La fanfiction a le vent en poupe. Son succès ne se dément pas. Il suffit de regarder les innombrables histoires qui fleurissent journellement sur les plateformes dédiées. Elles correspondent peut-être à un mouvement littéraire d’un nouveau genre, mais, elles sont, à coup sûr, un fait de société. Ce qui n’est pas sans poser un certain nombre de problèmes. Peut-on y voir une forme d’addiction tout aussi dangereuse que bien d’autres ? Sont-elles bien légales ? Ne sont-elles pas aussi destructrices de droits que le « photocopillage » ? Sont-elles limitées à certains pays en particulier ou sont-elles en voie de se généraliser au monde entier ? Qu’on en soit adepte ou qu’on la juge sans intérêt, la fanfiction ne peut laisser indifférent. Alors de quoi s’agit-il au juste ? Que faut-il en penser ? Quels avantages peut-on en tirer ?
Une fanfiction, c’est quoi ?

C’est évidemment la première question à se poser. D’autant qu’il est simple d’y répondre. Une fanfiction, c’est une histoire fictive racontée par un fan dont la trame narrative reprend tout ou partie des éléments dont il est fan. On écrit aussi fan-fiction ou fanfic. A priori, chacun sait ce qu’est un fan. Mais, il n’est pas inutile de le rappeler.
Définition du fan
D’après les dictionnaires, le mot « fan » est un anglicisme. Autrement dit, il est d’origine anglo-saxonne. Mais on peut tout aussi bien dire qu’il est le diminutif de fanatique. De ce point vue, son origine est alors latine.
Normal, beaucoup de mots anglais ont cette origine. Les Anglais en ont hérité en même temps que l’envahisseur normand. Pour tout dire, ou presque, après la bataille d’Hastings qu’ils ont perdu en 1066.
C’est cette bataille, entre autres, que montre la très belle tapisserie de Bayeux provisoirement exposée à Londres. Dans des conditions qui soulèvent les critiques de tous les historiens d’art. Toujours est-il que c’est à partir de là que le dalm-bheachdaiche, en gaélique écossais, devient le fanatic issu du latin fanaticus amené par les normands romanisés.
Le mot latin « fanaticus » est lui-même dérivé du mot « fanum ». Comme le mot « fanum » signifie « temple », le fanaticus est naturellement un serviteur du temple. Rien d’étonnant alors à ce que les dictionnaires qui reflètent, autant que possible, l’air du temps déplorent pour la plupart le côté excessif, totalement partial et parfaitement inconditionnel du « fanatique » en français ou du « fanatic » en anglais.
Le mot fan est un diminutif
Mais, fort heureusement, avec le mot « fan », tout le monde s’y retrouve. C’est certes un diminutif de fanatique ou de fanatic, mais cette coupure en quelque sorte étymologique équivaut aussi à une coupure dans ce que son sens pourrait avoir de trop idolâtre.
Les dictionnaires sont ainsi plus indulgents avec les fans qu’avec les fanatiques. Les premiers sont toujours sympathiques alors que les seconds font toujours peur.
Cela dit, quand on est « fan » de quelque chose, on est toujours, quoi qu’il en soit, toujours un peu « fanatic » de ce quelque chose. Avec un poil de religieux. A un plus ou moins grand degré, bien sûr et degré d’autant plus régulé qu’on se situe dans le domaine de la fiction et qu’on ne prétend à rien d’autre.
Mais, pour bien cerner notre sujet, ajoutons y trois précisions supplémentaires.
Quels sont principaux ingrédients d’une fanfiction ?
Une fanfiction, c’est essentiellement des personnages et un univers inspirés par une œuvre préexistante créée par un auteur admiré par des fans.
Quels sont les personnages d’une fanfiction ?
Les fanfictions sont de toutes sortes, mais le premier critère qui permet de les distinguer, ce sont leurs personnages. Ce peut être des personnages principaux ou des personnages secondaires. Voire même des personnages tout juste évoqués.
