Quel plaisir que de frissonner par la lecture. Vous savez, cette tension insoutenable qui vous emporte sans que vous ne puissiez rien y faire et qui vous pousse à ne pas refermer votre livre. Cette angoisse sourde qui perdure parfois passé le moment de la lecture, et qui vous donne la sensation que l’imaginaire pourrait tout à fait se mêler à la réalité.

La littérature d’horreur se construit comme toutes les littératures. Avec le développement d’un prologue, l’installation d’une ambiance et l’apparition progressive des différents personnages. Malgré tout, faire peur par l’écriture est un travail délicat, indissociable d’un processus créatif très strict.

 

Les conseils du maître de l’horreur 

Interrogé sur ce fameux processus créatif, Stephen King a dévoilé au grand public une vingtaine de conseils d’écriture. Des réflexions issues d’une longue carrière couronnée de nombreux succès

Au-delà de l’environnement de travail et du rythme d’écriture, l’auteur de Ça et de Simetierre nous offre notamment trois conseils principaux.

  • Travailler soigneusement l’introduction.  Elle est en effet essentielle pour donner envie de poursuivre la lecture. L’histoire devrait commencer le plus rapidement possible et plonger directement le lecteur au cœur de l’action.

 

  •  Limiter le niveau de détails des passages descriptifs. Tout est question d’équilibre. L’équilibre entre l’univers conçu par l’auteur et l’imagination du lecteur. Dans la littérature d’horreur tout particulièrement, l’imagination joue en effet un rôle de premier plan.

 

  • Abandonner certains passages, même parmi les passages préférés. On préférera se focaliser sur le rythme quitte à abandonner des passages plus longs et bien écrits. Stephen King nous explique en effet qu’il convient à l’auteur de s’effacer derrière ses écrits. L’effet proposé et le développement de l’action doivent rester des priorités.

 

CItattion Stephen King
Stephen King

 

La description commence dans l’imagination de l’écrivain mais devrait se terminer dans celle du lecteur.

Stephen King.

 

Le schéma narratif de la littérature d’horreur

Le schéma narratif d’une histoire d’horreur ne diffère en rien des autres genres comme les nouvelles littéraires. Vous voulez construire un récit structuré, compréhensible et qui tienne le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page. Toutes les nuits noires et tous les fantômes tourmentés du monde ne feront que très peu d’effet sans un schéma narratif soigneusement élaboré.

Pour une histoire à glacer le sang, vous veillerez à respecter cinq étapes fondamentales :

  • La situation initiale.
  • L’élément perturbateur.
  • Les péripéties.
  • Le dénouement.
  • La situation finale.

 

J’établis l’atmosphère

Dès les premières pages, l’atmosphère initiale permet de planter le décor et d’établir les motivations des différents personnages.

C’est le moment de puiser dans vos propres peurs et de poser quelques questions autour de vous.  Qu’est-ce qui fait généralement le plus peur aux gens ? Si certaines craintes sont plutôt loufoques, on  parviendra difficilement à créer un roman d’horreur à partir de la phobie des canards par exemple (quoi que ?), certains thèmes reviennent de manière récurrente.

  • La mort.
  • La violence.
  • L’insécurité.
  • La folie.
  • La solitude.
  • L’inconnu.

 

"La Maison Hantée" de Shirley Jackson.
« La Maison Hantée » de Shirley Jackson.

 

On veillera généralement à écrire une histoire qui nous semblera effrayante à titre personnel. Cela nous permettra d’explorer plus en profondeur les mécanismes de la peur, et de définir ce que nous ferions nous-mêmes si nous étions à la place des protagonistes.

Un homme avec une hache en bordure de forêt, en pleine nuit ? Un grattement à la porte de votre chambre alors que vous vous pensiez seul ?

 

Côté lieu, le choix est vaste. Les endroits classiques vous ramèneront vers une vieille maison abandonnée, un bâtiment désaffecté qui portera encore quelques traces de violence, le tout par temps orageux et de préférence la nuit s’il vous plaît. Mais votre propre parcours et votre propre sensibilité vous conduiront certainement dans d’autres endroits tout à fait nouveaux.

Une fois l’atmosphère esquissée, on cherchera généralement à aller plus loin. Rester coincé dans un ascenseur ? Et si l’on était en plus coincé avec un mort ? Et si l’arrêt brutal de l’ascenseur n’était pas simplement dû à un problème technique ?

 

Vous créez ainsi au fil des pages une forme d’accumulation des événements qui permettra de faire grimper la tension. L’idée étant de garder en tête le point culminant tout au long de l’écriture. 

Et finalement, plutôt description soignée des personnages et des événements ? Plutôt plongée directe au cœur de l’action à la manière Stephen King ? Le choix vous appartient. Mais les personnages devront forcément affronter leurs peurs à un moment ou un autre. 

 

J’installe mes personnages

Bon, et ces personnages d’ailleurs, à quoi ressemblent-il ? Qui sont-ils et comment en viendront-ils à traverser l’enfer ?

