Ah, non alors ! La vie est assez dure comme ça. Pas question de parler d’un élément perturbateur dans le roman que vous êtes en train d’écrire. Et vous avez bien raison. Sauf que votre roman comprend sûrement, quand même, un élément perturbateur ! Comment, comment ! Eh oui, l’élément perturbateur dont il s’agit, c’est, en fait, le truc qui lance votre histoire, qui lui donne du souffle, l’amène vers son point d’orgue, ou son climax, et ouvre le chemin à une possible nouvelle histoire. Oups, quelque chose d’important donc. Et si on peut bien faire les choses sans le savoir, par instinct en quelque sorte, on les fait mieux en sachant le pourquoi du comment. Dans un roman, il y a ainsi deux grandes catégories d’éléments perturbateurs et deux grandes façons de s’en servir.

Les deux grandes catégories d’éléments perturbateurs dans un roman

L’élément perturbateur dans un roman, définition

Pour mieux appréhender la catégorie à laquelle appartient un élément perturbateur dans un roman, il est utile de s’arrêter un instant sur la définition qu’on peut en donner. Pour faire court, c’est une des premières phases de tout schéma narratif. Rappelons que ce schéma comprend, en général, cinq étapes : la situation initiale, l’élément perturbateur, les péripéties, l’élément de résolution et la situation finale. 

Bref, l’élément perturbateur, c’est le truc qui plonge les héros dans une situation suffisamment inextricable pour les pousser à agir et à faire face à l’enchaînement des péripéties, jusqu’au dénouement final. Autrement dit, sans élément perturbateur, il n’y a tout simplement pas de roman.

Catégories d’éléments perturbateurs dans un roman

Tous les éléments perturbateurs ne se ressemblent pas. Certains sont totalement imprévisibles, c’est pourquoi on peut dire qu’ils viennent du Ciel, d’autres ne sont que le fruit de cogitations, plus ou moins prolongées.

 

Catégories d'éléments perturbateurs dans un roman
Catégories d’éléments perturbateurs dans un roman

 

Les éléments perturbateurs venus du Ciel

Ce sont les éléments perturbateurs qui tombent du « Ciel » sur la tête des héros sans qu’ils s’y attendent. La légende d’un oncle d’Amérique inconnu comme dans le roman autoédité de Vonette de Watten justement intitulé « L’oncle d’Amérique ».

Ou encore si on continue avec l’idée d’oncle d’Amérique, le leg incongru de l’oncle Georges, d’Amérique, bien sûr, à son neveu Harry. Dans « Harry est fou » de Dick King-Smith publié par Gallimard Jeunesse.

A l’origine du roman, le hasard donc, dans toutes ses dimensions. Lesquelles peuvent être pleinement positives ou carrément négatives. Mais, peu importe. L’élément perturbateur positif va nécessairement entraîner des évènements négatifs et inversement pour l’élément perturbateur négatif. Sans quoi, il n’y aurait pas de roman !

A tel point d’ailleurs que l’élément perturbateur fournit souvent le titre du roman !

Et on comprend bien aussi, Lemony Snicket, le héros des désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, de Daniel Handler, quand il dit que :

Le destin est comme un restaurant étrange et impopulaire, rempli de petits serveurs étranges qui vous apportent des choses que vous n’avez jamais demandées et que vous n’aimez pas toujours. 

Les éléments perturbateurs résultant d’une décision

Mais, les éléments perturbateurs ne viennent pas que du ciel. Ce serait trop simple ! Ils sont aussi le résultat des décisions de faire ou de ne pas faire des personnages de roman. C’est l’illustration même du libre arbitre propre à tout un chacun. Et, c’est l’exact contre-point de l’inévitable hasard qu’il y a en toute chose. 

Ces décisions de faire ou de ne pas faire peuvent être bien réfléchies ou spontanées. On a une belle illustration cinématographique de ces dernières dans le film « La Délicatesse » de David Foenkinos avec Audrey Tautou et François Damiens

 

La délicatesse
La délicatesse

 

C’est l’histoire du couple improbable formé par Nathalie et Markus. Elle commence, nous dit le synopsis, quand :

Subitement, Nathalie embrasse Markus, un de ses collègues. Sans qu’elle comprenne vraiment pourquoi. Or, Markus est un homme très atypique.

Et commence alors l’histoire et ses péripéties, son climax et sa moralité. 

Les deux grands emplois d’un élément perturbateur dans un roman

On l’aura compris, l’élément perturbateur est le moteur de tout roman. Car, en fait, il en déclenche et en alimente les péripéties. 

Que faut-il entendre par péripétie ?