Le fan qui se lance dans l’écriture d’une fanfiction à partir d’un personnage imagine ce qu’il a pu devenir une fois refermé, par exemple, le roman où il l’a découvert. C’est pour combler cette attente que beaucoup de romanciers reconnus s’engagent d’emblée dans des cycles romanesques complets.
Les exemples de cycles romanesques ne manquent pas. Ils sont particulièrement fréquents dans la littérature policière, mais on en trouve aussi un grand nombre dans la littérature générale. Balzac et les personnages reparaissant de sa comédie humaine ne procède pas autrement.
Comment sont construits les univers d’une fanfiction ?
Mais, les personnages ne sont pas les seuls éléments narratifs à pouvoir inspirer un auteur de fanfiction. Ce peut être aussi des univers. C’est particulièrement vrai pour les univers dont il a apprécié l’originalité et qu’il veut continuer à faire vivre. C’est le cas de beaucoup d’univers d’heroic fantasy ou d’univers avec des langues fictives.
Personnages et univers sont ainsi les deux grands ingrédients qui caractérisent une fanfiction. Ces éléments sont ceux que le fan qui se lance dans la rédaction d’une fanfiction se doit de déterminer. De préférence, avant de démarrer ses travaux d’écriture. Mais, il peut aussi le faire petit à petit.
Autrement dit, il doit définir précisément le ou les personnages qu’il fait faire revivre à sa manière, de même que l’univers dans lequel il veut les faire évoluer. Dans l’un et l’autre cas, il peut partir de scènes déjà bien développées par son auteur favori ou au contraire à peine esquissées.
Positionnement de la fanfiction : suite, préquelle, spin off ou reboot ?
Cela dit, selon ce qui inspire son rédacteur, une fanfiction se situe avant, pendant ou après l’histoire dont il est fan. Si elle se place avant, il s’agit d’une préquelle, si elle se place après, il s’agit d’une suite et si elle a lieu pendant, il s’agit alors d’un spin off ou d’un reboot.
Fanfiction sous forme de suite ou de préquelle
En général, il y a deux grandes manières d’envisager le positionnement d’une fanfiction, c’est-à-dire sa place par rapport à l’histoire qui l’a inspirée. Une fanfiction peut ainsi constituer une suite à cette histoire, ou au contraire un préambule à son développement.
Dans ce dernier cas, on parle d’une préquelle. Comme la terminologie n’est pas encore complètement figée, on peut dire aussi dire un préquel, une présuite ou un antépisode. Il semble toutefois que la préquelle rallie le plus de suffrages.
Préquel ou préquelle vient du mot anglais « prequel ». Ce dernier est un mot composé du préfixe « pre » et de la fin du mot « sequel » qui signifie « suite ».
Cependant, ces deux grandes manières de positionner une fanfiction ne sont pas les seules. Il y a aussi la fanfiction « spin off » et la fanfiction « reboot ». Les deux sont empruntées au vocabulaire cinématographique.
Fanfiction sous forme de spin off
La fanfiction spin off reprend un personnage très secondaire ou à peine esquissé d’une histoire et en fait le personnage principal d’une nouvelle histoire se déroulant en parallèle avec l’histoire où il est né. C’est une technique issue du monde cinématographique. On peut traduire l’expression par « dérivé« .
On en a un très bel exemple avec la série des films d’action de la franchise « John Wick« . Le 5 ème opus de cette série, « Ballerina » est totalement centré sur un personnage féminin à peine entrevu lors d’un des précédents numéros. Et le personnage principal « John Wick » y apparait encore, mais cette fois comme un personnage secondaire. Moyennant quoi la série parvient à se renouveler et à conserver ses fans.
Fanfiction sous forme de reboot
Le reboot garde la trame de l’histoire et son univers, mais en change radicalement les personnages. Enfin, en partie. Les caractères et les rôles sont identiques à l’histoire première, mais ils sont tout autres. Les personnages masculins deviennent des personnages féminins. Ou encore, les « méchants » deviennent des « gentils » et inversement.
