnos. Marcel Duchamp est l’inventeur des « ready-mades » et Robert Desnos est un poète surréaliste, adepte de l’écriture automatique.

 

Écrire sous un nom d'emprunt ou sous un nom de plume
Sous quelle identité désirez-vous écrire ?

 

Nom fictif ou nom de plume ?

Il existe une autre forme d’anonymat pour un auteur. C’est celle de l’hétéronyme ou du nom fictif. Dans ce cas, l’auteur d’un livre fait croire à ses lecteurs qu’il a été écrit par quelqu’un d’autre que lui et qu’il n’a fait que jouer les intermédiaires.

Prosper Mérimée (1803-1870) en fournit une belle illustration avec la publication des pièces de théâtre de Clara Gazul.

Avec l’aide du peintre, bien réel, Etienne-Jean Delécluze qui alla jusqu’à en faire le portrait, il fit croire aux lecteurs que Clara Gazul était une comédienne espagnole. Quant à la traduction, elle fut faite par un certain Joseph Lestrange qui n’était autre qu’un pseudonyme de Prosper Mérimée. Comme on le voit, on peut finir par s’y perdre.

Prête-nom ou nom de plume ?

Le prête-nom correspond bien à une personne réelle. On peut la rencontrer et la faire parler sur l’œuvre qu’on lui attribue. Le cas le plus célèbre en la matière et un des plus récents est celui Paul Pavlowitch.

Sous le nom de plume Emile Ajar, on lui attribua cinq romans, en fait écrits par Romain Gary, dont il était le petit-cousin et non le neveu comme, longtemps, l’a cru la critique. Pendant près de huit ans, il joua ainsi le rôle qui lui avait été dévolu par son cousin, Romain Gary.

 

Comment trouver un prête-nom ?

Des exemples comme celui de Romain Gary peuvent donner des idées. Écrire un livre avec la signature d’un prête-nom peut se révéler un choix judicieux selon la matière traitée dans le livre.

Mais tout le monde ne dispose pas d’un neveu ou d’un petit-cousin disposer à jouer ce rôle. Pas grave.

Les structures proposant des prête-noms ne manquent pas. Ce sont les mêmes qui se sont fait une spécialité de la mise en place de sociétés off-shore ou de trust.

Évidemment, si les finalités sont les mêmes, préserver l’anonymat du souscripteur, les conséquences sont totalement différentes suivant l’objet poursuivi.

 

Y-a-t-il des restrictions légales à l’usage d’un nom de plume ?

La question taraude tous les apprentis écrivains qui veulent écrire, pour différentes raisons, sous un nom d’emprunt. On comprend facilement qu’on puisse le faire, mais est-ce vraiment légal ? Que disent les textes ?

L’article 1240 du Code Civil

Eh bien, on ne trouve aucun texte spécifique réglementant précisément cette question. Il est admis cependant que si l’usage d’un pseudonyme est libre, il ne doit pas contrevenir aux bonnes mœurs, ni donner lieu à l’usurpation d’une identité, ni, d’une manière générale, porter atteinte à un tiers.

De ce fait, la règle applicable est celle qui régit, notamment, les conditions de la mise en œuvre de la responsabilité civile délictuelle, décrite à l’article 1240 du code civil.

Pour que cette responsabilité soit acquise, rappelons qu’il est nécessaire que la personne s’estimant lésée fasse la preuve :

  • Qu’elle a subi un dommage.
  • Que ce dommage a été causé par un fait générateur.
  • Qu’un lien de causalité a pu être établi entre le fait générateur et le dommage subi.

 

L’article 711-1 du code de la propriété intellectuelle

C’est un peu le côté pile, de l’usage libre. On peut facilement prendre un pseudo quand on est écrivain, mais, en quelque sorte et en contrepartie, le nom de plume ne bénéficie pas de la même protection que le nom patronymique.

De ce fait, il n’est pas couvert par les dispositions régissant la protection des droits d’auteur, telles qu’elles apparaissent dans le code de la propriété intellectuelle.

 

Ainsi, à la différence d’un geste graphique, par exemple, un nom de plume est rarement jugé suffisamment créatif pour être déclaré comme l’œuvre originale d’un auteur et bénéficier, à ce titre, d’une protection contre une éventuelle contrefaçon. Mieux vaut donc, pour assurer cette protection, faire jouer l’article 711-1 du code de propriété intellectuelle et déposer le nom de plume comme une marque.

 

Quels effets l’usage d’un nom de plume peut-il avoir sur la perception de droits d’auteur ?

La perception des droits d’auteur dépend des conditions négociées avec l’éditeur. Leur détail figure dans le contrat d’édition. A partir de là, les choses sont claires. Le contrat ne peut être établi qu’entre personnes juridiques, dûment reconnues. Autrement dit, entre un éditeur, généralement personne morale, inscrite au registre de commerce du lieu d’exploitation, et un auteur, personne physique, identifiée par le service d’état-civil du lieu de résidence

En tant que partie co-contractante, l’auteur sous pseudonyme n’a donc pas de réalité juridique dans un cadre contractuel. Cependant, l’anonymat de l’auteur peut être affirmé dans une clause spécifique du contrat d’édition.

Cette clause en fixe la durée, les modalités de représentation par l’éditeur de l’auteur sous nom de plume, la place des ayants-droits et, d’une manière générale, tout ce qui relève de ses conditions d’application.

 

L’article 113-6 du code de la propriété intellectuelle

De ce point de vue, la réalité du pseudonyme a bien une valeur juridique. Elle s’exprime en particulier à l’article 113-6 du code de la propriété intellectuelle qui précise bien que les auteurs concernés par l’anonymat « sont représentés dans l’exercice de (leurs) droits par l’éditeur ou le publicitaire d’origine, tant qu’ils n’ont pas fait connaître leur identité civile et justifier de leur qualité. »

 

Générateurs de noms de plume ou de pseudos

Finalement, quelles que soient les tentatives de restriction dans ce domaine, l’usage d’un nom de plume a toujours un bel avenir devant lui. Il fait partie de l’acte de création lui-même. A preuve, le soin mis par les auteurs pour le choisir. Loin d’être neutre ou une fantaisie, il révèle une intention et une stratégie éditoriale.

Comme certains des exemples précités le montrent, cette stratégie peut devenir extrêmement complexe. Et c’est heureux.

En effet, plus elle est complexe, plus elle est révélatrice. Bien sûr, il faut souvent attendre pour connaître le fin mot de l’histoire, avec la clef que donne la découverte de la personne derrière le masque.

Mais, que faire quand on a tout essayé pour avoir l’inspiration et que rien n’a fonctionné ?

 

Comment trouver une idée de nom de plume ?

La solution est plus simple qu’on ne pense. C’est celle proposée par l’un des nombreux générateurs de pseudos comme, par exemple :

Il suffit de leur donner les préférences de l’auteur en panne de pseudo et suivant ces préférences, ils seront capables de faire des propositions ciblées.

 

 

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