16, 12 ou 80, combien y a-t- il de figures de style ? les auteurs finalement ne savent pas trop. Tout dépend. Tout dépend du public auquel on s’adresse. Collégiens, lycéens ou étudiants. La discussion sur ce thème peut vite devenir oiseuse. En tout cas, si on veut écrire un roman et l’enrichir avec des figures de style, il nous semble, pour notre part, que 6 est le bon chiffre. Celui des figures de style clefs.  Non pas qu’on ne puisse pas en utiliser davantage, mais avec 6 bien choisies on peut améliorer sensiblement un dialogue ou une description.

Comme l’une et l’autre constituent les  deux piliers de tout roman qui se respecte, on peut donc dire que ces 6 là sont bien les figures de style clefs,  incontournables, pour écrire un roman. Et par conséquent, si on les maîtrise bien, ce qui somme toute n’est pas si compliqué, on peut prendre comme habitude de veiller à placer au moins l’une d’entre elles dans toute description ou dialogue de son roman.

Commençons par rappeler les règles de base d’une description et d’un dialogue dans un roman.

Pourquoi faire une description dans un roman ?

Et d’abord, une description, c’est quoi ?

C’est un lieu, un moment, une pensée. En bref, un triangle. Avec une description, l’auteur indique où se passe l’intrigue qu’il développe, à quelle époque elle se déroule et quels en sont les  protagonistes.  

Ces trois axes permettent, comme on dit, de planter le décor. Ils s’accompagnent naturellement d’indications qui vont aider le lecteur à se représenter la fiction et à en faire quelque chose de réel.

D’une manière générale, ces indications appartiennent aux cinq sens : la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher. On parle alors de description sensorielle

Un bon exemple de description sensorielle est donné par ce passage tiré des Misérables de Victor Hugo :

La rue était sombre, humide et bruyante ; les pas résonnaient sur les pavés, tandis qu’une odeur de fumée et de boue montaient des caniveaux.

Le goût n’y est pas et la scène reste sommaire, mais avec son peu d’éléments, elle parvient quand même à créer une atmosphère à laquelle nul lecteur ne peut être indifférent.

Une description, ça sert à quoi ?

La pension Vauquer - coollibri.com
La pension Vauquer – coollibri.com

On vient d’écrire, « à planter de le décor« . On voit à peu près ce que cela peut signifier. « à créer une atmosphère« .  De même. Usons d’une litote, tout cela n’est pas faux, mais encore ?  

Le rôle d’une description, c’est aussi plus que ça. On veut ralentir le développement d’une intrigue, laisser au lecteur le temps de souffler, rien ne vaut pour ce faire une bonne description. Notons que ce temps de respiration vaut aussi pour l’auteur. 

Veut-il au contraire lui donner un coup de fouet, alors vive l’hypotypose ! L’auteur embarque alors ses lecteurs sur les sièges d’un cinéma dynamique. Ils se croiraient presque au cœur de l’action décrite. Les phrases sont courtes. Les verbes d’action se bousculent. Le présent domine. Mais pas toujours.

Voilà comment le roi de la description, Balzac décrit madame Vauquer, de la pension Vauquer, dans le Père Goriot. Ce n’est pas haletant, mais, on s’y croirait. :

Sa figure fraîche comme une première gelée d’automne, ses yeux ridés, dont l’expression passe du sourire prescrit aux danseuses à l’amer froncement du sourcil de l’avare, enfin toute sa personne explique la pension, comme la pension implique sa personne. La bagne ne va pas sans l’argousin, vous ne sauriez imaginer l’un sans l’autre. L’embonpoint blafard de cette petite femme est le produit de cette vie, comme le typhus est l’effet des exhalaisons d’un hôpital. Son jupon de laine tricotée, qui dépasse sa jupe faite d’une vieille robe, et dont la ouate échappe par les fentes de l’étoffe lézardée, résume le salon, la salle à manger, le petit jardin, annonce la cuisine et fait pressentir les pensionnaires. 

Superbe, non ! Pas étonnant que Balzac puisse être considéré comme un auteur classique.

Trois  figures de style clefs pour faire une description

Elles appartiennent à deux grands catégories de figures de style, les figures d’amplification et d’intensité, pour l’une, l’accumulation, et les  figures d’analogie ou de ressemblance, pour les deux autres, la métaphore et la personnification. On peut analyser la citation précédente de Balzac à la lumière de cette grille de lecture. 