On en a de même un bel exemple avec D’Artagnan, Aramis, Porthos et Athos devenus des personnages féminins dans le film « Toutes pour unes » de Houda Benyamina sorti sur les écrans en 2025. Le faible succès rencontré par cette libre adaptation du roman d’Alexandre Dumas illustre aussi les limites de l’exercice.
Autre exemple qui lui a été une réussite, toujours à partir du même roman d’Alexandre Dumas, « Les trois mousquetaires », le roman d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre, intitulé « Je voulais vivre » où elle campe une milady de Winter totalement nouvelle dans un rôle de victime et non plus seulement d’intrigante sans foi, ni loi.
Et comme il se doit, la romancière s’est servie d’indices laissés par le premier auteur de l’histoire, Alexandre Dumas, pour bâtir sa propre version que l’on peut donc qualifier de « reboot ». Ce que l’on peut traduire par « relance« .
A juste titre, le livre a été récompensé par le prix Renaudot 2025.
La fanfiction et son environnement
D’une manière générale, une fanfiction ne se réduit pas à son auteur. Elle fait partie d’un courant, ou plus précisément d’une communauté. Celle-ci est d’ailleurs si caractéristique qu’on parle de fandom. Et ce n’est pas tout, une fandom qui se respecte, c’est-à-dire qui a un certain « poids » a un nom de baptême.
Fandom et désir mimétique

De fait, y aurait-il encore des fanfictions s’il n’y avait plus de fandoms ? Tous les fans le savent, plus on est nombreux à être fan de la même chose, mieux on se sent. Le nombre valorise le choix de ce dont on est fan. Le renchérit même au fur et à mesure de la croissance de ce nombre.
A vrai dire, on peut y avoir une belle illustration des thèses de l’anthropologue René Girard pour lequel le désir mimétique est un des premiers ressorts de tout comportement humain. Autrement dit, on aime d’autant plus quelque chose que ce quelque chose est aussi aimé par d’autres personnes.
Rien d’étonnant donc à ce qu’on puisse remonter très loin dans le temps pour trouver des racines à la fanfiction. Les mythologies d’autrefois en sont un bon exemple. Leur contenu pouvaient varier considérablement en fonction de ceux qui les racontaient. Ou plus exactement qui en chantaient les péripéties. Puisqu’il n’y avait pas d’écrits.
Fanzines et fanfictions
En plaçant le curseur plus près de nous et avant qu’Internet n’impose sa toile à tout un chacun, les fanzines, contraction de fan et de magazine, ont été les précurseurs des fanfictions numériques d’aujourd’hui. Elles constituent d’ailleurs toujours un moyen d’expression extrêmement prisé et, en tout cas, une bonne entrée en matière pour évoluer vers la fanfiction.
Cela dit, on peut dire qu’une fanfiction sera d’autant mieux appréciée qu’elle vient alimenter en histoires nouvelles tout un éco-système de fans, qu’on appelle pour faire court, fandom, qui partagent les mêmes goûts pour les mêmes histoires et les mêmes personnages. Ou les mêmes univers.
Le fandom est la communauté qui les rassemblent. On différencie les fandoms suivant le type de « canon », c’est-à-dire l’œuvre originale qui les a générés. Les innombrables fans de la saga de Harry Potter constituent ainsi le fandom des Potterheads. Il a donné lieu à la mise en ligne sur Fanfictions.fr et autres sites de plus d’un million de fanfictions. C’est dire !
Il n’est pas le seul fandom a suscité un tel activisme. Doctor Who, Sherlock Holmes, Star Wars, Twilight, le Seigneur des anneaux, ou encore The Avengers, par exemple, sont de solides « canons ».
Fandom et plateforme dédiée
Les fanfictions ont leurs personnages stars, leurs communautés de fans et leurs auteurs s’expriment sur des plateformes dédiées comme par exemple Fanfictions.fr, AO3 ou Wattpad.
La plateforme permet aux auteurs de fanfiction de partager leurs écrits avec tous les fans de l’univers qu’ils ont choisi de développer. La fanfiction peut être hyper courte, on parle alors de « drabble » ou hyper longue.
