Tous les auteurs le savent bien, passée la première phase d’exaltation, l’écriture d’un premier roman est vite recouverte par l’ombre des doutes. Ce faisant on utilise là une figure de style. C’est une figure dite d’analogie. Son but est de renforcer l’effet de ce qu’on veut dire. Normalement, elle doit parler à l’imagination de tout auteur. Celui-ci doit imaginer sa prose devenir soudainement brumeuse.  Conséquence des doutes qui l’envahissent et qui nuisent à l’intérêt de ce qu’il écrit, ses phrases lui semblent ne plus avoir de sens.

On aurait tout aussi bien pu écrire que l’écriture d’un premier roman suscite vite chez son auteur l’envie de tout arrêter quand il se met à douter de l’intérêt de ce qu’il veut écrire. C’est clair et c’est net. Mais c’est aussi beaucoup plus plat et cela ressemble à un procès verbal de gendarmerie. Si le thème est celui des conditions à remplir pour améliorer son écriture, pas sûr qu’on soit tenté d’en poursuivre la lecture. Alors que « l’ombre des doutes se répandant sur des pages blanches qu’on peine à noircir », ça a quand même une autre allure !

Et surtout, tout compte fait, ça pousse à vouloir à faire pareil. C’est à ce moment là, en effet, qu’on prend conscience en tant qu’auteur que les figures de style qui peuplent, notamment, les écrits des auteurs classiques ne sont pas de vains jeux d’écriture. Tout d’un coup, on comprend que c’est sans doute une des raisons pour lesquelles ils sont qualifiés de classiques et qu’on continue à les lire et à les citer en exemple.

Alors comment s’y prendre pour glisser des figures de style dans sa prose sans que cela devienne un pensum ?

Ne pas avoir peur des figures de style

Hyperbole, antonomase, oxymore, métonymie, litote, synecdoque, etc…, on en convient ça peut faire peur. Et ce n’est là qu’une petite fraction des figures de style. Qu’on appelle aussi figures de rhétorique ou figure de discours. Il y en a bien d’autres

De quoi décourager tout auteur débutant ou presque si avant d’écrire il faut obtenir une sorte de certificat en figure de style. C’est humain. Mais, ces appellations ne sont que des étiquettes.

Rôle des dénominations des figures de style

Elles sont là pour faciliter l’identification des figures de style. Et leur nombre, ou plus précisément leur diversité, a quelque chose de plutôt rassurant. De fait, l’existence de tous ces modèles donne à chacun la possibilité de trouver chaussure à son pied. 

Evidemment, comme dans tout magasin d’accessoires, il faut farfouiller un peu. Cela peut prendre du temps, certes, mais en tout cas, il n’y a pas là de quoi avoir peur. 

Et pour commencer, pour bien comprendre qu’il y a au fond une figure de style pour une multitude de situation, rien ne vaut un petit détour par une classification basique. Il y en a plein sur internet.

Puis si on en a le courage, on peut aussi s’amuser à les repérer chez ses auteurs préférés. Pour ce faire, on prend un de leurs ouvrages, on l’ouvre à n’importe quelle page et on feuillette le volume que l’on tient en mains jusqu’à ce qu’on tombe sur l’une d’entre elles.

Au demeurant, c’est un belle façon de s’intéresser à ces auteurs d’un point de vue plus stylistique que narratif. Cela peut toujours être utile. 

Comment s'exercer au repérage des figures de style - coollibri.com
Comment s’exercer au repérage des figures de style – coollibri.com

Comment s’exercer au repérage des figures de style

Prenons un roman comme Jane Eyre de la célèbre autrice classique anglaise Charlotte Brönte. Ouvrons le, par exemple, à la page 288 de l’édition Bragelonne, de 2022. Et hop, surgissent deux figures de style des plus courantes de la catégorie figures de substitution, ou synecdoque, en l’occurrence du type pars pro toto. Concentrons nous sur l’une d’entre elles. 

Dans le dernier tiers de la page, on découvre ainsi la phrase où un des personnages déclare :

Je ne connais aucun des messieurs ici. C’est à peine si j’ai échangé une parole avec l’un d’eux.

En général, une conversation comprend un peu plus qu’une parole. On est bien ici en présence d’une figure de substitution, d’une synecdoque, si on préfère, ou une partie, « la parole » se substitue au tout « la conversation ».

Substitution ayant pour effet de souligner la vacuité de la dite conversation. A noter que ce n’est néanmoins pas toujours le cas. Quand on donne sa parole, c’est en effet lourd de sens et, en l’occurrence, certainement pas l’expression d’une vacuité.

Et ce qui ne gâche rien, L’histoire de Charlotte Brontë racontée par une autre autrice anglaise de son temps et tout aussi réputée, Elizabeth Gaskell, est aussi une belle histoire romanesque dans le genre tragique. En tout cas, qui en dit long sur la liberté d’expression à toutes les époques.

Eviter les mauvais emplois

Prendre acte de toutes les figures existantes

Pour bien jouer avec les synecdoques et autres euphémismes, il faut naturellement commencer par en faire le tour sans chercher pour autant à vouloir en être spécialiste. C’est facile. Il ne s’agit au fond que de reconnaissance. Comme on peut le faire avant de partir en voyage ou pour toute autre chose. Du shopping, par exemple ! 

