On vous l’accorde, la question peut paraître osée et bien éloignée des préoccupations littéraires des auteurs. Mais, soyons réalistes. Le comité de lecture, c’est le premier poste d’aiguillage de toute oeuvre qui franchit les portes d’une maison d’édition.

De là, trois orientations possibles. Le « panier », le « frigo » ou le « graal ». Inutile de préciser que la proportion de livres entrant dans chacune de ces trois orientations n’est pas égale.

Et, il faut bien le dire, le « panier » en réceptionne la quasi-totalité. Alors, y-a-t-il des trucs à savoir qui permettent d’échapper aux deux premières et d’arriver, à coup sûr, à la dernière ? Pas vraiment, l’éditeur est le seul maître à bord de sa maison et il fait ce qu’il veut. 

Mais, si on pense avoir écrit un texte sinon remarquable, en tout cas intéressant, ce serait dommage de ne pas être publié à cause d’une ou deux erreurs qui auraient pu être facilement évitées.

 

Un comité de lecture, à quoi ça sert ? 

Pour mieux comprendre comment éviter les erreurs qui « tuent » un manuscrit, il faut commencer par comprendre ce que c’est qu’un comité de lecture d’une maison d’édition. Qui dit comité dit petit groupe de personnes et si c’est de lecture qu’il s’agit de personnes qui lisent. Qui lisent quoi ?

Eh bien, les manuscrits qui arrivent chaque jour à la maison d’édition. 

 

c'est le premier poste d'aiguillage de toute oeuvre
c’est le premier poste d’aiguillage de toute oeuvre

 

Cela, c’est le principe général. Parce qu’en réalité, au-delà de la finalité commune à tous les comités de lecture qui est de sélectionner les manuscrits qui méritent d’être publiés, il y a autant de comités que de maisons d’édition. Il y a ainsi des comités à une, deux, ou plusieurs personnes.

 

Eh oui, l’éditeur d’une petite maison d’édition indépendante peut constituer à lui tout seul le comité de lecture de sa maison. Et puis, à l’opposé, il y a les gros comités de lecture avec des lecteurs professionnels rémunérés pour l’occasion. Entre les deux, on a des comités de lecture composés de stagiaires, de bénévoles et d’amis d’amis de la maison.

 

Comité de lecture Gallimard

Ainsi à côté des grosses machines comme le comité de lecture Gallimard ou le comité de lecture Albin Michel, avec leur organisation particulière, bien rodée, on a des comités de lecture plus succincts, comme, par exemple, le comité de lecture pour revues spécialisées ou le comité de lecture pour le genre spécifique qu’est le théâtre

 

Gallimard
Gallimard

 

De là, on comprend facilement que ce qui peut faire réagir positivement tel comité de lecture peut laisser tel autre totalement de marbre. Alors y-a-t-il vraiment des règles à suivre qui permettent de séduire et les uns et les autres ?

C’est-à-dire de faire en sorte qu’ils sélectionnent le manuscrit qu’on leur a envoyé pour qu’il soit publié ? Non, naturellement. Mais, en tout cas, il y a des erreurs à éviter qui, à défaut, sont, à n’en pas douter, rédhibitoires.

Autrement dit, une fois commises, il est presque certain que le manuscrit file droit au panier. Quelles que soient ses qualités intrinsèques.

Répétons-le. Un éditeur n’a strictement aucune obligation vis-à-vis des auteurs qui lui adressent un manuscrit. Pas plus qu’un employeur recevant une candidature spontanée. Même s’il lui arrive plus souvent qu’à son tour de se tromper.

Ainsi, Proust a du se résoudre à publier son oeuvre majeure à compte d’auteur après avoir vu son manuscrit rejeté par le comité de lecture de la NRF

C’est plein de duchesses, ce n’est pas pour nous !

Ce dernier avait-iI alors déclaré de façon péremptoire.

 

ce n'est pas pour nous !
ce n’est pas pour nous !

 

Les conditions de forme d’un manuscrit attendues par un comité de lecture

Ce sont les conditions qui, si elles ne sont pas remplies, ne permettent même pas, en général, d’aller de la porte de la banque d’accueil de la maison d’édition à la table de lecture de son comité de lecture.

