Quand on est jeune auteur, parler d’agents littéraires, en France, relève presque de l’incongruité. On comprend la fonction, mais on la réserve aux pays anglo-saxons et aux grands auteurs, ceux dont les tirages sont exponentiels.

Les auteurs comme Houellebecq, par exemple. Grâce à son agent, son « transfert » de Flammarion à Fayard lui aurait rapporté plus d’un million d’euros… 

 

Mais, pour les autres ? En quoi recourir à un agent littéraire peut-il présenter un intérêt ?

 

Déjà que d’une manière générale les droits d’auteur ne sont pas très élevés, le recours à un agent littéraire peut donner l’impression de tomber entre les griffes de parasites d’un nouveau genre.

Comme souvent, la réalité n’est ni aussi sombre, ni pour autant merveilleuse. Certains nouveaux auteurs ne doivent leur réussite qu’au fait d’avoir su trouver le bon agent, au bon moment.

 

Pour d’autres, la plupart, elle ne leur doit rien. Traduit dans les chiffres, ce constat fait que seulement 2 % des auteurs professionnels français font appel à un agent littéraire. Ce qui est bien peu comparativement aux pays anglo-saxons où la représentation des auteurs par un agent littéraire est quasiment obligatoire.

 

 

Agent littéraire : une profession encore méconnue en France.

Cette exception française résulte de la nature particulière des liens qui attachent les auteurs français à leur maison d’édition, quand ils ont réussi à en trouver une. L’auteur est avant tout un écrivain. Pas un négociateur.

L’éditeur le sait très bien. Et si celui-ci est un passionné de littérature, c’est aussi un homme d’entreprise.

 

De son côté, heureux d’être enfin publié, l’auteur se retrouve rapidement noyé dans un océan d’affects. Il lui faut naviguer entre les appels à la confiance et les protestations d’amitié.

 

Il lui faut aussi faire preuve d’une immense compréhension à l’égard d’un secteur dont on lui dit, avec des airs de conspirateurs, qu’il est en grande précarité et toujours prêt à s’effondrer. Résultat : il se laisse faire. Bien heureux de pouvoir signer un contrat d’édition, même très faiblement rémunéré.

 

Comment donc résister à ce climat affectif qui peut être si pernicieux pour les auteurs ? Le témoignage de Véronique Morinière, auteure professionnelle jeunesse est éclairant.

La solution tient en quatre mots : prendre un agent littéraire.

Oui, mais qu’est-ce qu’il peut faire au juste ? Où peut-on en trouver ? Et combien cela coûte-t-il ?

 

Qu’est-ce qu’un agent littéraire ?

Agent littéraire définition et mission

Autrement dit, quelles sont les missions d’un agent littéraire ?

Elles sont au nombre de trois :

 

Agent littéraire définition
Les missions de l’agent littéraire

 

Une mission de sélection

Le premier service que rend un agent littéraire à un auteur, surtout quand il s’agit d’un auteur débutant, c’est, au fond, une sorte de service de relecture-correction. En effet, en recevant le manuscrit de l’auteur, l’agent littéraire va lui dire ce qu’il en pense et les raisons pour lesquelles il accepte de s’en occuper ou pas.

Il opère une sélection entre les manuscrits. Il ne suffit donc pas qu’un auteur appelle un agent littéraire pour que celui-ci accepte de se charger de sa représentation. 

 

Ce service n’existe pratiquement plus chez les éditeurs classiques, noyés sous l’afflux de manuscrits, et encore moins, dans les autres formules d’édition où l’auteur est, en réalité, un client.

Tout au plus, l’auteur qui a envoyé son manuscrit à plusieurs maisons d’édition classiques va-t-il recevoir, bien des mois après son envoi, et dans le meilleur des cas, une lettre standard l’informant des suites données à son projet éditorial.

 

Rappelons que la relecture-correction est un moment clé dans l’existence d’un livre. Elle peut décider de son succès ou de son échec.