A ce jour la fanfiction la plus longue jamais écrite s’intitule « At the edge of Lasg’len« , dans la catégorie UA, et comporte près de 50 millions de mots !
Ce développement peut prendre différentes formes et la plateforme aide les fans à se retrouver facilement dans le dédale des récits suivant le genre qu’ils préfèrent.
D’une manière générale, outre la fanfiction classique de type canon, celle qui colle au plus près de l’œuvre d’origine, on peut catégoriser les fanfictions dans pas moins de cinq autres genres. Une fanfiction peut ainsi être du genre univers alternatif (UA), Crossover, slash, smut ou drabble.
En bref, une fanfiction crossover mêle des personnages venant de plusieurs univers, une slash change les identités sexuelles et les rapports entre personnages et une smut va jusqu’au bout d’expériences sentimentales comme 50 nuances de Grey.
Ce qui compte pour une fanfiction, c’est qu’elle soit particulièrement imaginative et capable de déborder largement du cadre initialement prévu par l’auteur ou le créateur de l’œuvre d’origine.
Fanfiction et source d’inspiration romanesque
A suivre les fandoms, on pourrait croire qu’ils sont essentiels et qu’en dehors d’eux il est impossible de créer une fanfiction. Ou ce qui y ressemble. Certes, un fandom, on l’a vu, valorise une fanfiction et lui donne automatiquement un grand nombre de lecteurs, mais on peut aussi s’en détacher.
Ou plus exactement, on peut aussi chercher à générer un nouveau fandom de type canon, à partir d’une nouvelle histoire générique. Dans ce cas, deux fandoms, en quelque sorte parallèles, coexistent à partir d’une même source. L’autre facteur, c’est le nombre de lecteurs que cette histoire a déjà rassemblé par elle-même.

L’exemple de Milllénium
On peut ainsi considérer les suites données par David Lagercrantz à la trilogie Millenium initialement écrite par le suédois Stieg Larsson dont le premier volume a été publié en 2005 comme des fanfictions de 3ème type.
On y suit avec toujours avec le même plaisir les intrigues dans lesquelles sont plongées les deux personnages principaux de la saga, Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander.
Mais, le schéma narratif est celui d’une œuvre romanesque nouvelle dument construite par un auteur expérimenté qui s’est substitué à l’auteur d’origine. D’où le côté troisième type. Par ailleurs, tous les romans à succès ne se prêtent pas facilement à l’élaboration d’une fanfiction.
Dans le cas de Millenium, dès l’origine, Stieg larsson s’est inspiré du personnage de la BD populaire Fifi Brindacier. Mis à la sauce contemporaine, ce personnage crée par Astrid Lindgren a indéniablement renforcé le potentiel héroïque du personnage de Lisbeth Salander crée par Stieg Larsson. D’ailleurs, il avait pensé à donner une suite à sa trilogie.
Notons néanmoins que la poursuite de la saga Millenium sous forme d’une fanfiction est due à un évènement imprévisible. Stieg Larsson est en effet mort d’une crise cardiaque en 2004. Au moment de sa mort, sa trilogie n’avait pas encore été publiée. Elle ne le sera qu’en 2005, pour le premier volume, en 2006 pour le second, et en 2007, pour le troisième. Le succès sera foudroyant.

L’exemple des aventures d’Arsène Lupin
Grâce à Netflix, on a redécouvert Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur mis en scène avec brio par Maurice Leblanc pour la première fois en 1905. De 1905 à sa mort en 1941, ce ne sont pas moins de 18 romans, 39 nouvelles et 5 pièce de théâtre qui vont permettre à d’en suivre les aventures.
Arsène Lupin, un personnage iconique de la littérature populaire
Pendant la Belle époque, puis les Années folles. De l’une à l’autre, de l’avant première guerre mondiale à l’après première guerre mondiale, le personnage évolue et séduit toujours autant son public.
A l’automne 2026, Netflix a prévu de diffuser la quatrième saison de sa série Arsène Lupin, avec Omar Sy dans le rôle titre. Preuve s’il en est besoin de l’attrait que le personnage exerce toujours sur un public qui a pourtant considérablement changé au cours des 120 dernières années.