L’accumulation

D’évidence, l’accumulation y prédomine. Ce qui n’est pas le cas avec la citation de Victor Hugo. L’accumulation y suit un schéma en forme d’entonnoir. Du détail le plus petit au détail le plus grand. Ce qui n’empêche pas que l’ensemble soit entièrement centré sur le portrait de Madame Vauquer.

Il commence ainsi par le visage, puis comme dans une sorte de crescendo musical, avec toutefois une variation psychologique sur sa personne, passe au corps, à l’habillement et enfin à la pension elle-même. 

Immersive, la description de Balzac joue également sur plusieurs sens. La vue, bien sûr et principalement. Mais l’odorat, aussi, avec les exhalaisons d’un hôpital. Les autres sens, le goût, le toucher et l’ouïe, n’étant que suggérés. 

Rappelons que l’amplification dont l’accumulation est la figure clef pour une description peut se transformer en hypotypose avec les effets vus plus haut. Ou encore en hyperbole. Mais, ces ceux dernières figures ne sont plus vraiment des figures clefs et incontournables.

La métaphore 

C’est la principale figure de l’analogie et de la ressemblance. Cependant, à la différence de la comparaison,  elle ne commence jamais  par « comme ». Ce qui en fait une figure de style un peu plus sophistiquée. En tout cas, moins banale. De plus, elle peut être filée, c’est-à-dire courir sur plusieurs phrases, voire même tout un texte. 

Un des meilleurs exemples de métaphore tirée de la littérature, c’est dans Cyrano de Bergerac, la tirade du nez, bien connue, d’Edmond Rostand. Décrivant son nez, Cyrano de Bergerac, le présente ainsi  : 

C’est un rocher ! c’est un pic ! c’est un cap ! / Que dis-je, c’est un cap ? … C’est une péninsule !

Au passage, ou aura reconnu un bel exemple de métaphore filée.

La personnification 

C’est une figure de style bien commode. Elle appartient comme la métaphore à la catégorie des figures de style de l’analogie et de la ressemblance. Qu’apporte-t-elle au juste ? 

Décrire un objet, un animal, une idée, n’est pas toujours facile. La description peut être plate, sans saveur et sans odeur. Bref, sans relief. Ennuyeux même quand on tient particulièrement à cet objet, à cet animal ou à cette idée. 

Les personnifier, c’est souvent la seule solution acceptable. On donne aux uns et aux autres des caractéristiques, des comportements ou des sentiments humains. Ils en deviennent plus visibles et surtout on comprend mieux ainsi ce que l’auteur veut dire.

On en a un très bel exemple avec « La ferme des animaux » de George Orwell, l’auteur de « 1984« . Preuve de l’intérêt du procédé, tout son livre est construit sur la personnification.

Ce faisant il décrit tous les travers des idées qui dominent le monde occidental depuis des décennies mieux que ne l’aurait fait n’importe quel un essai. Et cela de manière accessible à tous les lecteurs. La dernière phrase du livre, l’excipit, en résume tout l’esprit et le déroulement du schéma narratif : 

Les animaux du dehors couvaient du regard les cochons et les hommes, les hommes et les cochons, puis à nouveau les cochons et les hommes ; mais déjà il était impossible de dire qui était qui.

Pourquoi faire un dialogue dans un roman ?

Une description ralentit, un dialogue accélère. Tels pourraient être en résumé les rôles respectifs d’une  description et d’un dialogue dans un roman. Accélérer et ralentir quoi ? Le rythme de l’intrigue, cela va sans dire. Question de forme et de formulation. 

Un dialogue fait entrer directement le lecteur dans l’action alors qu’une description le confine dans un rôle de spectateur. Autrement dit, le dialogue est le pendant nécessaire de la description. Evidemment, ils n’ont pas forcément le même poids.

Il y a des romans qui, décrivent beaucoup l’intériorité des personnages et leur environnement et d’autres qui parlent beaucoup. Si on prend par exemple l’œuvre d’Amélie Nothomb, les dialogues en constituent pratiquement 70 à 80 % du contenu. 

Un dialogue, ça sert à quoi ?

La Joconde  - coollibri.com
La Joconde  – coollibri.com

Le résultat est naturellement très théâtral. Au point qu’on a pu dire que chez Amélie Nothomb, le dialogue, c’est la scène où s’affrontent les personnages et la description, le décor, mais un décor minimaliste.

Le dialogue y étant prédominant, les mots y sont ciselés et les figures de style spécifiques y abondent. Un bel exemple en est donné dans son premier roman, « Hygiène de l’assassin« , où un vieil écrivain cynique y affronte une jeune journaliste venue l’interroger.