De ce fait, certains auteurs n’hésitent d’ailleurs pas à réécrire plusieurs fois leur livre pour tenir compte des remarques que leur font leurs bêta-lecteurs. Mieux vaut réécrire son livre pour lui donner une forme parfaite, plutôt que de l’envoyer, encore mal fini, à un éditeur qui va le rejeter ou de s’embarquer dans une publication à compte d’auteur, toujours coûteuse.

 

Une mission de ciblage

Le second service de l’agent littéraire est celui de sa connaissance du monde éditorial qu’il fait partager à l’auteur qui fait partie de sa sélection. Un agent littéraire est, la plupart du temps, un ancien responsable éditorial d’une maison d’édition de renom.

Il ou elle connaît tous les rouages de cet univers. L’agent littéraire sait comment les décisions sont prises.

Il épargne à l’auteur la recherche fastidieuse d’un éditeur dont la ligne éditoriale correspond à son ouvrage.

 

Une mission de négociation

Le dernier service que rend l’agent littéraire à l’auteur dont il assure la représentation, c’est de négocier pour lui le contrat d’édition. Beaucoup d’éditeurs n’aiment pas cette intervention d’un tiers dans leur relation avec un auteur.

Et pour cause ! Elle remet en question leur pouvoir de négociation.

 

Mais, beaucoup aussi apprécient d’avoir affaire avec un professionnel de l’édition. Ils l’apprécient, en tout cas, sans peine, quand il s’agit d’éditer un auteur étranger.

Un contrat rédigé dans ces conditions, même s’il s’accompagne de discussions qui peuvent être rugueuses, est souvent plus sûr pour chacune des parties.

Un contrat d’édition, ce n’est pas qu’un contrat fait seulement pour déterminer un pourcentage sur les ventes. Ce point est évidemment un point essentiel.

 

Cependant, un contrat d’édition comprend de nombreuses clauses. Certaines peuvent être obligatoires.

Il détermine aussi, par exemple, l’évolution du pourcentage en fonction de l’évolution des ventes, les conditions de cession des droits ou encore les modalités d’une diffusion par voie numérique.

 

A noter que lorsque le contrat d’édition est négocié par un agent littéraire, il est tripartite. Il inclut l’agent littéraire comme partie co-contractante, au même titre que l’éditeur et l’auteur.

Il en résulte que son exécution par chacun des signataires est strictement définie. Pour ce qui est du paiement des droits d’auteur, par exemple, ils sont payés par l’éditeur à l’auteur et à l’agent, au même moment, pour la part qui revient à chacun.

 

Comment trouver un agent littéraire ?

Être convaincu de l’intérêt de recourir à un agent littéraire est une chose, en trouver un qui convienne à l’auteur en est une autre. La recherche est plus facile que celle consistant à trouver un éditeur, mais elle nécessite, de même, une réflexion préalable sur le profil recherché.

Pour la plupart, ils sont regroupés dans l’Alliance des agents littéraires (AALF), créée en 2016. Mais, pratiquement peu de temps après, l’AALF a rejoint le syndicat français des agents artistiques et littéraires (SFAAL), tout en gardant sa forme collective.

 

Cela dit, les agents littéraires peuvent être classés en trois catégories :

  1. Les agents à auteurs reconnus.
  2. Des agents spécialisés.
  3. Les agents conseils.

 

trouver un agent littéraire
Choisissez l’agent littéraire qui vous convient

 

Agents littéraires à auteurs reconnus

Ce n’est pas qu’ils ne prennent pas les autres, mais ces agents littéraires sont plutôt recherchés par des auteurs plutôt reconnus. Un peu comme les grands avocats.

Ils vont leur demander de renégocier leurs droits ou d’organiser leur transfert d’une maison d’édition à une autre. Compte tenu de leur expérience, ces agents peuvent aussi faire des offres de service à des auteurs qu’ils ont repérés.

 

Dans cette catégorie, on peut classer un agent littéraire comme François Samuelson, fondateur de l’agence Intertalents. On peut y ajouter l’agence Astier-Pécher, très investie dans la représentation d’auteurs étrangers.

Ou encore, la très éclectique, mais aussi très ouverte, Susanna Léa Associates.