Les consignes de l’éditeur

C’est clair, on n’envoie pas un manuscrit à un éditeur n’importe comment. Certains précisent même la forme qu’ils doivent prendre. Inutile de faire comme si c’était sans importance. Si c’est le cas, le résultat, c’est le « panier ».  Sans aucun recours possible.

C’est quand même bête de rater peut-être une occasion parce qu’on a envoyé un manuscrit par courrier, alors qu’il était explicitement demandé qu’il le soit par courriel, ou inversement. Ou encore parce qu’on a omis d’y mettre dessus ses coordonnées, croyant qu’il suffisait de le faire dans la lettre d’accompagnement. Etc. Etc.

 

Les consignes de l'éditeur
Les consignes de l’éditeur

 

Si l’éditeur a privilégié telle ou telle forme, ce n’est pas à l’auteur de faire comme si elle n’existait pas. En tout cas, s’il veut éviter un première cause de rejet. Et ce n’est pas parce que l’éditeur n’a pas donné explicitement de consignes qu’il n’en a pas.

Par conséquent, mieux vaut faire comme s’il l’avait fait et présenter son manuscrit, quoi qu’il en soit, avec une police de caractères lisible et des marges conséquentes, voire une impression uniquement recto.

 

Les conditions de forme propres à tout manuscrit

Un simple coup d’oeil sur la première page suffit pour voir si elles sont respectées ou pas. Plus deux ou trois autres, si la personne chargée de réceptionner les manuscrits a des doutes. De quoi s’agit-il ? Mais, des règles grammaticales, bien sûr ! 

Une orthographe approximative, des accords de participe passé aléatoires, des temps mal choisis, des phrases construites à la va-comme-je-te-pousse , etc. ne font ni rire, ni authentique, mais incontestablement négligé. Et là, direction le panier, quasi instantanément ! Pas de temps à perdre en corrections.

On comprend qu’on puisse être démuni, pour différentes raisons, certaines légitimes, d’autres moins, quant à la maîtrise de la langue française. Si c’est le cas, et si on veut passer outre, il n’y a qu’une seule chose à faire : faire appel à un bon correcteur-relecteur.

 

Les conditions de fond d’un manuscrit privilégiées par un comité de lecture

Une fois les conditions de forme, basiques en quelque sorte, du manuscrit vérifiées et validées, il peut poursuivre sa route jusqu’à la table de lecture des lecteurs patentés. Quels qu’ils soient. C’est là que les choses sérieuses commencent et s’achèvent, le plus souvent, à peine commencées.

Car, un manuscrit est très rarement lu de la première à la dernière page. Sa lecture est nécessairement rapide. Ce n’est qu’une question de technique. Que les lecteurs des comités de lecture utilisent les plus connues ou pas ;  dans ce cas, ils ont des trucs bien à eux ; les méthodes efficaces ne manquent pas

Comme le rappelle une lectrice d’une grande maison d’édition : 

J’élimine vite ce qui n’a aucune chance de faire un livre. Les autofictions, les amas chaotiques de remarques personnelles et là où la grammaire est trop déficiente.

 

Les conditions de fond d'un manuscrit privilégiées par un comité de lecture
Les conditions de fond d’un manuscrit privilégiées par un comité de lecture

 

Ligne éditoriale

La première chose qui est vérifiée par le comité de lecture, c’est le sujet. Bref, ce que raconte le manuscrit est-il du même genre que ce que racontent les titres d’une des collections de la maison d’édition ?

Il y a ainsi, par exemple, des maisons spécialisés dans les récits d’aventure. Si le manuscrit qui leur est adressé décrit le voyage intérieur de son personnage principal, à la manière de celui de Mrs Dalloway de Virginia Woolf, il est presque certain qu’il n’intéressera pas leurs comités de lecture. 

Autrement dit, le thème de la narration doit impérativement correspondre à la ligne éditoriale de la collection pour laquelle le manuscrit a été retenu. Pour cela, un détour par le catalogue de la collection de l’éditeur s’impose et, sans doute, par la lecture de ses titres phares. S’il n’y a pas adéquation, le rejet sera immédiat.