Mais, au fond, c’est quoi une péripétie ? Pour les « définisseurs » professionnels, comme ceux du cnrtl, une péripétie, c’est :

Un évènement imprévu, un changement subit de situation affectant le déroulement narratif d’une oeuvre de fiction (théâtrale, romanesque, lyrique, cinématographique, etc.) et en soutenant l’intérêt.  

Bref, élément perturbateur ou péripétie, c’est la même chose. Mhmm ! Du moins, ça y ressemble. La péripétie a, d’évidence, des caractéristiques descriptives que n’a pas l’élément perturbateur en tant que tel. Pour cette raison, il s’énonce en quelques mots ou quelques phrases. La description de la péripétie vient après. 

Ce n’est pas tout. La péripétie peut se dérouler dans l’environnement du héros, mais aussi dans sa tête. Dans ce dernier cas, cela paraît certes moins évident, mais c’est tout aussi réel. D’extérieure la péripétie devient intérieure et peut prendre, par exemple, la forme d’une illumination ou d’une sensation extrêmement forte.

L’élément perturbateur déclencheur d’une série de péripéties

Le premier élément perturbateur qui apparaît dans un roman, c’est celui qui déclenche toute l’histoire. Il survient, en général, après la scène d’exposition. Celle qui décrit la situation initiale des principaux personnages du roman. Il peut prendre bien des formes, extérieures ou intérieures, vécues ou perçues par le héros ou les personnages principaux.

Dans les enfants du capitaine Grant, de Jules Verne, l’élément perturbateur initial arrive très vite. Dès les premières pages, l’auteur y expédie la pêche d’un requin et son depeçage, pour se concentrer sur la bouteille qu’on trouve dans son estomac. Après quelques lignes de suspens pour laisser planer un doute sur son état, place aux trois documents qu’on finit par trouver à l’intérieur et à leur déchiffrage. Bientôt, l’aventure peut commencer

Maintenant, mes amis, dit Glenarvan, continuons nos recherches. Nous sommes sur les traces d’une grande catastrophe. La vie de quelques hommes dépend de notre sagacité. Employons donc toute notre intelligence à deviner le mot de cette énigme. 

Et voilà ! Que dire de plus ?

 

Jules Verne
Jules Verne

 

L’élément perturbateur carburant des péripéties

Mais, naturellement de quoi alimenter les péripéties à venir ! Revenons à l’histoire racontée par Jules Verne. Après avoir déchiffré le message trouvé dans la bouteille, les personnages rentrent en Angleterre et Lord Glenarvan fait toutes sortes de démarches pour intéresser l’Amirauté à son projet d’expédition de secours.

Sans grands résultats jusqu’à ce qu’intervienne, au bout de quelques pages d’une nouvelle exposition concernant les protagonistes, un autre élément perturbateur. 

Ce jour-là, Lady Helena commença à être inquiète. Le soir, elle se trouva seule dans sa chambre, quand l’intendant du château, Mr Halbert vint lui demander si elle voulait recevoir une jeune fille et un jeune garçon qui voulaient parler à Lord Glenarvan.

Et hop, l’histoire se corse ! Une nouvelle péripétie s’annonce. Qui sont ces enfants, comment sont-ils arrivés jusque-là, etc. Et ainsi de suite jusqu’à la fin. D’élément perturbateur en élément perturbateur, agissant comme des coups réguliers d’aviron, propulsant l’histoire sur des eaux plus ou moins agitées, selon les circonstances.

 

L'élément perturbateur carburant des péripéties
L’élément perturbateur carburant des péripéties

 

Tout élément perturbateur est proche de la vie

En résumé, qu’est-ce que c’est qu’un élément perturbateur dans un roman ? Ni plus, ni moins que la vie avec ses aléas ! Autrement dit, on intégrera un élément perturbateur dans un roman d’autant mieux qu’on s’inspirera de la vie, et tout bonnement de sa vie même.

Raison pour laquelle, sans doute, Alfred de Musset a écrit dans « à quoi rêvent les jeunes filles » :

Tout le réel n’est pour moi qu’une fiction. 

 

Alfred de Musset
Alfred de Musset

 

Partant de là, il convient en premier lieu de veiller à ce que, dans son roman, l’enchaînement des éléments perturbateurs soit régulier, comme les coups de rame pour faire avancer un bateau d’aviron et que ceux-ci soient en nombre suffisant pour faire une histoire.

Tout en notant bien que cette histoire peut être aussi purement intérieure. Ou quasi intérieure. Comme elle l’est, par exemple, dans les romans de Virginia Woolf. Pour le reste, il est toujours utile de lire, ou de relire, de temps en temps, un guide du débutant pour écrire un livre ou un livre pour apprendre à écrire un roman.

L’objectif final étant, bien sûr, d’imprimer son livre. Ce qui, depuis l’avènement et le développement de l’autoédition, ne dépend plus, fort heureusement, des seules maisons d’édition. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.