 

Les agents littéraires spécialisés

Ces agents sont spécialisés parce que, soit ils ont mis en place une organisation particulière pour représenter des auteurs, soit parce qu’ils ne s’intéressent qu’à un certain type d’auteurs.

  • L’autre agence, fondée par Corinne Marotte et Marie Lannurien, représente beaucoup d’auteurs de non-fiction ou de fiction. Certains connus comme Thomas Piketty, d’autres moins connus comme Fabrice Nicolino. Il est recommandé d’en analyser le catalogue avant de prendre contact.

 

  • So far so good agency, l’agence de Magalie Delobelle, a réussi un joli coup en faisant publier David Diop, professeur à l’université de Pau et prix Goncourt des lycéens 2018. Précédemment, éditrice pour les éditions Zulma, elle est installée à Pau, dont les rencontres littéraires, « les idées mènent le monde », prennent, chaque année, un peu plus d’ampleur.

 

  • Un site web connu, par exemple, ne propose son programme « agent littéraire » qu’à la condition que les ventes de l’auteur aient dépassé 1000 exemplaires.

 

Les agences littéraires conseils

Elles forment une dernière catégorie. En général, elles gèrent un catalogue d’auteurs qu’elles représentent, mais ne cherchent pas particulièrement à l’enrichir avec de nouveaux auteurs.

C’est le cas, par exemple, de l’agence Trait d’Union. Elle donne, entre autres, des conseils sur les manuscrits, sur la politique éditoriale des maisons d’édition et propose des ateliers d’écriture.

 

Combien coûtent les agents littéraires ?

C’est LA grande question. Soyons clair, comme Colombe Schneck, romancière représentée par l’agence Intertalents :

 

Combien coûtent les agents littéraires
Chacun son métier 🙂

 

 

Je ne gagne pas beaucoup plus d’argent, mais ça me simplifie la vie.

 

Tout est dit. Le calcul est simple à faire.

Prenons le cas d’un auteur qui arrive, sans aide, à signer un contrat d’édition avec un taux de 8 % sur les ventes de son livre. Le prix HT est de 20 € et il en vend 1000 exemplaires. Ses droits d’auteur s’élèvent donc à 1600 €, avant déductions fiscales.

 

S’il prend un agent littéraire, celui-ci va lui demander une commission, égale en moyenne à 10 ou 15 % de ses droits d’auteur. Autrement dit, il devra soustraire de ses droits entre 160 € et 240 €. Son gain, après déduction de la commission de l’agent et avant déductions fiscales, variera donc de 1360 € à 1440 €.

Oui, mais s’il prend un agent littéraire, c’est aussi pour mieux négocier sa rémunération. Pas seulement pour se simplifier la vie.

 

Son taux sera donc plutôt de 10 % au lieu de 8 %. Autrement dit, avec 1000 livres vendus à 20 € HT, ses droits d’auteur bruts seront de 2000 €, au lieu de 1600 €. 

Il lui faudra, bien sûr, déduire la commission de l’agent littéraire, soit de 200 € à 300 €. Son gain variera alors, dans ce cas, de 1700 € à 1800 €. C’est toujours mieux que dans le cas précédent.

 

Même si ce n’est pas beaucoup plus. Et ce sont des soucis, en moins. Sans avoir à avancer des frais supplémentaires. Colombe Schneck ne dit pas autre chose.

 

Alors, un agent littéraire, oui ou non ?

Si l’intention de l’auteur est de devenir auteur professionnel, c’est incontestablement une sage décision que de demander à se faire représenter par un agent littéraire.

Cependant, même si l’agent littéraire est rémunéré par les droits d’auteur de l’auteur qu’il représente, il n’en est pas pour autant le client.

Sans être la même que pour un éditeur, l’approche d’un agent littéraire doit donc, néanmoins, être travaillée de façon similaire : analyse du catalogue des auteurs représentés, des communiqués de presse, etc.

Avec un agent littéraire bien choisi, mieux vivre de sa plume devient alors possible.

Agents littéraires : qui, quoi, comment ?
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