Arsène Lupin, à l’origine de deux fanfictions talentueuses
Le fait est qu’indépendamment des époques, Arsène Lupin est devenu une figure emblématique de la littéraire populaire et le symbole de l’ingéniosité française. On ne sera donc pas surpris que plus de 70 ans après la mort de son créateur, le personnage ait été repris, brillamment, il faut bien le dire, dans deux ouvrages fort différents l’un de l’autre, publiés en 2015, pour l’un et 2016, pour l’autre.
Chacun de ces ouvrages, « La nouvelle vie d’Arsène Lupin » d’Adrien Gretz, publié chez Grasset, et « Les nouvelles aventures d’Arsène Lupin : Les héritiers » de Benoit Abtey et Pierre Deschoot, publié par XO, peut être considéré comme une fanfiction.
Les deux ouvrages illustrent deux manières d’écrire une nouvelle œuvre à partir d’une œuvre d’origine. Adrien Gretz fait revivre Arsène Lupin à l’époque actuelle, alors que Benoit Abtey et Pierre Deschoot ajoutent, dans le même univers, une aventure à la série de celles qu’a déjà vécu leur héros.
Dans les deux cas, la réussite est au rendez-vous. Les experts en lupinologie n’y ont vu que du feu et anciens et nouveaux lecteurs d’Arsène Lupin ont été comblés. A noter par ailleurs, que « Les nouvelles aventures » sont aussi, du point de vue des techniques d’écriture, un bel exemple d’écriture à quatre mains.
Fanfiction et droits d’auteur

Fanfiction, contrefaçon et plagiat.
Cela dit, la question de savoir si une fanfiction est conforme aux dispositions du code de la propriété intellectuelle est une question majeure, voire carrément épineuse. Elle se résume à une seule interrogation : l’auteur d’une fanfiction a-t-il le droit d’écrire un texte s’insérant d’une manière ou d’une autre, avant, pendant ou après, dans celui d’un autre auteur à l’origine des personnages et de l’univers dont il s’inspire ?
En France, la réponse est simple. C’est non. Une fanfiction y est considérée comme une contrefaçon ou un plagiat portant atteinte aux droits d’auteur de celui dont l’œuvre sert de cadre à l’auteur d’une fanfiction et dont elle dérive.
Qu’est-ce qu’une contrefaçon ?
Pour un avocat, la cause est entendue :
La contrefaçon est une atteinte illicite aux droits du créateur ou de l’inventeur, une tromperie visant à créer une confusion entre le produit original et le produit contrefait.
Qu’est-ce qu’un plagiat ?
C’est quasi la même chose qu’une contrefaçon. Sauf que pour un avocat, tout dépend de ce qui est copié. S’il s’agit d’une simple idée, il y a plagiat, s’il s’agit de la reprise d’une forme entière, il y a contrefaçon.
Bref, de la contrefaçon au plagiat, il y a de quoi dissuader n’importe quel apprenti auteur de fanfiction. Alors comment se fait-il qu’il y en ait autant qui soient publiées ? Quelle est l’astuce ?
Comment éviter les accusations de contrefaçon ou de plagiat ?
Evidemment, le plus inattaquable, c’est de demander l’autorisation au créateur de l’œuvre que l’on veut utiliser de pouvoir le faire. Rien à dire. Sauf que d’un point de vue pratique, c’est pour ainsi dire impossible.
A moins d’être de bénéficier d’un contrat d’édition comme dans le cas de David Lagercrantz à qui on a confié l’écriture des suites de la série Millenium inaugurée par Stieg Larsson.
C’est aussi le cas de figure choisi par les héritiers d’Agatha Christie qui ont confié, en 2013, à l’autrice anglaise Sophie Hannah le soin de prolonger la série des Hercule Poirot. Depuis, 6 nouvelles enquêtes de l’enquêteur belge ont été publiées sous sa plume. On retrouve là le côté troisième type évoqué plus haut.