Quel que soit le genre littéraire, on apprécie toujours les personnages uniques dotés de certains traits de caractère reconnaissables. Chez Stephen King, on retrouve généralement des personnages désabusés face à la vie ou des enfants savoureusement débrouillards. Poe offre au contraire toute leur place aux personnages tourmentés, luttant en permanence entre la folie et la dépression.

 

Livre "Le Cœur Révélateur" d'Edgar Allan Poe.
« Le Cœur Révélateur » d’Edgar Allan Poe.

 

Réfléchissez soigneusement pour chacun à leur nom, leur âge, leur description physique, leur parcours. Il pourra être utile de vous aider d’un logiciel d’écriture pour séparer lisiblement la personnalité de chacun.

 À noter que tous n’auront pas la même place dans votre histoire.

De manière générale, la littérature d’horreur repose sur des situations que l’on cherchera à rendre les plus réelles possible. Même face à du surnaturel, même face aux pires créatures de la nuit, il faut toujours garder un ancrage dans le concret. Cela afin de décupler la peur.

Créer des personnages réels aidera également vos lecteurs à s’identifier et à ressentir davantage d’empathie. 

Leurs intérêts devront toujours être clairement définis. Comprenez par là que le lecteur doit comprendre quelles seront les conséquences si tel personnage en venait à prendre telle décision plutôt qu’une autre. C’est en sachant ce qu’il est possible de perdre, quels sont les risques, que pourront se créer la peur ou l’anxiété.

Et puis pour jouer avec les émotions, on laissera à nos protagonistes le soin de prendre quelques mauvaises décisions. Quelques mais pas trop. Il faut rester crédible et certainement pas prévisible.

 

Le méchant de l’histoire

Qui dit littérature d’horreur dit forcément antagoniste, à l’opposé du héros (comment créer un héros) classique de roman. Bourreau, créature démoniaque, simple entité peut-être…  On cherchera comme toujours l’originalité.

Pour autant, ne fermez pas trop tôt la porte sur les traditionnels vampires ou zombies. Essayez de leur apporter une petite touche différente qui saura faire souffler un vent de fraîcheur sur des mythes largement connus.

 

Livre "Ça" de Stephen King.
« Ça » de Stephen King.

 

L’occasion pour vous de passer en revue tous les personnages que vous avez croisés dans vos lectures. Ceux qui ont peuplé vos soirées films d’horreur, peut-être même ces inconnus que vous avez croisés et qui vous ont laissé une impression tenace. 

Toute la panoplie des vices et des défauts existants se tient à votre disposition.

Et dans un second temps, vous penserez également à mettre en place un mobile crédible. Jalousie, vengeance, folie… Une résolution décevante aura toujours tendance à atténuer l’angoisse, vous ne trouvez pas ?

 

L’élément déclencheur

On y est ! La situation initiale n’était déjà pas forcément heureuse. Mais voici qu’un événement dramatique ou perturbateur vient tout bouleverser.

Une disparition ? Des empreintes de pas autour d’une maison ?  Des chuchotements en pleine nuit au pied du lit ?

 

Livre "Winter People" par Jennifer McMahon.
« Winter People » par Jennifer McMahon.

 

C’est à ce moment-là que la curiosité du lecteur sera vraiment mise en éveil. Et qu’il avalera les pages et les chapitres sans même s’en rendre compte !

Nous approchons de la fin de son septième jour, mais ma petite fille reste tapie dans la pénombre. Elle est là, puis disparaît sans prévenir.
J’ai pu constater qu’elle était très pâle, avec les yeux cernés et vêtue, comme ce matin où elle est partie chercher son père, de sa robe bleue, de ses bas en laine et de son petit manteau noir. Ses cheveux sont emmêlés. Elle a les joues maculées de terre. Il émane d’elle une odeur de brûlé, celle d’une bougie qu’on vient de souffler. Elle fait peur à Shep. Il fixe parfois les ténèbres en grognant, les poils du cou hérissés.
Depuis que j’ai fini d’écrire notre histoire, je lui parle, lui fredonne des chansons, je fais tout pour l’inciter à se montrer. Tu te rappelles ? lui dis-je. Tu te rappelles ?

Jennifer McMahon.

 

Les péripéties dans la littérature d’horreur

Une péripétie après l’autre, la tension se crée. Ce sont les péripéties qui donneront toute sa substance à la littérature d’horreur, et il faut qu’elle soit nombreuses !

Pour maintenir le lecteur en haleine, il faut varier les plaisirs. Alternez entre scènes de violence, scènes calmes où le lecteur pourra reprendre son souffle et scènes d’entre-deux où il ne se passera rien mais où tout restera possible.  

Ce type de scène peut donner lieu à de longues descriptions insistant par exemple  sur certains aspects particulièrement forts.

 

Une horloge dont le tic-tac résonne dans le silence. Un escalier grimpant vers un premier étage plongé dans la pénombre. Un couloir avec une porte fermée sur une pièce dont on préférerait ne pas percer les secrets.

Il faut que les cœurs s’emballent ! Il faut qu’un soupçon d’horreur fasse son apparition alors que l’on se croyait à l’abri.

 

Livre "Le Horla", par Guy de Maupassant.
« Le Horla », par Guy de Maupassant.