 

Résumé et synthèse

On comprend bien qu’on n’ait aucune envie d’écrire ce qu’un autre auteur a déjà écrit simplement pour être publié dans la même collection. Quoique ! Après tout, c’est ce qui fait en grande partie le succès de certaines collections de romans de gare. Et de toute façon, il est très difficile de reproduire exactement le même style qu’un autre auteur.

Par suite, vive l’inspiration pastichée ! Le roman, « La bicyclette bleue », de Régine Deforges, inspiré du roman « Autant en emporte le vent« , de Margaret Mitchell, en fournit un très bel exemple.

Donc, si on pense avoir écrit un manuscrit digne d’être publié dans une des collections de l’éditeur, auquel on a envoyé son manuscrit, on peut aider son comité de lecture à se déterminer en lui expliquant pourquoi, non seulement il peut le faire, mais doit le faire. C’est à ça que servent, notamment, le résumé et la synthèse de son manuscrit, qu’il est de bon ton de lui ajouter à toutes fins utiles.

 

Préface

Une préface écrite par un auteur reconnu, soit comme écrivain, soit dans son domaine, équivaut à une bonne lettre d’introduction. Impossible qu’on n’y prête pas un minimum d’attention. D’où l’intérêt de chercher à s’en faire écrire une. Mais, attention, mieux vaut pas de préface du tout, qu’une préface mal fichue. Cela arrive, même avec les meilleures intentions du monde.

 

Biographie CV

On a parfois l’impression que parce qu’on écrit, tout le monde est censé vous connaître. Le simple fait de l’énoncer suffit à en montrer l’inanité. Donc, quand le manuscrit d’un auteur arrive sur la table du comité de lecture, en principe, il n’est naturellement pas connu.

Et faute de lettre d’introduction, en bonne et due forme, c’est à lui de faire le nécessaire pour suppléer à ce défaut. Il peut le faire via une préface Adhoc écrite par lui-même, il peut le faire aussi en rédigeant tout bonnement un résumé de carrière grâce auquel il va justifier et légitimer ce qu’il a écrit.

 

Incipit et excipit

Derniers éléments d’appréciation rapide du fond d’un ouvrage, son incipit et son excipit. Les deux sont également importants. L’excipit, parce que beaucoup de lecteurs de comité de lecture aiment bien commencer leur lecture par la fin.  Eh oui, c’est comme ça. 

Et l’incipit, parce que, d’emblée, il donne le ton de tout l’ouvrage. Comme souvent l’un et l’autre suffisent largement pour s’en faire une idée, car ils en donnent les clefs, il est plutôt conseillé de prendre le temps qu’il faut pour les soigner.

 

Les effets d’un passage en comité de lecture

Fiche de lecture du comité de lecture

Une fois lus, ou plutôt parcourus, les manuscrits arrivés sur la table des lecteurs d’un comité de lecture font, en principe, l’objet d’une fiche de lecture. Cette fiche reprend naturellement les données relatives à chaque manuscrit, titre, auteur, etc., mais surtout en donne un résumé, en fait une analyse succincte et se termine par une conclusion appelant, ou non, à le publier.

 

Fiche de lecture du comité de lecture
Les effets d’un passage en comité de lecture

 

Car à ce stade, la décision finale de publier est du complet ressort de l’éditeur. De ce point de vue, le comité de lecture n’est jamais pour lui qu’un outil d’aide à la décision. A partir de la sélection d’oeuvres qui lui est soumise ce dernier va décider, en quelque sorte en son âme et conscience, de publier tel manuscrit et de ne pas publier tel autre.

Cela va dépendre à la fois du plaisir qu’il aura eu à le lire, cette fois dans son ensemble, et de l’idée qu’il peut se faire de son avenir commercial. 

Il convient ici de bien noter que le manuscrit que l’on transmet à un éditeur n’est pas un cadeau qu’on lui fait, même si à titre personnel, en tant que lecteur, il peut être très satisfait de sa lecture, mais est avant tout un risque qu’on lui fait prendre. 