Les mots fusent et éclatent comme des bombes de feu d’artifice, ce qui donne à la narration une vivacité incomparable, comme on peut le voir dans l’extrait ci-après : 

-Pourquoi avez-vous toujours refusé de vous faire photographier ? – Je suis laid. -Et alors ? Il y a plein de laids qui se font photographier. -Ils ont tort. Je ne vois pas pourquoi j’imposerais ma monstruosité aux autres. – La laideur est subjective. -La stupidité aussi, la preuve :  vous venez de prononcer cette phrase. -Merci pour le compliment. -De rien. La laideur n’est pas subjective, mademoiselle. Elle est éclatante. La beauté est contestable : il y a des gens qui trouvent la Joconde moche. Mais, la laideur, non. Devant un visage hideux, tout le monde est d’accord. -C’est faux. On peut trouver du charme à la laideur. -Du charme ! Quel mot hideux. Le charme c’est la beauté des laids, la consolation des ratés, l’esthétique des pauvres d’esprit. 

Voilà résumée en 6 lignes une discussion sur ce qu’est la beauté qui s’étale en général sur un certain nombre de pages. Sans être plus éclairant. Magie du dialogue et de ce qu’il suggère.

Cela dit, notons que trois figures de style sont particulièrement adaptées au dialogue : l’anaphore, l’antithèse et la gradation 

Trois figures de style clefs du dialogue

On y distingue deux figures d’accumulation, avec l’anaphore et la gradation quand elle est montante, une figure d’opposition avec l’antithèse et une figure d’atténuation quand la gradation est descendante.

L’anaphore

C’est simple, l’anaphore permet de se répéter. Autant de fois que l’on veut et si possible en début de phrase ou de proposition. Qu’est ce que ça traduit ? 

En général, quand on a recours à l’anaphore, c’est qu’on est submergé par l’émotion. Et, en littérature, les personnages à qui on fait aligner les anaphores veulent marquer les esprits,  s’imposer dans une discussion ou marteler leur point de vue.

En tout cas, l’anaphore donne inévitablement du rythme à un dialogue. 

Dans Germinal, Zola s’en sert pour renforcer l’expression du ressentiment des mineurs quand il met en scène un échange au sein de la famille Maheu :

On nous coupe les prix, on nous impose des amendes, on nous accuse de mal faire le travail ! Qu’est ce que vous voulez qu’on y fasse ? répondit la Maheude avec un soupir.

L’antithèse

La aussi, c’est simple. Dans un même énoncé on affirme une chose et son contraire. On voit bien tout l’intérêt que cela présente pour construire un dialogue. Un dialogue où tout le monde est d’accord n’est pas très intéressant.

Dans l’exemple donné plus haut, tiré du roman Hygiène de l’assassin de Amélie Nothomb tout l’échange entre le vieil écrivain et la journaliste est fondé sur l’antithèse.

Ce qui lui donne son caractère particulièrement détonnant. A noter que l’antithèse ne se limite pas nécessairement à une phrase, mais qu’elle peut aussi structurer tout le roman.

La gradation

Dernière figure clef du dialogue, la gradation. C’est bel et bien une figure d’intensité. Elle est montante ou descendante. Elle obéit à un ordre précis, c’est ce qui la différencie de l’accumulation. 

Dans son roman « Enfant de salaud », Sorj Chalandon, rapporte un échange houleux entre un père avec un lourd passé sous l’Occupation, et son fils : 

-Tu as menti -J’ai arrangé les choses … -Tu as menti, tu as trahi, tu as détruit tout en en quoi je croyais !

La gradation, naturellement ascendante, est sans appel. A la fin de l’échange, c’est la rupture. 

Comment s’assurer du bon emploi des figures de style clefs avec une IA

Un rapide décompte permet de lister 22 grandes figures de style se répartissant en 7 catégories. Il n’est évidemment pas commode pour un auteur n’ayant pas bénéficié depuis longtemps d’une fréquentation assidue avec celles-ci de les employer à bon escient.

S’appuyer sur une sélection de figures de style clefs  en fonction de ce qu’on recherche, description ou dialogue, est une première étape essentielle. Mais ce n’est sans doute pas suffisant. 

Soumettre son texte à une IA comme Claude ou Vibe peut être un bon complément à cette étape. A condition de bien l’orienter en rédigeant un « prompt » approprié. Comme par exemple :

Indique moi les passages que je pourrais enrichir avec une figure de style telle qu’une accumulation, une métaphore, une personnification, une anaphore, une antithèse et une gradation.

L’expérience ne manquera pas d’être vivifiante.

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