Mais, vous voulez écrire une suite au Trône de fer ? Bon courage si vous parvenez à en obtenir l’autorisation de George R.R Martin ou de ses ayant droits ! A vrai dire, il y a trois façons de sortir du « piège » posé par la question des droits d’auteur et qui expliquent, malgré tout, le succès de la fanfiction.
Ne pas chercher à obtenir une rémunération
Quand l’auteur d’une fanfiction n’exploite pas la fanfiction qu’il a écrite, autrement dit, quand il ne cherche pas à se faire payer pour ce qu’il a écrit, personne ne peut lui reprocher d’avoir lésé les intérêts de l’auteur d’origine ou ceux de ses ayant droits.
Comme il n’y a pas de préjudice patrimonial, il n’y a pas non plus d’intérêt à agir, disent les juristes.
Enfin presque. Les droits d’auteur ne sont pas que des droits patrimoniaux, ce sont aussi des droits moraux. Les premiers peuvent s’éteindre, les seconds jamais. La sécurité d’une fanfiction non monnayée est grande, mais, quoi qu’il en soit, pas entière.
Veiller aux modalités de publication de la fanfiction
Toutefois, on peut renforcer cette sécurité en y ajoutant une attention particulière aux modalités de publication de la fanfiction. De fait, outre sa non rémunération, le plus simple, c’est aussi de ne pas la rendre publique.
Ou de la réserver à un cercle privé. Ce peut être un groupe de membres choisis d’un réseau social. Oui, mais jusqu’où ? Si la taille de ce groupe est limité et que les échanges ne sont visibles que par ses membres, on peut considérer que tout est Ok.
C’est la voie proposée, de manière plus sophistiquée, par des plateformes comme AO3. Avec ceci de particulier, que cette dernière, par exemple, est domiciliée aux Etats-Unis et que par suite son activité est régie par le droit Anglo saxon du copyright et non pas le droit français de la propriété intellectuelle.
Dans ce cas, ce qui prévaudra, c’est le fair use, beaucoup plus souple et non reconnu par le droit français, et non pas le droit d’auteur dans sa double composante patrimoniale et morale, beaucoup plus rigide.
Par ailleurs, pour faciliter la vie à ses utilisateurs, la plateforme a édicté à leur attention un code de bonne conduite et peut, le cas échéant, assurer leur défense s’ils ont bien respecté les consignes associées à ce code.
AO3, acronyme de Archive of Our Own est éditée par l’organisation à but non lucratif Organization for Transformative Works (OTW) basée dans le comté d’Arlington, dans l’Etat de Virginie. Elle a aussi des bureaux à New York. Cette associative est très active et promeut le travail des auteurs de fanfictions tout en défendant leurs droits. Créée en 2007, elle vit essentiellement des ressources qu’elle reçoit de ses donateurs.
Choisir une œuvre « racine » dont les droits sont dans le domaine public
En France, au bout de 70 ans suivant le décès du créateur de l’œuvre sur laquelle on veut s’appuyer pour faire une fanfiction, la partie patrimoniale de ses droits d’auteur ne peut plus être opposée aux tiers. On la dit alors libre de droits. La partie morale, comme on l’a vu plus haut, reste néanmoins active.
Ce qui revient, sans doute, à dire qu’il appartient à l’auteur de la fanfiction d’éviter de dénaturer l’œuvre d’origine par des scènes qui pourraient heurter les ayant droits de l’œuvre « racine » ou « canon » et leur causer un préjudice qu’il leur faudrait certes démontrer, mais potentiellement bien réel. Si tel était le cas, cela pourrait déboucher, éventuellement, sur une action judiciaire. Oups !
Cela étant, deux exemples récents montrent qu’il peut y avoir là une mine de sources d’inspiration très riche à exploiter, notamment, par les fans d’Alexandre Dumas ou de Maurice Leblanc. Là, on a des précédents auxquels on peut se référer.