 

La littérature d’horreur partage en ce sens beaucoup avec les films de suspense.

Vous n’oublierez pas de glisser çà et là quelques petits indices qui permettront une bonne compréhension lors de la résolution finale. 

Ou bien quelques éléments que vous ferez passer comme indispensables mais qui n’auront d’autre but que d’égarer le lecteur. La série Game of Thrones a régulièrement eu recours à ce procédé !

 

La fin dans un livre d’horreur

Petit à petit, action après action, les personnages progressent dans l’histoire. Parfois ils reculent, parfois ils font des découvertes, mais ils vous emmènent systématiquement au moment de la résolution.

Le point culminant sera le résultat d’une accumulation de détails mis en place tout au long du récit.  

Le personnage principal pourra alors avoir un moment de clarté. Les éléments qu’il comprendra faciliteront également la compréhension du lecteur.

 

Le moment de la résolution devra idéalement être inattendu mais cohérent avec les différents indices disséminés au fil des pages. 

Pour autant, qui dit moment de clarté ne dit pas forcément fin heureuse. Le méchant ne sera pas forcément vaincu. L’entité ne sera pas forcément chassée de la maison. Le personnage principal pourra même mourir qui sait.

Le lecteur pourra tout à fait refermer le livre en ayant que la moitié des réponses à ses questions. C’est ainsi que l’imagination fait ensuite son œuvre, et que votre histoire saura s’ancrer durablement dans les esprits.

 

Livre "The Yellow Wallpaper" par Charlotte Perkins Gilman.
« The Yellow Wallpaper » par Charlotte Perkins Gilman.

 

Si vous préférez opter pour une fin fermée, vous veillerez en revanche à toujours laisser planer une certaine part de doute. Dans la littérature d’horreur, les questions et les interprétations ont un pouvoir extraordinaire. 

 

Littérature d’horreur et faits réels

Bon nombre de légendes puisent leur source dans des histoires vraies. Le conte (les bases pour écrire un conte) Barbe-Bleue de Charles Perrault est ainsi inspiré du roi Henri VII qui avait fait tuer deux de ses épouses infidèles. Charles Perrault va un peu plus loin dans l’intrigue en imaginant un cabinet secret interdit à la nouvelle épouse de Barbe-Bleue, et où sont entassés les corps des nombreuses femmes que le protagoniste principal avait déjà égorgées.

L’incontournable Dracula de son côté s’appuie sur un certain Vlad Tepes dit « l’empaleur », connu pour être un sanguinaire prince transylvanien qui avait tendance à empaler ses ennemis sur des pics.

Mais ce qu’il y a d’extraordinaire avec la littérature d’horreur, c’est qu’elle peut prendre n’importe quel point de départ. On ne le sait pas toujours, mais plus de la moitié des œuvres de Stephen King (encore lui !) ne comporte ni surnaturel, ni meurtrier assoiffé de sang.

 

Livre "Cujo" par Stephen King.
« Cujo » par Stephen King.

 

Cujo nous raconte l’histoire d’une femme et de son fils tombés en panne au milieu de nulle part, un saint-bernard enragé prêt à les déchiqueter s’ils osaient sortir de la voiture.

Jessie nous parle d’une femme menottée à son lit, son mari mort à ses pieds, livrée à elle-même jour après jour dans sa maison de campagne sans possibilité de se détacher. 

La situation la plus anodine peut devenir absolument traumatisante. Peut-être les histoires les plus simples seront-elles d’ailleurs celles qui laisseront les impressions les plus marquantes ?

 

Littérature d’horreur et paranormal 

Des bruits de pas dans un couloir. Une machine à écrire qui se met à taper toute seule. Une porte de placard qui s’ouvre en grinçant. 

 

Livre "Nuit d'été" par Dan Simmons
« Nuit d’été » par Dan Simmons.

 

Les codes du paranormal sont nombreux et ils font généralement leur petit effet.

Peut-être avez-vous vous-même déjà vécu quelque chose ? Vous a-t-on raconté une expérience étonnante ? 

Une fois encore, n’hésitez pas à prendre pour point de départ une situation réelle, et à exagérer le tout.

 

Quelques histoires à ne pas manquer !

N’hésitez pas à vous inspirer de quelques classiques du genre pour un récit d’horreur que l’on n’oubliera pas de sitôt ! Quelques titres incontournables à ajouter à notre liste ?

  • Une Rose pour Emily, par William Faulkner.
  • Fog, par James Herbert.
  • La Patte de Singe, par W.W Jacob.
  • Dracula, par Bram Stoker.
  • La Foire des Ténèbres, de Ray Bradbury.
  • Les Montagnes Hallucinées, par H.P Lovecraft.
  • Beloved, par Toni Morrison.
  • La Compagnie des Loups et autres nouvelles, par Angela Carter.
  • The Changeling, par Victor LaValle.
  • Viens Plus Près, par Sara Gran.
  • Rosemary’s Baby, par Ira Levin.
  • La Maison des Feuilles, Mark.Z Danielewski.
  • Ring, par Koji Suzuki.
  • Hell House, par Richard Matheson.
  • Haunted, par Chuck Palahniuk.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.