Justement, poursuivons avec une nouvelle métaphore, il est conseillé de ne pas se tromper de « boutique. » Mais comme il s’agit d’une mauvaise métaphore, elle nécessite une explication. C’est pourquoi on ajoute à la suite « autrement dit« .

Autrement dit, une figure de style employée à mauvais escient obscurcit le sens qu’on veut donner à une phrase plutôt qu’elle ne l’éclaire.  En l’occurrence, on veut dire ici  « ne pas se tromper de type de figure de style » ou  » l’employer correctement ».

Tester la validité de l’emploi d’une figure de style avec une formule

Il y en a surement d’autres, mais si on éprouve le besoin après avoir utiliser une figure de style quelconque de la faire suivre de la formule « autrement dit » ou « c’est-à-dire », c’est qu’apriori elle ne se suffit pas à elle-même. 

Dans ce cas, on peut légitimement se demander si son emploi est bien utile. Bref, une figure de style parle d’elle-même et ne nécessite pas d’explication complémentaire.

Quand on dit à quelqu’un de faire attention au pied de la table, ce qui est à la fois une métaphore et une synecdoque, on ne va pas entrer dans toutes sortes d’explications pour qu’il comprenne de quoi il s’agit.

Certes, on triche un peu, car l’expression est passée dans le langage commun, mais quoi qu’il en soit elle aide bien à comprendre ce que l’on veut dire. La faire suivre de la formule test évoquée ci-dessus serait, en fait, d’un parfait ridicule.

Exemple de mauvais emploi d’une figure de style

Que penser d’un médecin qui dirait à son patient « ce n’est pas une bonne idée d’ignorer ces symptômes ». La figure de style est bien reconnaissable, il s’agit d’une figure d’atténuation.  Mais que veut-il dire exactement ? Est-ce grave docteur ? 

On voit bien avec cet exemple que la litote, car il s’agit ici d’une litote, est pernicieuse et peut même conduire si on n’y fait pas attention à négliger un état de santé qui peut être problématique.

A noter qu’on peut avoir aussi l’inverse. Au lieu d’une litote le médecin peut aussi se laisser aller à l’emploi d’une malencontreuse hyperbole

Le fait que la figure de style utilisée  par le médecin nécessite des explications la disqualifie. Bien d’autres exemples tirés de la vie courante, peuvent illustrer leur mauvais usage. Tous se signalent par le même résultat. Une mauvaise appréciation d’une situation.

Ajoutons que sur un plan littéraire, ces emplois inappropriés sont le ressort de beaucoup de scènes comiques. Il suffit pour s’en convaincre de relire certaines des pièces de Molière, dont précisément le Médecin malgré lui.

Se concentrer sur les figures qu’on maîtrise bien 

Se concentrer sur les figures qu'on maîtrise bien  - coollibri.com
Se concentrer sur les figures qu’on maîtrise bien  – coollibri.com

Bannir les pléonasmes

C’est une des figures de style les plus faciles à « utiliser », ou plus exactement à repérer et à éliminer. C’est la figure qui consiste à répéter deux fois, voire plus, la même chose au cas où le lecteur ou, d’une manière générale, l’interlocuteur, n’aurait pas compris. 

Ainsi du fameux « jour d’aujourd’hui », où l’utilisateur répète trois fois la même chose et le non moins fameux « descendre en bas » ou « monter en haut ». Ces expressions peuvent certes paraître sympathiques, mais elles témoignent surtout d’une maîtrise approximative de la langue française.

Ce qui en soi n’est pas dérangeant et ne l’est finalement que lorsqu’on a la prétention d’écrire. Un peu comme l’orthographe.  Tout auteur le sait, ou devrait le savoir, mais un manuscrit écrit sans aucun souci de celle-ci n’a aucune chance d’être publié par une maison d’édition digne de ce nom.

La multiplication des pléonasmes a un peu le même effet que la multiplication des fautes d’orthographe.

Choisir des figures de style faciles à utiliser

Pour mettre en pratique les résolutions prises dans ce domaine, on peut, par exemple, décider que les prochains textes devront comporter au moins une figure de style toutes les deux pages – ce n’est pas la mer à boire – à choisir dans une présélection de trois types de figure qu’on aime bien et qui ont de l’allure.

« la mer à boire » est une figure d’exagération, sous-catégorie hyperbole, on comprend tout de suite ce qu’on veut dire par là. On peut s’essayer aussi aux oxymores, figures d’opposition. C’est toujours sympa de décrire un paysage bénéficiant de l’obscure clarté d’une nuit étoilée.

Ce qui n’est pas mal non plus c’est la litote. Je ne devrais pas le dire, mais ne pas utiliser des figures de style, c’est quand même pénalisant pour un auteur qui veut être un lion de la littérature. Ici la litote est suivie d’une métaphore. Pas terrible, d’ailleurs !

Mettre des figures de style dans un roman

En définitive, comment faire pour agrémenter un  texte avec des figures de style. En fait, ce peut peut-être très simple si elles ne viennent pas naturellement au moment de l’écriture. 

Il suffit d’écrire un premier jet et quand on le relit de pointer les phrases qui pourraient être améliorées par des figures de style. Pour se faciliter la tâche, on a pris soin de poser au préalable, sur sa table de travail, un catalogue qui les recense avec leur définition et leurs exemples. 

Et puis de s’y essayer ! Il serait étonnant qu’il n’en sorte pas quelque chose de percutant.

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