Les premiers peuvent ainsi faire référence au roman d’Adélaide de Clermont-Tonnerre, « Je voulais vivre » et les seconds à celui des « Nouvelles aventures d’Arsène Lupin » de Benoit Abtey et Pierre Deshodt. Ou à « La nouvelle vie d’Arsène Lupon » d’ Adrien Gretz.
Les romans libres de droit ne manquent pas. Parmi les romans classiques citons, entre autres, les romans de Balzac, de Proust, de Victor Hugo, de Zola, ou encore de Maupassant ou de Jack London. Cela peut donner des idées.
Et si décidément on en manque on peut toujours consulter les listes de classiques fétiches, de grands auteurs d’ici et d’ailleurs, de science fiction ou de romans policiers et d’y repérer ceux qui sont désormais libres de droits.
On peut aussi se lancer dans l’exploration des œuvres des grands auteurs d’hier et que les temps modernes ont complètement oublié.
Rôle irremplaçable des fanfictions

Fanfiction et apprentissage de l’écriture
Ce qui rend les fanfictions irremplaçables et en assurent le succès, c’est qu’elles constituent un indéniable moyen d’apprentissage pour tout auteur en herbe. La fanfiction, c’est le texte qui donne une réponse à la phrase introductive « Et si … »
Autrement dit, que se passerait-il, selon vous, si Hercule Poirot était soudain chargé d’enquêter sur les tenants et aboutissants de l’affaire Epstein qui défraie la chronique judiciaire depuis de nombreuses années. Et si, faisons simple, Michael Blomkvist venait l’épauler avec Lisbeth Salander. Et si …
Comme l’écriture d’une fanfiction n’est destinée, ni à être monnayée, ni à être véritablement publiée, son auteur se place, de fait, dans un espace sécurisé. Et ce n’est pas tout.
Fanfiction et réserve de Bêta lecteurs
Ecrire une fanfiction et la porter à la connaissance de son fandom préféré, c’est aussi bénéficier du regard critique d’un grand nombre de bêta lecteurs. Ce que sont naturellement tous les fans accros à leur série fétiche.
De ce point de vue, l’éco-système fanfiction-fandom rend un service comparable à celui d’un atelier d’écriture. Le regard critique des fans est toujours sans complaisance, mais il est aussi toujours bienveillant. Il ne s’agit pas de « casser » celui qui se lance, mais de l’aider à progresser.
Plateformes de fanfictions et vitrines pour éditeurs
Quand ils y ont accès, les éditeurs ont tout intérêt à jeter un œil sur ce que mettent en ligne les différents sites de fanfctions. Ne serait-ce que pour s’assurer que leurs droits et ceux de leurs auteurs sont bien préservés.
Mais, dès lors que le site veille particulièrement à être en règle de ce côté là, ils peuvent aussi avoir la bonne surprise de tomber sur un futur bestseller. La réaction des fans constitue un bon indicateur de ce que peut donner un texte en termes de ventes.
A noter que l’auteur, E.L James, de la trilogie « 50 nuances de Grey« , célèbre romance érotique, a commencé par la mettre en ligne via différentes plateformes de fanfiction. De fait, le roman inspiré de l’univers Twilight a évolué au fur et à mesure des réactions et des modes de publications. Pour finir, il a été édité en bonne et due forme par les éditions Vintage Books en 2012.
Bonne pioche pour l’éditeur. Au total, plus de 125 millions d’exemplaires de la trilogie ont été vendus dans le monde. Sans parler des innombrables produits dérivés auxquels le roman a donné lieu.
Fanfiction et inspiration
Enfin, souvent l’apprenti écrivain se heurte à un moment ou à un autre de son projet éditorial au syndrome de la page blanche. Ce syndrome peut avoir un effet dissuasif définitif. Beaucoup d’auteurs ne parviennent pas à le surmonter. Soit qu’ils n’aient plus d’idées, soit qu’ils n’y croient plus.
Se rattacher à un univers fictif existant et se rendre sur un site de fanfictions pour y faire connaître le résultat de ses cogitations est une bonne façon de passer outre. Et surtout de reprendre confiance dans ses talents d’écrivain.