Le fait est que comme le disent beaucoup de professionnels :

En France, aujourd’hui, il y a plus de gens qui écrivent que de gens qui lisent.

 

Trois types de lettre de réponse

On ne peut donc être surpris de recevoir une lettre type rejetant un manuscrit sans autre précision que ce rejet. Il peut arriver, néanmoins, que ce rejet s’accompagne d’un contenu un peu plus personnalisé.

Cela peut signifier, entre autres, que la manuscrit est parvenu à passer beaucoup d’obstacles, mais qu’au final, il a été surclassé par un autre. Ce type de lettre peut être considéré comme un encouragement et une invitation à soumettre, une autre fois, un nouveau manuscrit à l’éditeur. 

Fort heureusement, il arrive que la réponse, tant attendue, de l’éditeur soit positive. Ce n’est évidemment que le prélude à de nouveaux échanges entre l’auteur et son, désormais, éditeur. Echanges qui vont porter, certes, sur le contrat d’édition, mais aussi sur les améliorations qu’il va falloir, sans doute, apporter au manuscrit.

Rappelons qu’un contrat d’édition ne demande aucune contribution financière à l’auteur à la différence d’un contrat à compte d’auteur. Et c’est là qu’un agent littéraire peut être bien utile pour le négocier au mieux des intérêts de l’auteur.

 

 A quel moment envoyer un manuscrit au comité de lecture d’une maison d’édition ?

On peut penser qu’il y a un moment privilégié pour envoyer un manuscrit à un éditeur. On situe, en général, ce moment autour du mois d’août. Mais, en réalité, au moins trois paramètres doivent être pris en considération et compliquent un peu les choses.

 

A quel moment envoyer un manuscrit au comité de lecture d'une maison d'édition ?
A quel moment envoyer un manuscrit au comité de lecture d’une maison d’édition ?

 

Les délais de lecture 

D’abord, entre l’arrivée du manuscrit chez l’éditeur, sa sélection pour être publié et la décision de le faire, il se passe du temps. En général, de 6 à 10 semaines.

 

Les délais d’impression et diffusion 

A ce délai de 6 à 10 semaines, il faut ajouter celui nécessaire pour l’imprimer et le diffuser. Entre 4 et 8 semaines, à nouveau.

 

Les dates limites en fonction des prix

Les deux précédents délais vont buter sur deux grandes périodes. La période des prix littéraires du Printemps et celle des prix littéraires de l’Automne. Il est compréhensible que tous les éditeurs veuillent profiter pleinement de ces deux périodes pour booster leurs ventes. 

De ce fait, il y a deux grands moments pour envoyer un manuscrit à un éditeur. En décembre, pour les ouvrages publiés en mars de l’année suivante et présentés aux sélections des jurys de mai. En mai, pour les ouvrages publiés en août et présentés aux sélections des jurys de septembre-octobre.

 

 Points à retenir pour séduire un comité de lecture 

  • On n’envoie pas un manuscrit n’importe comment, au petit bonheur la chance.

 

  • Cet envoi doit impérativement respecter les consignes données par l’éditeur et sa ligne éditoriale.

 

  • Quoi qu’il en soit, le manuscrit, ou plus exactement, sa copie doit être formellement irréprochable.

 

  • Par ailleurs, elle doit s’accompagner d’informations diverses et complémentaires qui doivent aider les membres du comité de lecture à prendre leur décision.

 

  • Enfin, la date d’envoi doit être calculée de telle sorte qu’elle puisse permettre de participer, le cas échéant, à un prix littéraire.

Cela dit, ne pas être retenu par un éditeur ne signifie pas la fin de tout. C’est l’occasion de montrer sa capacité à persévérer et à s’améliorer. D’autant que l’autoédition offre à tout auteur la possibilité et la satisfaction d’être publié à bon compte.

C’est-à-dire à coût réduit, tout en se donnant une seconde chance d’être sélectionné par un éditeur grâce à la bibliothèque de la plateforme d’autoédition.

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